Daniel & Jean-Claude Besse

Natation Vélo Course

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Corrida d'Octodure

L’année passée le marathon m’avait empêché de participer aux traditionnelles corridas de fin de saison, et cette année si l’envie est de mise la forme n’y est pas forcément suite à ma blessure et ma peine à reprendre la course à pied. Reste qu’on a été invités une fois de plus à participer à la corrida de Martigny, et qu’il est dur de dire non lorsqu’il n’y a même pas à s’inscrire soi-même. Entre Daniel en récup de fin de saison après Hawaii et moi en charge réduite pour la reprise, il faut dire que les derniers entraînements ont plutôt été de l’ordre d’un footing par semaine, et non pas des séries qui seraient appropriées pour montrer le meilleur de soi sur une distance assez courte (7.8km) et surtout très nerveuse avec beaucoup de virages et relances en ville.
Le jour J la pluie s’en mêle, mais comme dirait le speaker il ne fait du coup pas froid et c’est des conditions idéales qui attendent les coureurs. Je me dis toutefois que quelques spectateurs de plus par une belle journée d’automne n’auraient pas été de refus. Je m’échauffe de manière restreinte, de peur un peu de réveiller les douleurs au genou droit qui venaient souvent après quelques kilomètres lors des derniers entraînements. Les jambes semblent répondre présentes lors des petites accélérations avant le départ, je me réjouis d’en découdre.

 

Top départ, un petit peloton d’une quarantaine de coureurs, mais tous des cracks. Ça se pousse un poil pour les places, mais très vite le peloton s’étire. Pas de tour d’attente donc comme la dernière fois, ici c’est d’entrée un train d’enfer. Quoique j’ai un doute, et si je suis juste trop lent pour le groupe devant ? Mais ça n’en a pas l’air. En tout cas je suis à bout de souffle très vite, et laisse partir. Il y a du coup plus de place et moins de bousculades dans les virages, je prends un rythme plus raisonnable.
Deux kilomètres à peine et je suis en train de me faire remonter par l’arrière. Dieu sait si les séries à ce rythme me manquent ! Je semble reprendre un tantinet de poil de la bête vers les deux-tiers de la course, mais rien d’impressionnant, d’autant qu’à ce moment le genou se rappelle à moi également. Sans devenir insupportable, mais un peu gênant quand même.
Au sprint final c’est deux places que je perds à n’avoir aucune vitesse. Plus ou moins le même temps qu’il y a deux ans (où mes sensations n’étaient pas géniales non plus), et un sentiment très mitigé à l’arrivée. Moi plutôt déçu de ma course, mais Daniel, Valentin et nos supporters familiaux contents de me voir courir à nouveau sans être bloqués par des douleurs liées à la blessure. Reste à retrouver la vitesse désormais.
 



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Hommages d’un moustique à son long périple

Texte écrit et paru originalement pour le Tricycle n°29 du Rushteam Ecublens.

Bzzzz, Bzzzz… Salut toi, camarade moustique ! Viens, posons-nous sur cet oranger pour discuter un peu d’un pèlerinage pour nous autres diptères. S’il est des insectes qui chantent tout l’été dans notre belle région, parfois certains d’entre nous se concentrent une saison entière sur de longues mélodies tout de calme et de continuité qui, quand elles ne convainquent pas leur public dès les premiers accords, le feront certainement sur la longueur. Je m’égare toutefois ; revenons à nos plantes et leur suc si délicieux. Les oranges présentes en nombre à Francfort à l’apogée de la saison ont dû faire place à bien moins d’ibiscus en octobre. Pourtant, l’essaim de moustiques assoiffés et prêts à voler un demi-Pacifique pour butiner n’y est que plus dense. Les ailes affutées, la trompe prête à se déplier ; l’agitation de la semaine précédente se ressent sans tension, quand bien même tout le village bourdonne comme des orpailleurs se ruant autour d’un potentiel filon. Un vrai business spécialisé en petites bêtes volantes comme toi.

