Daniel & Jean-Claude Besse

Natation Vélo Course

Les News: Compétitions

20km de Lausanne

Avec le printemps, l’arrivée des premières chaleurs, des pollens, et l’approche de la saison de compétitions, il est aussi temps des 20km de Lausanne. Premier test réel de ma forme, qui me semble être au point. Tout de moins à pied, sur le vélo après un Porrentruy bien rodé il me semble avoir plus de peine les semaines suivantes, m’habituant plus gentiment que prévu au nouveau vélo également.

Ayant bien récupéré du marathon à Rotterdam, Daniel enchaîne gaiment avec 36km en marge de celui de Zürich deux semaines plus tard. Ce qui m’impressionne le plus, c’est sa capacité à supporter des longs efforts à ce rythme ironman, en étant prévenu que dix minutes auparavant. Quant à moi, souvent de la fatigue (couplé au rhume et les yeux qui piquent de saison), mais une belle forme pour la série sur piste mardi dernier (5x1000m en 3’02 de moyenne, 3x800m pareil derrière). J’y saute la fin, de peur de me blesser à la même période que l’an dernier, et avec une douleur sous l’arche plantaire, dont le fascia est légèrement enflammé. Fin de semaine en récup et on verra ce que ça donne.

Pour la course, je suis plus conservateur que les années précédentes et décide de porter mes « lourdes ». Quitte à perdre quelques secondes dans les montées, je préfère éviter trop les chocs pour mes articulations. A l’échauffement il fait bien chaud mais je suis relativement à l’aise. Daniel parsème le chemin vers le départ de blagues, il doit être en forme. Beaucoup de têtes connues comme d’habitude, je me faufile vers la tête du peloton malgré mon dossard violet du bloc 8. Pas de point pour passer devant, mais je me retrouve bien placé juste derrière les deux africains. Le départ n’est pas décompté, ni vraiment très clair, ça se regarde une fraction de seconde avant de partir.


Jean-Claude sur l'avenue de Cour

Devant c’est un départ rapide à mon goût (ou plutôt je devrais dire un départ que j’aurais fait il y a quelques années, mais cette fois je me suis promis d’être sage). Laura Hrebec juste à côté, décidemment je ne suis pas trop vite pour une fois. Devant les deux africains sont déjà seuls au monde, un petit groupe se forme autour de Daniel et François Leboeuf notamment. Il ne semble pas aller trop vite, et je suis un peu seul intercalé au km 1. Puis sans accélérer je remonte gentiment et vais me placer dans les pieds de François qui discute avec Jérémy. Petit train régulier autour des 3’15-3’20/km le long du musée olympique. C’est beau d’être dans le groupe des meilleurs suisses !


Daniel sur l'avenue de Cour

Le joli plat ne dure malheureusement pas long à Lausanne, et sur Denantou les amarres sont larguées. Un groupe de 4 coureurs de montagnes s’échappe, Daniel s’accroche en 5e, je laisse partir tranquillement. Trop lourd par rapport à ces petits cabris valaisans. Le premier ravito arrive vers Montchoisi. Il ne fait pas encore trop chaud, mais je dirais pas non à quelques nuages. Retour sur du terrain plus plat vers la place Milan et l’avenue de Cour, je relance bien (contrairement à certaines années où ça devenait déjà plus difficile). Redescente vers la Maladière, on remet les compteurs de déniv à zéro. Daniel n’est finalement pas loin devant, l’écart depuis Denantou n’a pas changé. Je monte bien ces premiers béquets et me rapproche même pas à pas.


Jean-Claude km 7

Place Milan, ravito suivant, je prends un point au ventre et doit serrer les dents dans les montées. 4km à plus de 4min/km à cause des raidillons du passage des voies, de Tivoli, et de la rue de Bourg jusqu’à la cathé. Partie difficile, le soleil tape, les jambes se raidissent. Perdu quelques places, mais faut dire que j’ai fait aucune série en montée cette année, et j’ai pas forcément le gabarit de ceux qui me dépasse. On se motive, y’a du monde en ville, dont pas mal de têtes connues, et après ça descend !


Serrer les dents sur Tivoli (Jean-Claude)

A la Riponne petit détour ajouté cette année pour arriver à 20km pour de vrai. Pas un cadeau, ça comprend une épingle à la rue de l’Ale et le tour de la place Palud. Enfin je retrouve des couleurs à la sortie du Flon, reprend deux positions dans le début de la descente. Je croise Kristina qui semble avoir de l’énergie à revendre pour un gros encouragement (désolé de pas avoir répondu). Mon pied tire un poil, et mon compteur énergétique est plutôt vide dans la « terreur des 20km », les infâmes kilomètres du parc Bourget une fois être passé juste devant l’arrivée.

Daniel est toujours à une trentaine de secondes devant. Je ne l’aurai pas cette fois, mais j’ai fait une belle course. Plus de peine dans les montées, mais bien régulier sinon et digne de ma forme du moment. 14e place selon les résultats officiels, j’avais dit viser minimum un top 20, le top 10 étant éventuellement jouable. Niveau chronométrique tout le monde a payé les détours ajoutés. 1h13.18 c’est un peu plus qu’escomptés, mais tout à fait honnête. Plaisir de se regrouper avec la troupe du Rushteam à l’arrivée ainsi que le soir à une gigantesque lasagnes-party.  Le décrassage sera l’après-midi à jouer au loup et courater sur les bords du lac avec les cousins…


Finish Jean-Claude

Le Rushteam après l'arrivée

Vidéo de la Migros (Daniel)
Vidéo de la Migros (Jean-Claude)



Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

NN Marathon Rotterdam

Pace-makers en préparation

Il est de ces choses que tous les plans standards déconseillent ; faire un marathon tôt dans sa première saison PRO ironman en fait à coup sûr partie. Pourtant, nous voici à Rotterdam, une semaine seulement après un gros week-end chargé de vélo à Porrentruy pour tenter de prémâcher 42km de bitume pour Melina. L’idée est de tenir les 2h50 et passer un bon week-end en groupe. De toute façon en triathlon, et selon les dires mêmes de la fédération,  nous ne sommes pas professionnels mais « athlètes au niveau équivalent à des PRO sur longue distance » ; alors pourquoi pas un peu de fun dans notre hobby ?