Kona AlohaMan
Aloha! Spirit of Hawaii. © Photo: Bernd/Eitzinger

Sache pourtant rester calme, cher moustique. Il te faut attendre dans cette chaude et chaleureuse ambiance le samedi magique où les bourgeons écloront en de belles fleurs à nectar ou à collier. Alors, petit, il te faudra traverser les eaux et le sel dans un océan, défi connu comme cette machine à laver ta voilure. Ainsi purgé, tu pourras te lancer à ta quête au travers des épreuves de la lave et du vent. Élancé comme un avion, tu voleras de tes propres ailes ; malgré tout entouré constamment de tes compères. Frôler aves ceux de devant se produira parfois, mais ne te risque pas à t’accrocher trop régulièrement sous peine de voir un motard sortir sa redoutable tapette. Inévitablement, tu auras déjà chaud et apprécieras les fréquentes oasis violettes, couleur des T-shirts que portent les petits nains féériques. Profite de leur gourdes à la contenance presque magique et tu tiendras ainsi, si Eole le veut bien, jusqu’au plat de résistance. Tu quitteras à ce moment ta position couchée pour te relever et montrer honorablement ton torse comme si ton nom y était inscrit dessus. Courant alors comme un coq, tu te demanderas parfois pourquoi marcher ne suffirait pas. Fort heureusement, tu resteras confiant et l’insecte de fer en toi saura qu’il te faut rejoindre ton but au plus vite pour ce steak saignant dont tu as tant rêvé. Le mental est pour toi un allié en acier.

Kona bike reco
Reconnaissance à vélo. © Photo: Bernd/Eitzinger

Peu importe ton rang dans cette procession, pour autant que tu atteignes l’ivresse et puisses en profiter, fier du temps et des efforts qu’il t’aura fallu pour goûter enfin à ce sérum. Moustique, toute parure métallique que tu as, finis toujours en remerciant tes camarades qui t’ont ouvert le chemin ou accompagné sur celui-ci ; tout comme des orangers sur lesquels tu peux toujours te reposer. Souvenirs et expériences se propagent alors en toi comme des virus que tu mélangerais piqûre après piqûre au fil des gouttes de sang.

Kona Finish = out
Complètement out à la finish line. © Photo: Bernd/Eitzinger



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Kona 2017

Objectif Kona

Notre programme (masterplan) avec Jean-Claude pour 2017 était bien clair jusqu’à notre 25e anniversaire le jour de Francfort. La suite ? je voulais la laisser libre, peut-être Hawaii, peut-être le circuit sur olympique, peut-être un marathon (cf questions tricircuit). Dès le lendemain toutefois les choses s’éclaircissent subitement ; avec ma 4e place (cf récit Francfort) je suis qualifié pour les championnats du monde à Kona, et je ne vais pas le refuser. Mastercard, tout comme Ironman, s’en réjouissent déjà fortement. Plus de 1000 dollars de frais d’inscription, sans compter le voyage et une swimskin kiwami que je m’achète pour l’occasion, c’est sans aucun doute la compétition la plus chère à laquelle je me suis inscrit. L’expérience en vaut la peine me dit-on, bring it on KONA !

Bon s’inscrire c’est une chose, l’autre est de se préparer. Même si je n’ai pas un objectif chronométrique aussi précis que le sub-9 de Francfort, je ne suis pas là pour finir uniquement. 9h10 jouable dans des bonnes conditions ? 55’ (Francfort 48’30) en natation en perdant un peu de temps sans la néoprène, 5h (Francfort 4h42) de vélo à cause du vent et un 3h15 pour le marathon (comme à Francfort en gérant mieux). Ça c’est pour la version très optimale et en comptant que je supporte le chaud (pas ma tasse de thé) et le vent (pas non plus mon fort) et prenne le temps des deux transitions sur les 55’. Et c’est aussi en skippant allégrement le fait que Kona a plus de dénivelé que Francfort et ne manquera pas 4km à vélo. M’enfin, Jean-Claude me donne 9h20 si tout va bien. Je n’ai pas trop de repères et c’est aussi pour cela que je n’ai pas envie de me mettre la pression avec un temps. Seules intentions claires dans ma tête : forcer plus la préparation à vélo qu’en course pour arriver le jour J avec un tendon d’Achille en meilleur état qu’à Francfort, et manger plus sur le vélo pendant la compétition. J’ai aussi pris le choix (parfois difficile) de faire peu de courses entre deux pour bien me reposer et faire mes entraînements intensifs sans restrictions ou remords pendant les soirs de semaines.

Ca vit et respire le triathlon

Jean-Claude ne peut pas beaucoup courir avec sa blessure mais heureusement il m’accompagne souvent à vélo et en natation et j’ai le TVO pour faire des entraînements en groupe à pied. Autrement je suis un peu seul à préparer un longue distance si tard dans la saison et ça se ressent quand même. L’avantage est que ça ne fait pas trop monter le stress jusqu’à peu de temps avant de devoir prendre l’avion pour le voyage. Car s’il y a une chose que l’on remarque durant ces très longues heures de vol est que l’on se rapproche de la grande messe du triathlon. A chaque escale en direction de Big Island, les sacs ironman et chaussettes de compression fluos et au design excentrique se font de plus fréquents jusqu’à remplir plus de la moitié d’un avion (l’autre devant être des accompagnants). Cela joue d’ailleurs avec le nombre impressionnant de valises vélo qui sont débarquées sur le tarmac à ciel ouvert de Kona.

Kona 2017: vol
Long voyage jusqu'à Hawaii (presque 24h au total)

Il est 20h le soir, le temps est lourd et humide, la nuit noire. L’équipe d’Eitzinger nous accueille avec un Lei de bienvenue et l’idée de partir le lendemain à 7h pour Hawi en voiture et rentrer à vélo les 85km du parcours de la semaine suivante. A peine arrivés donc que ça devient sérieux. Trajet en voiture à observer ces champs de lave à perte de vue. Je crains un peu le vent et observe avec attention les moindres mouvements des buissons en bordure de route. Marco et Bernd, nos guides, ne cessent toutefois de répéter qu’aujourd’hui ce n’est rien. Une fois dehors, je pars avec Dominic pour une reconnaissance annoncée tranquille mais malgré tout faite à un bon rythme. Il faut avouer que le vent nous est plutôt favorable et aucunement dérangeant car très régulier et pas déstabilisant. S’il fait comme ça samedi, moi je prends. Sur les derniers kilomètres, je perce en passant les travaux de la Queen K’ Highway et finis à la mousse avant de changer mon boyau à la maison et racheter une bonbonne sur les stands de l’exposition.

Kona 2017: reconnaissance vélo
Beau paysage sur le parcours vélo (Queen K' Highway), chaud et désertique. (© Photo: Bernd/Eitzinger)
Kona 2017: reconnaissance càp
Reconnaissance de la portion course la plus éloignée à Energy Lab avec Dominic (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Au fur et à mesure que les jours avancent, Alii Drive (la route où la plupart logent en bord de mer) fourmille toujours de plus. S’il semble le dimanche que le nombre de coureurs est déjà important, ce n’est rien comparé aux jours suivants. A l’apogée du mercredi/jeudi, il faut alors bien regarder en traversant ou passant en voiture de ne pas provoquer un accident entre randonneurs, coureurs, cyclistes, taxis, et autres skateboarders. Tous ont l’air plus fit les uns que les autres, et certains donnent l’impression d’être encore en camp d’entraînement à la quantité qu’ils en font. Moi j’essaie de rester calme, sortir sur la terrasse de notre petit appartement pour m’habituer de la chaleur, mais sinon pas trop trop marcher et profiter de maman qui me choie comme un Kamehameha. Petite natation le matin deux fois dans la semaine pour voir un peu l’océan, goûter le café sur le bateau et observer les petits poissons. Une sortie le mercredi à vélo pour repérer le tour initial dans la ville de Kona et la course dans Energy Lab ainsi qu’une autre sortie vélo et une en course compléteront la semaine.

Kona 2017: parade des nations
Porte drapeau pour la Suisse à la parade des nations. (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Le mardi soir je porte le drapeau à la parade des nations d’une petite délégation suisse qui doublera le jour de la compétition pour compter une quarantaine d’athlètes au total. Observer tous ces événements (tout comme la underpants run, où je n’ai, avec grande peine et hésitation, été que spectateur en maillot de bain) fait aussi partie de cette expérience unique de l’île du triathlon. Il y aurait encore beaucoup de détails du genre à rajouter, que ce soit sur les bookmakers du check-in, les swags-givers de l’expo, ou tant d’autres.

Fort en natation ?

Mais le plus important au final reste quand même la journée du samedi. Debout à 3h45 après une nuit de sommeil relativement courte mais plutôt bien passée pour la dernière avant un grand événement. Déjeuner, crème solaire, enfilage des combinaisons, passage au toilette, voiture-navette jusqu’au départ, marquage des numéros sur les avant-bras, et enfin le check que le vélo tient la forme après l’orage de la nuit. Il me reste une bonne heure trente quand tout est terminé ; le temps de me poser dans l’herbe à observer le soleil se lever sur la zone de transition un peu à l’écart. La journée s’annonce belle. Certainement chaude du coup, mais belle. Pas de stress me dis-je et ça ira bien.

Une fois les pros partis, je me dépêche par contre de rentrer dans l’eau. Pas au point de taper pour prendre en premier les escaliers (hé calme, c’est encore long) mais quand même dans les trente premiers et suffisamment tôt pour rejoindre la ligne de départ sur la front-line. Il reste plus d’un quart d’heure à attendre mais l’eau est chaude et l’ambiance calme et sympathique. Ça discute pas mal et pas tout à fait comme sur les courses d’habitude. La question classique du « tu comptes nager en combien ? » à laquelle je réponds avec mon temps de qualification de 48’30 à Francfort et un « 52’ ici peut-être » ne reçoit pas l’étonnement usuel en retour mais un « cool, on peut nager ensemble » de 3 sur les 4 autour de moi. Hum, OK, tant mieux si je peux aussi drafter un peu pour une fois. Moins de cinq minutes avant le départ, je me décale finalement un peu à gauche pour ne pas rester à côté du nouveau qui nous a rejoint et m’a déjà tapé trois fois sur l’épaule et deux fois dans mon tendon d’Achille. J’ai envie de lui dire, écoute t’es gentil mais t’es probablement là pour plus de 9h, alors si tu veux me faire chier pour 30s sur la natation, garde-les.