Rotterdam 2018 Messe
Pre-race picture à l'expo.

Sortant de 500km de vélo en 5 jours le lundi, le programme de la semaine se veut plutôt léger. Même avec un peu de marge sur le marathon, on ne s’attend pas non plus à une tasse de thé. Footing le mardi soir avec le TVO avec quelques sections en rythme de 4:00/km, repos le mercredi (avec une discussion intéressante avec Magnes à propos de capteurs de puissance et analyse de données, mais les détails seront pour une autre fois), voyage et footing léger le jeudi, repos le vendredi, et pre-race footing le samedi. L’ambiance est cool, et le stress pas présent pour nous pour une fois ; pace-maker ne ressemble pas accidentellement à peace-maker.

Départ aisé

Le marathon s’est toujours trop simple au début ; sinon, ce sera trop dur à la fin. Melina vise entre 4:02km et 4:04/km. On marche ensemble jusqu’au départ, cause, court un peu en profitant de la musique et passe par nos différentes pauses pipi. Quand elle nous quitte pour rejoindre son groupe A « Fast-Runners » alors que nous devons nous contenter du B (finalement juste derrière, à moins de 10s), Jean-Claude me jette un « c’est précis, t’arrive à viser si juste ? ». Malheureusement, je ne crois pas ; faudra se caler un peu sur comment elle réagit au début. On verra quoi.

Le départ juste devant le pont est sympa, mais un peu serré. On ne se stresse pas trop toutefois, et peut remonter sur elle après que la foule se soit décantée. Bientôt le premier kilomètre, easy peasy, même au temps officiel du canon on est en 4’05. C’est parti mon kiki. Je prends les choses en main devant tandis que Jean-Claude préfère rester à côté un moment. Il me semble me retenir en continu mais les 4:00/km déroulent aisément et les kilomètres défilent les uns après les autres. On tâche de bien profiter des ravitaillements car il fait nettement plus chaud que ces derniers jours. Mis à part ça on profite un max, et on peut même s’échanger quelques mots avec Jean-Claude.

Rotterdam 2018 start
Peu après le départ, la formation est en place.

Trop vite ?

Souvent j’essaie de jeter un regard en arrière voir comment ça suit. Pas le moindre signe de problème et on a déjà un tiers de course derrière nous. Tu crois qu’on est trop rapide ? Je finis par oser la question à Jean-Claude qui finira par la poser à Melina dont je ne comprends que la moitié de la réponse ; quand elle inclut « geile Beine » et « bald die Hälfte », je me dis qu’elle ne pouvait qu’être bonne. Gentiment on a néanmoins un gros groupe qui suit les pace-makers 2h50 ; si elle est la seule à recevoir des verres d’eau au ravitaillement, beaucoup d’autres profitent du rythme régulier et s’abritent du vent lorsque le parcours tourne un peu au passage du semi. Un ou deux viendront même devant demander ce qu’on vise et si ça nous dérange de tout faire devant. Au contraire, faites-nous un bon groupe et on vous emmène volontiers avec.

Rotterdam 2018 pace-makers
Pace-makers pour tout un groupe.

Les choses changent pourtant subitement vers le 24e kilomètre. Melina peine un peu à suivre le rythme, quémande un gel, et tandis que nous ralentissons un tout petit peu, notre groupe éclate en morceaux entre ceux qui tiennent et ceux qui ne peuvent pas vraiment tout seul. Merde, est-ce qu’on a vraiment trop forcé ?

Rotterdam 2018 wand
Le mur face au vent.

Quand ça commence, c’est difficile

Rotterdam 2018 bridge
Passage du pont dans le deuxième sens et début des difficultés.

Le marathon ça commence normalement au 30e et ensuite c’est difficile. Et là, on n’est « qu’à » 25 et voilà que ça commence déjà. Ça va ? Grimace. Bon, no stress, quelques kilomètres plus lentement. Si ça revient après, on est toujours dans de très bons temps. Pas facile pour le mental toutefois, quand après n’avoir fait que rattraper du monde sur plus de 10 kilomètres, c’est l’inverse qui se produit et presque aucuns pieds ne semblent tenables. L’intervalle entre chaque panneau paraît alors plus long, ne serait-ce que pour moi. Il reste pourtant un dernier tiers et un tour de lac qui sera certainement interminable.

Je ne regarde personnellement plus la montre au passage des kilomètres du 28e au 32e. Je ne sais pas si cela vaut pour les deux autres, mais il faut plutôt se focaliser à tenir ce que l’on peut à ce moment-là. Seules consolations de ce tour : 1) on n’est pas les seuls à souffrir (Jean-Claude et moi se confiant l’un l’autre commencer à sentir les jambes) à voir certains à la marche ou à l’arrêt en bord de parcours. 2) les vidéos de la famille à Melina sur écran géant au passage du 34e, « luege, mini Mammi », puis papa, parents à Thömu, et Thömu. « I’m so proud of you », lui drapeau suisse à la main, nous sourire aux lèvres et feu aux jambes. L’euphorie ne dure que quelques centaines de mètres avant de reprendre le regard concentré et le rythme précédent. Les 2h50 sont déjà loin à cet instant et je doute franchement pour le PB de 2h53. On se met alors à encourager vocalement.

Dans la tête

Rotterdam 2018 coke
Coca du 39e.

Hervé se pointe à 36km avec du coca qu’on avait demandé pour le 39; il a probablement vu les passages à la baisse sur le tracking. Melina se tient pourtant à son plan et refuse catégoriquement. A partir de 38, je le prends à la main, et on se retrouve sur le dernier retour. Le vent (s’il y en a encore) devrait être plutôt avec nous. Il nous faut toutefois 3 bons kilomètres en 4:00/km pour espérer 2h53. Et c’est là que la tête prend les dessus. On retrouve des jambes où il n’y en a plus ; à nous de dépasser à nouveau ! Go, go, go ! Je ne sais pas si on y croit ou si on essaie tout de même, mais j’aime mieux ça. Ainsi, jusqu’à la ligne elle aura tout donné et grâce à un sprint final sur les derniers hectomètres et un buste cassé digne d’un sprinteur de 100m, elle obtient le 2h53’12. Exactement le même temps que son PB l’an dernier. Au semi, on estimait 3’ d’avance ; au 32e, 3’ de retard ; au final, c’est égalisé à la seconde près.

Rotterdam 2018 tired
Fatigue après l'arrivée.

Sentiment probablement un peu mitigé, les 2h50 sont dans les jambes un bon jour. Tenir ainsi mentalement 20km n’est pas à sous-estimer comme performance toutefois. De mon côté, j’ai beaucoup apprécié la course avec une ambiance pour une fois différente et sans stress. Les quelques secondes au kilomètre de marge font vraiment toute la différence. Ce matin (le lendemain), j’ai mon tendon d’Achille gauche qui est bien tendu et les jambes qui se demandent quand même si c’était vraiment la meilleure solution de visiter Rotterdam en 3 heures. La tête quant à elle est contente de l’avoir fait et d’avoir passé un excellent week-end avec le team « Melina ».


Temps officiel.
Ajouter un commentaire
1 commentaire
ca me fait penser à Judith qui à Zurich avait battu son PB d'une seconde sur IM. Bravo les jeunes
par PA le 09-04-2018 à 12:12


Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Championnats suisses de 10km sur route

Prendre l’élan pour sauter 3 marches d’un coup, s’encoubler, et retomber à genou sur la première.

C’est l’impression qui m’est laissée par ma participation ce week-end aux championnats suisses de 10km sur route. Une marche de prise, il est vrai, mais la déception d’avoir visé plus haut et de s’être planté.

On se présentait au fin fond de la Suisse, sur les abords du Rhin, pour un clair record personnel. Parcours facile et rapide, course relevée, mis à part un poil de vent les conditions semblent idéales pour battre une marque datant de 2014. Aux entraînements les jambes sont en forme, je me plains juste parfois de manquer de résistance sur les séries au seuil.

Midi et demie, les chevaux sont prêts, le départ est décompté depuis 10s, ça part … en pétard mouillé. Tout le monde s’arrête, observe, se demande ce qu’il se passe. Le speaker décrète un faux départ sur la droite. Oui mais pas facile de faire revenir 700 personnes en arrière alors qu’elles ont déjà couru 100m. Bref 5 minutes de battement, retour sur la ligne, 10s décomptées en une demi-respiration par le speaker et top départ.

Ça part vite devant, je me suis promis de gérer un peu. Oui mais enfin pas trop non plus, restons dans un groupe. Petit passage au bord d’un canal, le vent de dos, tout va pour le mieux. 3’09 au panneau, c’est un poil rapide, mais restons dans les pieds de Cesar Costa. Le deuxième kilomètre dans les villas se déroule rapidement aussi, même rythme. Au 3e la direction change un peu, mais les maisons offrent un peu de protection. Me semble naviguer un peu gauche droite, perdre de l’énergie à combler les écarts et rester dans les jambes, pas forcément bon signe. Plus tard de retour vers le canal le vent devient de face et je dois laisser partir gentiment mon 3e groupe, pour prendre la tête d’un 4e en train de se former. Le tempo ralentit, je l’avais prévu. Le but étant de remettre l’allure vers les 6 à 8km qui devraient être easy peasy vent de dos.


Après 4.5km de course. Photo: Joanna Ryter.

On boucle vers le départ à 4km500, tire une ligne droite jusqu’au 5e km où je regarde pour la 3e fois la montre. 16’07, ça a déjà ralenti un poil comme attendu. Mais surtout les sensations ne sont plus vraiment là. Et de retour vers le canal, je me retrouve seul car lâché par mes deux compagnons. Me semble que le vent est de face, ça me scie le moral aussi. Peut-être que c’est une impression, mais le vent a tourné je dirais. Et moi je perds ma coordination et mon rythme, et paie ainsi mon poker des premiers kilomètres. Quelques personnes me dépassent encore, dont Rubén qui remonte le peloton des “jeunets craquants” comme moi. Il aura joué la carte de l’intelligence, qui remporte la plie face à l’audace…

Vers 8km je reprends du nerf en direction de l’arrivée (ce qui par la même occasion confirme ma théorie de vent ayant tourné). Me reste 6min43 pour passer les 33min, l’objectif B de la journée (le A étant les 32’30). Et surtout 7min11 pour un nouveau record sur 10km. Je peux pas le rater. Au mental, avec ce style pas beau mais relativement efficace les dents serrées, je coupe la ligne en 32’53, nouveau record personnel.

La journée me laisse un goût amer, une certaine déception d’avoir visé beaucoup plus haut que mes capacités. Mais du côté positif c’est ma première compétition sans douleurs (autres que liées à l’effort) depuis mai l’an passé, et même en “explosant” je limite les dégâts à 10s/km. La forme est bien là, et comme Rubén le disait peut-être que pour la confirmer il suffirait d’un 10km où je fais un vrai tapering au préalable. On prépare la saison de triathlon, et pour l’instant je crois qu’elle s’approche bien. Et qui sait combien de temps ce record tiendra?



Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Corrida d'Octodure

L’année passée le marathon m’avait empêché de participer aux traditionnelles corridas de fin de saison, et cette année si l’envie est de mise la forme n’y est pas forcément suite à ma blessure et ma peine à reprendre la course à pied. Reste qu’on a été invités une fois de plus à participer à la corrida de Martigny, et qu’il est dur de dire non lorsqu’il n’y a même pas à s’inscrire soi-même. Entre Daniel en récup de fin de saison après Hawaii et moi en charge réduite pour la reprise, il faut dire que les derniers entraînements ont plutôt été de l’ordre d’un footing par semaine, et non pas des séries qui seraient appropriées pour montrer le meilleur de soi sur une distance assez courte (7.8km) et surtout très nerveuse avec beaucoup de virages et relances en ville.
Le jour J la pluie s’en mêle, mais comme dirait le speaker il ne fait du coup pas froid et c’est des conditions idéales qui attendent les coureurs. Je me dis toutefois que quelques spectateurs de plus par une belle journée d’automne n’auraient pas été de refus. Je m’échauffe de manière restreinte, de peur un peu de réveiller les douleurs au genou droit qui venaient souvent après quelques kilomètres lors des derniers entraînements. Les jambes semblent répondre présentes lors des petites accélérations avant le départ, je me réjouis d’en découdre.

 

Top départ, un petit peloton d’une quarantaine de coureurs, mais tous des cracks. Ça se pousse un poil pour les places, mais très vite le peloton s’étire. Pas de tour d’attente donc comme la dernière fois, ici c’est d’entrée un train d’enfer. Quoique j’ai un doute, et si je suis juste trop lent pour le groupe devant ? Mais ça n’en a pas l’air. En tout cas je suis à bout de souffle très vite, et laisse partir. Il y a du coup plus de place et moins de bousculades dans les virages, je prends un rythme plus raisonnable.
Deux kilomètres à peine et je suis en train de me faire remonter par l’arrière. Dieu sait si les séries à ce rythme me manquent ! Je semble reprendre un tantinet de poil de la bête vers les deux-tiers de la course, mais rien d’impressionnant, d’autant qu’à ce moment le genou se rappelle à moi également. Sans devenir insupportable, mais un peu gênant quand même.
Au sprint final c’est deux places que je perds à n’avoir aucune vitesse. Plus ou moins le même temps qu’il y a deux ans (où mes sensations n’étaient pas géniales non plus), et un sentiment très mitigé à l’arrivée. Moi plutôt déçu de ma course, mais Daniel, Valentin et nos supporters familiaux contents de me voir courir à nouveau sans être bloqués par des douleurs liées à la blessure. Reste à retrouver la vitesse désormais.
 



Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Hommages d’un moustique à son long périple

Texte écrit et paru originalement pour le Tricycle n°29 du Rushteam Ecublens.

Bzzzz, Bzzzz… Salut toi, camarade moustique ! Viens, posons-nous sur cet oranger pour discuter un peu d’un pèlerinage pour nous autres diptères. S’il est des insectes qui chantent tout l’été dans notre belle région, parfois certains d’entre nous se concentrent une saison entière sur de longues mélodies tout de calme et de continuité qui, quand elles ne convainquent pas leur public dès les premiers accords, le feront certainement sur la longueur. Je m’égare toutefois ; revenons à nos plantes et leur suc si délicieux. Les oranges présentes en nombre à Francfort à l’apogée de la saison ont dû faire place à bien moins d’ibiscus en octobre. Pourtant, l’essaim de moustiques assoiffés et prêts à voler un demi-Pacifique pour butiner n’y est que plus dense. Les ailes affutées, la trompe prête à se déplier ; l’agitation de la semaine précédente se ressent sans tension, quand bien même tout le village bourdonne comme des orpailleurs se ruant autour d’un potentiel filon. Un vrai business spécialisé en petites bêtes volantes comme toi.

Kona AlohaMan
Aloha! Spirit of Hawaii. © Photo: Bernd/Eitzinger

Sache pourtant rester calme, cher moustique. Il te faut attendre dans cette chaude et chaleureuse ambiance le samedi magique où les bourgeons écloront en de belles fleurs à nectar ou à collier. Alors, petit, il te faudra traverser les eaux et le sel dans un océan, défi connu comme cette machine à laver ta voilure. Ainsi purgé, tu pourras te lancer à ta quête au travers des épreuves de la lave et du vent. Élancé comme un avion, tu voleras de tes propres ailes ; malgré tout entouré constamment de tes compères. Frôler aves ceux de devant se produira parfois, mais ne te risque pas à t’accrocher trop régulièrement sous peine de voir un motard sortir sa redoutable tapette. Inévitablement, tu auras déjà chaud et apprécieras les fréquentes oasis violettes, couleur des T-shirts que portent les petits nains féériques. Profite de leur gourdes à la contenance presque magique et tu tiendras ainsi, si Eole le veut bien, jusqu’au plat de résistance. Tu quitteras à ce moment ta position couchée pour te relever et montrer honorablement ton torse comme si ton nom y était inscrit dessus. Courant alors comme un coq, tu te demanderas parfois pourquoi marcher ne suffirait pas. Fort heureusement, tu resteras confiant et l’insecte de fer en toi saura qu’il te faut rejoindre ton but au plus vite pour ce steak saignant dont tu as tant rêvé. Le mental est pour toi un allié en acier.

Kona bike reco
Reconnaissance à vélo. © Photo: Bernd/Eitzinger

Peu importe ton rang dans cette procession, pour autant que tu atteignes l’ivresse et puisses en profiter, fier du temps et des efforts qu’il t’aura fallu pour goûter enfin à ce sérum. Moustique, toute parure métallique que tu as, finis toujours en remerciant tes camarades qui t’ont ouvert le chemin ou accompagné sur celui-ci ; tout comme des orangers sur lesquels tu peux toujours te reposer. Souvenirs et expériences se propagent alors en toi comme des virus que tu mélangerais piqûre après piqûre au fil des gouttes de sang.

Kona Finish = out
Complètement out à la finish line. © Photo: Bernd/Eitzinger



Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Kona 2017

Objectif Kona

Notre programme (masterplan) avec Jean-Claude pour 2017 était bien clair jusqu’à notre 25e anniversaire le jour de Francfort. La suite ? je voulais la laisser libre, peut-être Hawaii, peut-être le circuit sur olympique, peut-être un marathon (cf questions tricircuit). Dès le lendemain toutefois les choses s’éclaircissent subitement ; avec ma 4e place (cf récit Francfort) je suis qualifié pour les championnats du monde à Kona, et je ne vais pas le refuser. Mastercard, tout comme Ironman, s’en réjouissent déjà fortement. Plus de 1000 dollars de frais d’inscription, sans compter le voyage et une swimskin kiwami que je m’achète pour l’occasion, c’est sans aucun doute la compétition la plus chère à laquelle je me suis inscrit. L’expérience en vaut la peine me dit-on, bring it on KONA !