Kona 2017: départ natation
Départ natation.

Sur le coup de pistolet, je suis donc à une trentaine de mètres du Pier. Ça part vite autour de moi et je cherche à rester dans des pieds autant que possible. Le groupe le plus rapide est plus à ma droite mais je dois laisser partir. Le niveau est si dense que chaque coup de bras pas donné comme il faut ou un peu gêné par un autre concurrent me semble faire perdre 5 places. Je fais mon aller légèrement sur la gauche mais avec du monde autour de moi en continu. Sur le demi-tour je me mets un peu plus dans le groupe. Il ne me semble pas nager extraordinairement bien niveau sensations mais on fera avec. Sur la fin du retour, je fais l’effort pour passer celui devant moi qui a laissé une coupure avec le reste. 53’ à la montre au sommet des escaliers, pas de quoi s’exciter. Douche tranquille pour enlever le sel tout en enlevant la swimsuit, lunettes de soleil embarquées depuis le sac et c’est parti pour le vélo.

Groupiert

Du vélo à Kona j’en entends toujours la même chose : ça souffle et ça drafte. Si le niveau est aussi serré qu’en natation ça ne m’étonne pas trop à vrai dire. Il ne faut juste pas que je me laisse embarquer trop vite. 180km c’est long et si le vent se lève sur la fin, je risque de payer les efforts initiaux. Moto : « stay calm and stay on Queen K’ » ; ça vaut aussi bien pour l’envie de suivre les fusées que pour le vent qui « shoote des pros dans le fossé ».

Kona 2017: départ vélo
Départ vélo.

Le parcours commence par un petit tour dans Kona où je croise maman et Nadine à plusieurs reprises et profite de manger mon premier gel d’une longue série. Ensuite, on s’attaque à la fameuse Queen K’ et ce long aller-retour fait de lignes droites monotones et mal-plates. Sur les barres je suis bien, comme souvent en début de course, et essaie de me fixer l’un ou  l’autre des concurrents qui a plus ou moins mon rythme. Je me fais un peu plus dépasser que je ne dépasse moi-même sans que cela en soit aussi terrible qu’imaginé. Ainsi, la première heure vingt de vélo passe ni vue ni connue (vent de dos ?). J’ai un œil sur les watts (sans m’y fixer strictement), un autre sur la vitesse (plus par intérêt) et les deux sur mon petit groupe qui m’emmène de bon chemin. Les ravitos s’enchainent régulièrement et font du bien pour se rafraichir. Seul des gourdes en pet sont fournies par contre et il m’arrive régulièrement de perdre celle sur le porte-gourde, je fais donc bien attention de toujours remplir la gourde à paille entre mes barres et bien me gicler le corps d’eau fraiche dès le poste de distribution. Quant à la nourriture, j’ai tout pris sur moi et, pour l’instant, j’enchaîne tout bien comme prévu.

Alles guet

Sur la fin de l’aller, les groupes se densifient me semble-t-il mais pour une fois je vois plus de motos arbitre que de motos média. J’ai pas vu beaucoup de cartons (un seul pour un dans ma roue) mais les penalty box sont bien pleines en passant. Le vent s’est quant à lui levé la moindre et les efforts se font ainsi plus conséquents. Parfois ça me fait de la peine à voir la vitesse sous les 30km/h pour du 300W à plat, mais les mêmes portions à plus de 55km/h sur le retour rassurent tout autant.

Vers les 120km ou deux-tiers du parcours, je commence à avoir un peu plus de peine à respecter mon plan nutrition. Il est plus conséquent qu’à Francfort (où je n’avais déjà pas tout mangé), et je n’arrive pas à me forcer à finir mes barres. J’espère ne pas trop le payer ensuite mais en vomir une sur le vélo n’est pas forcément une meilleure idée, et je bois beaucoup de gatorade aussi pour amener de l’énergie. Mon groupe a bien éclaté entre des fusées, des très lents, et des comme moi. Le vent fait sauter ceux qui ont trop puisé pour tenir les roues et amplifie les moindres différences. Les watts se font gentiment plus durs à maintenir mais le chronomètre donne toujours un temps légèrement sous les 5h, soit parfaitement dans le plan.