Bon s’inscrire c’est une chose, l’autre est de se préparer. Même si je n’ai pas un objectif chronométrique aussi précis que le sub-9 de Francfort, je ne suis pas là pour finir uniquement. 9h10 jouable dans des bonnes conditions ? 55’ (Francfort 48’30) en natation en perdant un peu de temps sans la néoprène, 5h (Francfort 4h42) de vélo à cause du vent et un 3h15 pour le marathon (comme à Francfort en gérant mieux). Ça c’est pour la version très optimale et en comptant que je supporte le chaud (pas ma tasse de thé) et le vent (pas non plus mon fort) et prenne le temps des deux transitions sur les 55’. Et c’est aussi en skippant allégrement le fait que Kona a plus de dénivelé que Francfort et ne manquera pas 4km à vélo. M’enfin, Jean-Claude me donne 9h20 si tout va bien. Je n’ai pas trop de repères et c’est aussi pour cela que je n’ai pas envie de me mettre la pression avec un temps. Seules intentions claires dans ma tête : forcer plus la préparation à vélo qu’en course pour arriver le jour J avec un tendon d’Achille en meilleur état qu’à Francfort, et manger plus sur le vélo pendant la compétition. J’ai aussi pris le choix (parfois difficile) de faire peu de courses entre deux pour bien me reposer et faire mes entraînements intensifs sans restrictions ou remords pendant les soirs de semaines.

Ca vit et respire le triathlon

Jean-Claude ne peut pas beaucoup courir avec sa blessure mais heureusement il m’accompagne souvent à vélo et en natation et j’ai le TVO pour faire des entraînements en groupe à pied. Autrement je suis un peu seul à préparer un longue distance si tard dans la saison et ça se ressent quand même. L’avantage est que ça ne fait pas trop monter le stress jusqu’à peu de temps avant de devoir prendre l’avion pour le voyage. Car s’il y a une chose que l’on remarque durant ces très longues heures de vol est que l’on se rapproche de la grande messe du triathlon. A chaque escale en direction de Big Island, les sacs ironman et chaussettes de compression fluos et au design excentrique se font de plus fréquents jusqu’à remplir plus de la moitié d’un avion (l’autre devant être des accompagnants). Cela joue d’ailleurs avec le nombre impressionnant de valises vélo qui sont débarquées sur le tarmac à ciel ouvert de Kona.

Kona 2017: vol
Long voyage jusqu'à Hawaii (presque 24h au total)

Il est 20h le soir, le temps est lourd et humide, la nuit noire. L’équipe d’Eitzinger nous accueille avec un Lei de bienvenue et l’idée de partir le lendemain à 7h pour Hawi en voiture et rentrer à vélo les 85km du parcours de la semaine suivante. A peine arrivés donc que ça devient sérieux. Trajet en voiture à observer ces champs de lave à perte de vue. Je crains un peu le vent et observe avec attention les moindres mouvements des buissons en bordure de route. Marco et Bernd, nos guides, ne cessent toutefois de répéter qu’aujourd’hui ce n’est rien. Une fois dehors, je pars avec Dominic pour une reconnaissance annoncée tranquille mais malgré tout faite à un bon rythme. Il faut avouer que le vent nous est plutôt favorable et aucunement dérangeant car très régulier et pas déstabilisant. S’il fait comme ça samedi, moi je prends. Sur les derniers kilomètres, je perce en passant les travaux de la Queen K’ Highway et finis à la mousse avant de changer mon boyau à la maison et racheter une bonbonne sur les stands de l’exposition.

Kona 2017: reconnaissance vélo
Beau paysage sur le parcours vélo (Queen K' Highway), chaud et désertique. (© Photo: Bernd/Eitzinger)
Kona 2017: reconnaissance càp
Reconnaissance de la portion course la plus éloignée à Energy Lab avec Dominic (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Au fur et à mesure que les jours avancent, Alii Drive (la route où la plupart logent en bord de mer) fourmille toujours de plus. S’il semble le dimanche que le nombre de coureurs est déjà important, ce n’est rien comparé aux jours suivants. A l’apogée du mercredi/jeudi, il faut alors bien regarder en traversant ou passant en voiture de ne pas provoquer un accident entre randonneurs, coureurs, cyclistes, taxis, et autres skateboarders. Tous ont l’air plus fit les uns que les autres, et certains donnent l’impression d’être encore en camp d’entraînement à la quantité qu’ils en font. Moi j’essaie de rester calme, sortir sur la terrasse de notre petit appartement pour m’habituer de la chaleur, mais sinon pas trop trop marcher et profiter de maman qui me choie comme un Kamehameha. Petite natation le matin deux fois dans la semaine pour voir un peu l’océan, goûter le café sur le bateau et observer les petits poissons. Une sortie le mercredi à vélo pour repérer le tour initial dans la ville de Kona et la course dans Energy Lab ainsi qu’une autre sortie vélo et une en course compléteront la semaine.

Kona 2017: parade des nations
Porte drapeau pour la Suisse à la parade des nations. (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Le mardi soir je porte le drapeau à la parade des nations d’une petite délégation suisse qui doublera le jour de la compétition pour compter une quarantaine d’athlètes au total. Observer tous ces événements (tout comme la underpants run, où je n’ai, avec grande peine et hésitation, été que spectateur en maillot de bain) fait aussi partie de cette expérience unique de l’île du triathlon. Il y aurait encore beaucoup de détails du genre à rajouter, que ce soit sur les bookmakers du check-in, les swags-givers de l’expo, ou tant d’autres.

Fort en natation ?

Mais le plus important au final reste quand même la journée du samedi. Debout à 3h45 après une nuit de sommeil relativement courte mais plutôt bien passée pour la dernière avant un grand événement. Déjeuner, crème solaire, enfilage des combinaisons, passage au toilette, voiture-navette jusqu’au départ, marquage des numéros sur les avant-bras, et enfin le check que le vélo tient la forme après l’orage de la nuit. Il me reste une bonne heure trente quand tout est terminé ; le temps de me poser dans l’herbe à observer le soleil se lever sur la zone de transition un peu à l’écart. La journée s’annonce belle. Certainement chaude du coup, mais belle. Pas de stress me dis-je et ça ira bien.

Une fois les pros partis, je me dépêche par contre de rentrer dans l’eau. Pas au point de taper pour prendre en premier les escaliers (hé calme, c’est encore long) mais quand même dans les trente premiers et suffisamment tôt pour rejoindre la ligne de départ sur la front-line. Il reste plus d’un quart d’heure à attendre mais l’eau est chaude et l’ambiance calme et sympathique. Ça discute pas mal et pas tout à fait comme sur les courses d’habitude. La question classique du « tu comptes nager en combien ? » à laquelle je réponds avec mon temps de qualification de 48’30 à Francfort et un « 52’ ici peut-être » ne reçoit pas l’étonnement usuel en retour mais un « cool, on peut nager ensemble » de 3 sur les 4 autour de moi. Hum, OK, tant mieux si je peux aussi drafter un peu pour une fois. Moins de cinq minutes avant le départ, je me décale finalement un peu à gauche pour ne pas rester à côté du nouveau qui nous a rejoint et m’a déjà tapé trois fois sur l’épaule et deux fois dans mon tendon d’Achille. J’ai envie de lui dire, écoute t’es gentil mais t’es probablement là pour plus de 9h, alors si tu veux me faire chier pour 30s sur la natation, garde-les.

Kona 2017: départ natation
Départ natation.

Sur le coup de pistolet, je suis donc à une trentaine de mètres du Pier. Ça part vite autour de moi et je cherche à rester dans des pieds autant que possible. Le groupe le plus rapide est plus à ma droite mais je dois laisser partir. Le niveau est si dense que chaque coup de bras pas donné comme il faut ou un peu gêné par un autre concurrent me semble faire perdre 5 places. Je fais mon aller légèrement sur la gauche mais avec du monde autour de moi en continu. Sur le demi-tour je me mets un peu plus dans le groupe. Il ne me semble pas nager extraordinairement bien niveau sensations mais on fera avec. Sur la fin du retour, je fais l’effort pour passer celui devant moi qui a laissé une coupure avec le reste. 53’ à la montre au sommet des escaliers, pas de quoi s’exciter. Douche tranquille pour enlever le sel tout en enlevant la swimsuit, lunettes de soleil embarquées depuis le sac et c’est parti pour le vélo.

Groupiert

Du vélo à Kona j’en entends toujours la même chose : ça souffle et ça drafte. Si le niveau est aussi serré qu’en natation ça ne m’étonne pas trop à vrai dire. Il ne faut juste pas que je me laisse embarquer trop vite. 180km c’est long et si le vent se lève sur la fin, je risque de payer les efforts initiaux. Moto : « stay calm and stay on Queen K’ » ; ça vaut aussi bien pour l’envie de suivre les fusées que pour le vent qui « shoote des pros dans le fossé ».

Kona 2017: départ vélo
Départ vélo.

Le parcours commence par un petit tour dans Kona où je croise maman et Nadine à plusieurs reprises et profite de manger mon premier gel d’une longue série. Ensuite, on s’attaque à la fameuse Queen K’ et ce long aller-retour fait de lignes droites monotones et mal-plates. Sur les barres je suis bien, comme souvent en début de course, et essaie de me fixer l’un ou  l’autre des concurrents qui a plus ou moins mon rythme. Je me fais un peu plus dépasser que je ne dépasse moi-même sans que cela en soit aussi terrible qu’imaginé. Ainsi, la première heure vingt de vélo passe ni vue ni connue (vent de dos ?). J’ai un œil sur les watts (sans m’y fixer strictement), un autre sur la vitesse (plus par intérêt) et les deux sur mon petit groupe qui m’emmène de bon chemin. Les ravitos s’enchainent régulièrement et font du bien pour se rafraichir. Seul des gourdes en pet sont fournies par contre et il m’arrive régulièrement de perdre celle sur le porte-gourde, je fais donc bien attention de toujours remplir la gourde à paille entre mes barres et bien me gicler le corps d’eau fraiche dès le poste de distribution. Quant à la nourriture, j’ai tout pris sur moi et, pour l’instant, j’enchaîne tout bien comme prévu.

Alles guet

Sur la fin de l’aller, les groupes se densifient me semble-t-il mais pour une fois je vois plus de motos arbitre que de motos média. J’ai pas vu beaucoup de cartons (un seul pour un dans ma roue) mais les penalty box sont bien pleines en passant. Le vent s’est quant à lui levé la moindre et les efforts se font ainsi plus conséquents. Parfois ça me fait de la peine à voir la vitesse sous les 30km/h pour du 300W à plat, mais les mêmes portions à plus de 55km/h sur le retour rassurent tout autant.

Vers les 120km ou deux-tiers du parcours, je commence à avoir un peu plus de peine à respecter mon plan nutrition. Il est plus conséquent qu’à Francfort (où je n’avais déjà pas tout mangé), et je n’arrive pas à me forcer à finir mes barres. J’espère ne pas trop le payer ensuite mais en vomir une sur le vélo n’est pas forcément une meilleure idée, et je bois beaucoup de gatorade aussi pour amener de l’énergie. Mon groupe a bien éclaté entre des fusées, des très lents, et des comme moi. Le vent fait sauter ceux qui ont trop puisé pour tenir les roues et amplifie les moindres différences. Les watts se font gentiment plus durs à maintenir mais le chronomètre donne toujours un temps légèrement sous les 5h, soit parfaitement dans le plan.