Le marathon sera long

Enfin, ça c’est jusqu’au kilomètre 150. Ensuite, c’est à mon tour aussi de souffrir du vent de face plus intense et des vagues du terrain. J’ai une douleur dans le genou droit qui me ressort également de nulle part. Le pire est que dans ces conditions on commence à se lever dans les montées et perdre par conséquent encore plus de temps. Quand ça ne va plus, c’est pourtant dur de faire autrement.

Kona 2017: supporter vélo
Banderole Rushteam sur le parcours.

Allez, bientôt fini. Un peu de roue libre encore en descente, puis cette petite montée, un plat, droite-gauche, et la ville est là. Ouf, dernier coup de pédale de la saison, plus qu’à descendre de ce vélo et le jeter à un bénévole pour qu’il me le range. Aie, aie, ouille, début de crampe à la cuisse droite en la passant par-dessus le porte-gourde derrière la selle. Hésitation du coup, et paf, grosse crampe à la cuisse gauche. On me prend mon vélo alors que je boite et pars en marchant vers mon sac de transition et un marathon que j’imagine interminable dans cet état (et je veux dire très long, pas abandonner évidemment).

Donner le tour

Je m’assois du coup dans la tente pour mettre mes chaussures, profite du bénévole pour quémander de l’eau et paqueter tous mes gels pour mon marathon. Sorti de la tente, je pars sur un petit rythme en mangeant une gauffre au miel et une pastille de sels minéraux ; galette de céréales et son coulis de gelée royale avec assaisonnement maritime, si ironman savait aussi faire dans le culinaire. Qu’importe, je ne crois pas que ce soit la nourriture qui me redonne le rythme mais plutôt les jambes qui sont contentes de tourner différemment et la tête qui essaie de s’accrocher aux autres concurrents autour de moi et de profiter de l’ambiance d’Alii Drive et ses nombreux spectateurs.

Je ne regarde pas trop la montre tout du long de peur de me décevoir. Les quelques fois où je ne peux pas me retenir, je suis plutôt déçu en bien avec à peine plus de 4’30/km de moyenne. Etant donné que je marche aux ravitaillements pour prendre un maximum d’eau, d’éponges, de glace et de boisson pour me rafraichir, ça veut dire que je cours encore un rythme potable.

Highway to hell

Ce premier aller-retour de 15km passe par conséquent assez vite mentalement. J’ai la tête au beau fixe, les jambes qui se plaignent mais tiennent la route.

Kona 2017: montée Palani
Très dure montée de Palani après plus de 16km.

Arrive ensuite la montée de Palani Road. Je sais que maman et Nadine m’attende, mais je sais aussi qu’elle est très raide et casse-pattes. J’avais dit deux jours avant vouloir la marcher et reprendre un rythme ensuite et c’est ce que je fais. J’ai essayé de courir un bout mais sans grand succès en ayant l’impression de dépenser beaucoup d’énergie pour rien. Le problème est pour moi que la deuxième moitié du marathon et ce long aller-retour pour chercher Energy Lab se montrera nettement plus difficile. Pas encore 20km au compteur quand on s’y attaque et une chaleur écrasante sur des lignes droites d’autoroute interminables, monotones, et jamais vraiment plates. Quant à mes cuisses, elles, sont gentiment plates. Bref, de longs kilomètres s’en suivent où le mental est la seule raison d’avancer encore. Courir est plus une solution pour en finir plus vite qu’autre chose avec pour seule consolation que je ne suis pas le pire même parmi ceux à ma hauteur (tandis que d’autres n’en ont pas encore fini avec le vélo).

You are an ironman

Après de longs moments ainsi je rejoins enfin Palani pour la descente cette fois-ci. Nadine me dit 5e de la catégorie et que j’ai bien tenu (mes splits semblaient apparemment constants même si mon effort ne l’était pas du tout). Je pense pour la première fois à une place depuis plus de 9h de temps. Coup d’œil à la montre inutile puisqu’elle s’est arrêtée par manque de batterie. Je m’efforce de garder ma place dans ce qui a dû être le sprint le plus lent de ma carrière de sportif (record après Francfort probablement, les juges débattent encore). Il se trouve être sur les photos que la personne juste derrière moi était une femme pro avec 25’ de retard déjà, mais qu’importe moi je lève les bras avant de m’effondrer dans ceux des deux chaperons qui me soutiendront jusqu’à ce que je reçoive un linge de glaçon et un ravitaillement d’arrivée.

Kona 2017: finish
Arrivée!