Le marathon sera long

Enfin, ça c’est jusqu’au kilomètre 150. Ensuite, c’est à mon tour aussi de souffrir du vent de face plus intense et des vagues du terrain. J’ai une douleur dans le genou droit qui me ressort également de nulle part. Le pire est que dans ces conditions on commence à se lever dans les montées et perdre par conséquent encore plus de temps. Quand ça ne va plus, c’est pourtant dur de faire autrement.

Kona 2017: supporter vélo
Banderole Rushteam sur le parcours.

Allez, bientôt fini. Un peu de roue libre encore en descente, puis cette petite montée, un plat, droite-gauche, et la ville est là. Ouf, dernier coup de pédale de la saison, plus qu’à descendre de ce vélo et le jeter à un bénévole pour qu’il me le range. Aie, aie, ouille, début de crampe à la cuisse droite en la passant par-dessus le porte-gourde derrière la selle. Hésitation du coup, et paf, grosse crampe à la cuisse gauche. On me prend mon vélo alors que je boite et pars en marchant vers mon sac de transition et un marathon que j’imagine interminable dans cet état (et je veux dire très long, pas abandonner évidemment).

Donner le tour

Je m’assois du coup dans la tente pour mettre mes chaussures, profite du bénévole pour quémander de l’eau et paqueter tous mes gels pour mon marathon. Sorti de la tente, je pars sur un petit rythme en mangeant une gauffre au miel et une pastille de sels minéraux ; galette de céréales et son coulis de gelée royale avec assaisonnement maritime, si ironman savait aussi faire dans le culinaire. Qu’importe, je ne crois pas que ce soit la nourriture qui me redonne le rythme mais plutôt les jambes qui sont contentes de tourner différemment et la tête qui essaie de s’accrocher aux autres concurrents autour de moi et de profiter de l’ambiance d’Alii Drive et ses nombreux spectateurs.

Je ne regarde pas trop la montre tout du long de peur de me décevoir. Les quelques fois où je ne peux pas me retenir, je suis plutôt déçu en bien avec à peine plus de 4’30/km de moyenne. Etant donné que je marche aux ravitaillements pour prendre un maximum d’eau, d’éponges, de glace et de boisson pour me rafraichir, ça veut dire que je cours encore un rythme potable.

Highway to hell

Ce premier aller-retour de 15km passe par conséquent assez vite mentalement. J’ai la tête au beau fixe, les jambes qui se plaignent mais tiennent la route.

Kona 2017: montée Palani
Très dure montée de Palani après plus de 16km.

Arrive ensuite la montée de Palani Road. Je sais que maman et Nadine m’attende, mais je sais aussi qu’elle est très raide et casse-pattes. J’avais dit deux jours avant vouloir la marcher et reprendre un rythme ensuite et c’est ce que je fais. J’ai essayé de courir un bout mais sans grand succès en ayant l’impression de dépenser beaucoup d’énergie pour rien. Le problème est pour moi que la deuxième moitié du marathon et ce long aller-retour pour chercher Energy Lab se montrera nettement plus difficile. Pas encore 20km au compteur quand on s’y attaque et une chaleur écrasante sur des lignes droites d’autoroute interminables, monotones, et jamais vraiment plates. Quant à mes cuisses, elles, sont gentiment plates. Bref, de longs kilomètres s’en suivent où le mental est la seule raison d’avancer encore. Courir est plus une solution pour en finir plus vite qu’autre chose avec pour seule consolation que je ne suis pas le pire même parmi ceux à ma hauteur (tandis que d’autres n’en ont pas encore fini avec le vélo).

You are an ironman

Après de longs moments ainsi je rejoins enfin Palani pour la descente cette fois-ci. Nadine me dit 5e de la catégorie et que j’ai bien tenu (mes splits semblaient apparemment constants même si mon effort ne l’était pas du tout). Je pense pour la première fois à une place depuis plus de 9h de temps. Coup d’œil à la montre inutile puisqu’elle s’est arrêtée par manque de batterie. Je m’efforce de garder ma place dans ce qui a dû être le sprint le plus lent de ma carrière de sportif (record après Francfort probablement, les juges débattent encore). Il se trouve être sur les photos que la personne juste derrière moi était une femme pro avec 25’ de retard déjà, mais qu’importe moi je lève les bras avant de m’effondrer dans ceux des deux chaperons qui me soutiendront jusqu’à ce que je reçoive un linge de glaçon et un ravitaillement d’arrivée.

Kona 2017: finish
Arrivée!

– What do you have boy? – I’m just tired, and my quads… my quads won’t hold me anymore. – Don’t bring him to medical, he’s fine.

Oui, 5e de la catégorie en 9h20’44 (bravo Jean-Claude pour l’estimation), je suis fine et même happy.

Kona 2017: finish line party
Finish line party; retour sur la ligne après la douche pour voir les derniers arriver et l'ambiance avec musique, speaker, et les meilleurs pro de retour également.

Encore plus le lendemain quand je peux monter sur scène pour recevoir les honneurs. Pour un deuxième ironman et un premier Kona, quelle réussite !

Kona 2017: podium 25-29
Podium 25-29.

Maintenant place à une pause de saison bien méritée. Encore une semaine ici avec Nadine et maman pour profiter de Big Island et ses beaux paysages. Et ensuite on reviendra sur l’analyse plus en chiffres de la course et sur les décisions des objectifs à venir et de l’organisation de la saison 2018.

Un grand merci à maman et Nadine pour le soutien sur place et à tous les autres pour celui à distances et les nombreux messages.

Kona 2017: boat
Visite de l'île et de ses plages...
Kona 2017: road
... routes et paysages.
2 commentaires
Bravo. Profite de ton repos bien mérité !
par David f le 17-10-2017 à 23:20
Un grand "BRAVO" Daniel !!
Première Ironman Francfort: Qualification pour Hawaii et à Hawaii directement Le Podium. Eh bien, il faut le faire. Félicitation!
Et n' oublions pas Jean-Claude, qui n'avait pas cette chance pour quelques minutes. Peut-être l'année prochaine!
Bonne récup et profite tes vacances.
Anton B.

par Anton B. le 18-10-2017 à 20:05


Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Swimrun 1000 lakes

Un swimrun, ça se court à deux, alors ça se raconte aussi à deux. Cendrine prend une fois de plus l’initiative, et moi je complète avec mon grain de sel.