– What do you have boy? – I’m just tired, and my quads… my quads won’t hold me anymore. – Don’t bring him to medical, he’s fine.

Oui, 5e de la catégorie en 9h20’44 (bravo Jean-Claude pour l’estimation), je suis fine et même happy.

Kona 2017: finish line party
Finish line party; retour sur la ligne après la douche pour voir les derniers arriver et l'ambiance avec musique, speaker, et les meilleurs pro de retour également.

Encore plus le lendemain quand je peux monter sur scène pour recevoir les honneurs. Pour un deuxième ironman et un premier Kona, quelle réussite !

Kona 2017: podium 25-29
Podium 25-29.

Maintenant place à une pause de saison bien méritée. Encore une semaine ici avec Nadine et maman pour profiter de Big Island et ses beaux paysages. Et ensuite on reviendra sur l’analyse plus en chiffres de la course et sur les décisions des objectifs à venir et de l’organisation de la saison 2018.

Un grand merci à maman et Nadine pour le soutien sur place et à tous les autres pour celui à distances et les nombreux messages.

Kona 2017: boat
Visite de l'île et de ses plages...
Kona 2017: road
... routes et paysages.
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2 commentaires
Bravo. Profite de ton repos bien mérité !
par David f le 17-10-2017 à 23:20
Un grand "BRAVO" Daniel !!
Première Ironman Francfort: Qualification pour Hawaii et à Hawaii directement Le Podium. Eh bien, il faut le faire. Félicitation!
Et n' oublions pas Jean-Claude, qui n'avait pas cette chance pour quelques minutes. Peut-être l'année prochaine!
Bonne récup et profite tes vacances.
Anton B.

par Anton B. le 18-10-2017 à 20:05


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Swimrun 1000 lakes

Un swimrun, ça se court à deux, alors ça se raconte aussi à deux. Cendrine prend une fois de plus l’initiative, et moi je complète avec mon grain de sel.

Après le swimrun sprint en Engadine en 2016 (http://www.slowtwitch.com/News/The_Engadin_SwimRun_Sprint_5872.html), on remet ça mais pour une version longue, cette fois dans l’arrière-pays berlinois. On ne sait pas très bien à quelle sauce on sera mangé après une édition 2016 frisquette (10 degrés pour l'air et l’eau), mais les organisateurs  promettent une belle « balade » : "Get ready to embark on a new adventure, through mystical forests and in untouched lakes". Cette année, les semaines précédentes ont été rassurantes puisque la température annoncée est de 15-17° (après la course, certains diront 14°, mais qu'importe c'est trop tard) et surtout Jean-Claude se remet gentiment de sa blessure. C’est pas la température qui me préoccupe, mais plutôt la progression lente de ma blessure même en renonçant à tout autre triathlon après notre Ironman de cet été. Avant la course je suis un peu mieux qu’en juillet avant l’iron, mais pas à 100% non plus. Le genou droit fait souvent des siennes lorsque les entraînements traînent en longueur.

Notre week-end commence vendredi avec un départ aux aurores pour Berlin. Petit détour en ville, le temps de croiser la ligne idéale du marathon et on parvient ensuite à Rheinsberg, notre lieu de villégiature. J’ai pris Cendrine comme guide pour une visite rapide de Berlin. Que pourrait-on voir en passant ? La porte de Brandenburg et le Reichtag depuis la gare centrale, et comme la visite est courte on se dit qu’on pourrait y venir une fois suivre la ligne bleue sur tous les 42km195 ? Pendant les deux journées d’avant-course, on marche (un peu trop) pour découvrir les alentours (château, forêts multicolores, lacs et port), on reconnaît la fin du parcours, profite de regarder le sprint. Comprenez par-là que contrairement aux recommandations d’avant un effort d’endurance à pied où l’on conseille « Don’t stand if you can sit, don’t sit if you can lie down », nous on marche 15km à se perdre dans les forêts avoisinantes, et le long du lac qui semble pas si froid (à y tremper la main au bord).

Dimanche 1er octobre, on y est. Une forêt de bonnets rouge, vert, orange, aux couleurs de l’automne, égaie la grisaille et la fraîcheur matinales. Dans le car on est bien calme, et à côté ça discute de combien long est le trajet, et qu’il faudra courir tout le retour. On attend tous la même chose: courir nager courir nager courir... 11 sections de course, 10 de natation pour environ 34km de trail et 7,5km de natation. Heureusement d’ailleurs, qu’il y a ces coupures, courir tout le trajet serait, pour citer mon voisin enfilant sa combi : « unmenschlich ». Je me demande bien comment ça va se passer. Le coup de pistolet libère tout le monde.

1er constat: ça part vite! Les deux premières équipes devant doivent juste faire le sprint pour la caméra, ou alors il faut vraiment se placer si vite avant le sentier annoncé ? On a prévu de courir à 5’/km, aussi longtemps que je tiendrai… 1er km en moins de 4'30… « On va ramasser si toutes les équipes sont aussi fortes », c’est ce que je pense tout en me forçant à ralentir un peu. Pas facile, d'autant plus que Jean-Claude aimerait bien suivre… Comme l’élastique est interdit sur cette première partie, il finit par passer derrière pour éviter de me semer. Pas facile de se mettre dans le bon rythme. Déjà tout seul ça m’arrive d’être emporté, mais en plus il faut surveiller autour de pas perdre contact avec Cendrine, ni glisser sur les virages en pavés mouillés. Je préfère être dans ses pieds finalement. Pavés, sable, sentier, puis champs, on découvre le terrain de jeux. Après le premier kilomètre le sentier se resserre, les équipes s’étirent et deux trois petits trous entre groupe se forment devant nous. Moi qui pensait qu’on serait comme en Engadine forts à pieds et moins habitués en natation à deux.

La voilà, la 1ère natation: 1000m. Lunettes et pull buoy en place, élastique (orange évidemment !) accrochée: c’est parti. Elle a l’air facile je me dis, tout droit jusqu’à la bouée puis à gauche vers une sortie cachée. Mais l’avantage d’un départ plus conservateur c’est que la ligne idéale est tracée à côté des équipes déjà dans l’eau.

2e constat: nos transitions sont rapides et dans l'eau on file, on glisse! Un régal! On reprend équipe après équipe. Souvent on reprend du monde en rentrant dans l’eau. Lunettes quelques mètres avant, pull-boy au premier pas dans le lac, je me retourne et demande « C’est bon ? », et si Cendrine gueule pas je plonge et part avec l'objectif de reprendre le plus d'équipes possible. (Note: ça me vaudra une fois un beau plouf. Alors qu'une bénévole dit quelque chose sans que je n'écoute je fais machinalement le premier pas dans l'eau et hop enfoncé jusqu'à la taille avec un arbre bloqué devant moi. Zut pour une fois j'aurais dû prendre quelques secondes en entrant).

3e constat: en course à pied, les équipes sont soit plus fortes soit de niveau égal (au mien bien entendu parce que sinon Jean-Claude serait loin devant). On court, nage, re-court, re-nage... Et on profite de dépasser des duos moins rapides dans l'eau. Cendrine passe sous silence le départ de la deuxième section course où une flèche indique droit dans le pentu d’un champ de patates, je m’arrête presque étonné, et elle me lance un : « Bon tu cours ? ». Après une nouvelle forte remontée à la 2e natation, les positions changeront beaucoup moins.

ravito
Ravito.

En sortant de la plus longue section natation (1300m), on se ravitaille pour se préparer aux prochains 7km de course. J’ai fait l’effort sur la fin de la natation pour revenir sur deux équipes pas loin devant. J’essaie surtout de remettre mon pull buoy qui glisse depuis le départ et qui commence sérieusement à m’agacer en courant. Mais, avec les mains froides, j’ai de la peine à la raccrocher. Alors que la caméra se pointe sur nous en commentant : « Ensemble au ravito la tête de la course féminine avec des équipe mixtes ». J’essaie d’aider un peu mais trop tard elle s’en sortira toute seule. Jean-Claude m’attend pour repartir et je vois une équipe mixte qu’on vient de rattraper partir en boulet de canon. Pas besoin de mot, je le sais: on va aller les chercher. Et ça ne rate pas! Ben oui on est sortis avec de l’eau il faut maintenant reprendre le contact et les lâcher à la prochaine natation. Petit à petit, on revient. On a aussi en point de mire l’équipe féminine composée de Diane (triathlète de Pully, exilée à Stockholm) qui doit être en tête de la catégorie féminine (2e au final). Faciles à repérer avec le dos rose des leaders de la série. On court à trois équipes. Au rythme du souffle de Cendrine, qui a bien accéléré, je me dis qu’on pourrait ralentir un poil et rester avec au lieu de continuer notre train élevé. On a un peu accéléré pour revenir (et passer devant!) et on le paiera: Jean-Claude a le genou qui se réveille à la prochaine course et mes quadriceps deviennent douloureux. Et que 21 kms de fait... Mais on ne doit pas être les seuls à souffrir... Effectivement l’autre équipe mixte souffle fort et Diane me dit qu’elles sont dans le dur.

On lâche l’équipe mixte à la faveur d’une nouvelle natation et on court avec les filles. Malgré ma première foirée en natation. Perdu une plaquette en plongeant, puis parti vers la bouée de milieu de parcours qui n’était pas bien alignée avec la sortie, et non obligatoire à prendre. Elles finiront par nous lâcher, on ne les reverra plus. Comme on ne verra plus tous ceux qu’on a dépassés, même s’ils semblaient plus rapides à pied. Jusqu’à se retrouver seuls. C’est surprenant de voir les écarts qui se creusent petit à petit, certains devant payer les efforts du départ... Il semble qu’on se mette dans un rythme plus confortable, où je ne pousse plus trop à pied de peur de faire trop mal à mon genou.   Les sections s’enchaînent, plus courtes en natation, plus longues en course à pied. Et surtout me semble-t-il avec bien moins de rendement. Si les routes à jeep d’avant étaient passables en cherchant les endroits plus durs et tassés, désormais le sable et les racines semblent remplir les chemins. A un croisement le panneau indique carrément en sous-bois en dehors de tout chemin. Il faut suivre les petits rubans accrochés aux arbres, facilement repérable par les traces de pas des équipes précédantes dans la mousse et les fougères (Cendrine à l'arrivée semble avoir couru en mode automatique et râté ce passage...).

En sortant de l’eau, Jean-Claude me demande s’il nous en reste bien une. « Euh…plutôt quatre…». Oui mais moi j’avais 40km en tête et on est déjà à plus de 30 ?! Au fait c’était 41km officiels, presque 45km en vrai. Heureusement Cendrine a le plan sur ses plaquettes. Ça me donne quand même un coup au moral, d’autant qu’il n’y a absolument personne autour. Je me réjouis des natations qui arrivent.

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Sortie de l'eau.

Après avoir repris notre chemin, on arrive à la dernière longue section de natation : 1100m. Tout se passe bien jusqu’aux 1000m, je sens alors l’eau se refroidir brusquement et un gros coup de froid… En sortant, mes jambes refusent d’avancer avant de se remettre progressivement en route, mais le rythme n'y est plus. 2km et encore 500m de natation jusqu’au prochain ravitaillement… 2km, c’est court, en sous-bois c'est agréable, j'apprécie ce genre de parcours, je m’amuse : ça, c'est en temps normal. Là, c’est long, j’arrive à peine à lever les pieds pour éviter les racines, c’est terrible... Jean-Claude s’adapte. Le froid ne me gêne pas, j’ai mangé mon propre gel et pas besoin de grand-chose. Juste les épaules qui fatiguent un peu, et le genou qui sans crier à la douleur me rappelle toutefois à chaque pas qu’il n’attend que l’arrivée. Au ravitaillement, on prend un peu plus de temps pour récupérer. Ce qui est pire pour les muscles je trouve, pour ma part la plus dure section de course à pied a été la remise en marche après une pause plus longue au ravito.

3100, 3400 ou 3800 : je n'arrive pas à déchiffrer la dernière distance à pied inscrite sur ma plaquette, tant pis on verra bien (la prochaine fois, j’écrirai plus gros !). En sortant de la forêt, après un virage, l'obélisque se dresse devant nous. On l’a vu hier, on sait qu’elle marque la fin, ne reste qu’une natation, enfin !

Dans l’eau, Jean-Claude s’oriente plus souvent que nécessaire, il zigue-zague et je me demande ce que fait ce bateau au milieu de notre chemin... Un photographe prenait des clichés : plus on s’écartait, plus il s’approchait et cachait le fanion indiquant la sortie… Damn ! Je voulais viser le bon endroit, le bateau s’approche, je crois qu’il m’indique de changer de direction, et plus je change plus il se rapproche. Jusqu’à ce qu’en respirant une fois je voie la caméra et décide de le frôler. Tant pis ça fera une banane pour une fois.

Encore 300m à pied pour rejoindre la ligne, je suis soulagée d’en finir, vidée, mais heureuse d’avoir pu partager cette aventure avec Jean-Claude. Moi aussi, merci Cendrine !   Saucisses, douche chaude et banquet nous attendent et permettent de commencer la récupération. Ainsi que deux allers-retours jusqu’à l’hôtel pour compléter à 60km le total de la journée. Faudra récupérer musculairement et aussi traiter l’inflammation de retour.

Finish
Ligne d'arrivée.

Le lendemain, c’est retour à la maison (après la fin de la visite de Berlin) la tête remplie de cette expérience et des découvertes du week-end avec l’envie de recommencer… un peu plus tard… 

Si le swimrun se court à deux, pour profiter d’une telle aventure, il y a aussi tous ces entraînements partagés avec vous, sous oublier vos précieux conseils et vos nombreux messages : merci !

Cendrine et Jean-Claude

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Après l'arrivée.



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