Après le swimrun sprint en Engadine en 2016 (http://www.slowtwitch.com/News/The_Engadin_SwimRun_Sprint_5872.html), on remet ça mais pour une version longue, cette fois dans l’arrière-pays berlinois. On ne sait pas très bien à quelle sauce on sera mangé après une édition 2016 frisquette (10 degrés pour l'air et l’eau), mais les organisateurs  promettent une belle « balade » : "Get ready to embark on a new adventure, through mystical forests and in untouched lakes". Cette année, les semaines précédentes ont été rassurantes puisque la température annoncée est de 15-17° (après la course, certains diront 14°, mais qu'importe c'est trop tard) et surtout Jean-Claude se remet gentiment de sa blessure. C’est pas la température qui me préoccupe, mais plutôt la progression lente de ma blessure même en renonçant à tout autre triathlon après notre Ironman de cet été. Avant la course je suis un peu mieux qu’en juillet avant l’iron, mais pas à 100% non plus. Le genou droit fait souvent des siennes lorsque les entraînements traînent en longueur.

Notre week-end commence vendredi avec un départ aux aurores pour Berlin. Petit détour en ville, le temps de croiser la ligne idéale du marathon et on parvient ensuite à Rheinsberg, notre lieu de villégiature. J’ai pris Cendrine comme guide pour une visite rapide de Berlin. Que pourrait-on voir en passant ? La porte de Brandenburg et le Reichtag depuis la gare centrale, et comme la visite est courte on se dit qu’on pourrait y venir une fois suivre la ligne bleue sur tous les 42km195 ? Pendant les deux journées d’avant-course, on marche (un peu trop) pour découvrir les alentours (château, forêts multicolores, lacs et port), on reconnaît la fin du parcours, profite de regarder le sprint. Comprenez par-là que contrairement aux recommandations d’avant un effort d’endurance à pied où l’on conseille « Don’t stand if you can sit, don’t sit if you can lie down », nous on marche 15km à se perdre dans les forêts avoisinantes, et le long du lac qui semble pas si froid (à y tremper la main au bord).

Dimanche 1er octobre, on y est. Une forêt de bonnets rouge, vert, orange, aux couleurs de l’automne, égaie la grisaille et la fraîcheur matinales. Dans le car on est bien calme, et à côté ça discute de combien long est le trajet, et qu’il faudra courir tout le retour. On attend tous la même chose: courir nager courir nager courir... 11 sections de course, 10 de natation pour environ 34km de trail et 7,5km de natation. Heureusement d’ailleurs, qu’il y a ces coupures, courir tout le trajet serait, pour citer mon voisin enfilant sa combi : « unmenschlich ». Je me demande bien comment ça va se passer. Le coup de pistolet libère tout le monde.

1er constat: ça part vite! Les deux premières équipes devant doivent juste faire le sprint pour la caméra, ou alors il faut vraiment se placer si vite avant le sentier annoncé ? On a prévu de courir à 5’/km, aussi longtemps que je tiendrai… 1er km en moins de 4'30… « On va ramasser si toutes les équipes sont aussi fortes », c’est ce que je pense tout en me forçant à ralentir un peu. Pas facile, d'autant plus que Jean-Claude aimerait bien suivre… Comme l’élastique est interdit sur cette première partie, il finit par passer derrière pour éviter de me semer. Pas facile de se mettre dans le bon rythme. Déjà tout seul ça m’arrive d’être emporté, mais en plus il faut surveiller autour de pas perdre contact avec Cendrine, ni glisser sur les virages en pavés mouillés. Je préfère être dans ses pieds finalement. Pavés, sable, sentier, puis champs, on découvre le terrain de jeux. Après le premier kilomètre le sentier se resserre, les équipes s’étirent et deux trois petits trous entre groupe se forment devant nous. Moi qui pensait qu’on serait comme en Engadine forts à pieds et moins habitués en natation à deux.

La voilà, la 1ère natation: 1000m. Lunettes et pull buoy en place, élastique (orange évidemment !) accrochée: c’est parti. Elle a l’air facile je me dis, tout droit jusqu’à la bouée puis à gauche vers une sortie cachée. Mais l’avantage d’un départ plus conservateur c’est que la ligne idéale est tracée à côté des équipes déjà dans l’eau.

2e constat: nos transitions sont rapides et dans l'eau on file, on glisse! Un régal! On reprend équipe après équipe. Souvent on reprend du monde en rentrant dans l’eau. Lunettes quelques mètres avant, pull-boy au premier pas dans le lac, je me retourne et demande « C’est bon ? », et si Cendrine gueule pas je plonge et part avec l'objectif de reprendre le plus d'équipes possible. (Note: ça me vaudra une fois un beau plouf. Alors qu'une bénévole dit quelque chose sans que je n'écoute je fais machinalement le premier pas dans l'eau et hop enfoncé jusqu'à la taille avec un arbre bloqué devant moi. Zut pour une fois j'aurais dû prendre quelques secondes en entrant).

3e constat: en course à pied, les équipes sont soit plus fortes soit de niveau égal (au mien bien entendu parce que sinon Jean-Claude serait loin devant). On court, nage, re-court, re-nage... Et on profite de dépasser des duos moins rapides dans l'eau. Cendrine passe sous silence le départ de la deuxième section course où une flèche indique droit dans le pentu d’un champ de patates, je m’arrête presque étonné, et elle me lance un : « Bon tu cours ? ». Après une nouvelle forte remontée à la 2e natation, les positions changeront beaucoup moins.

ravito
Ravito.

En sortant de la plus longue section natation (1300m), on se ravitaille pour se préparer aux prochains 7km de course. J’ai fait l’effort sur la fin de la natation pour revenir sur deux équipes pas loin devant. J’essaie surtout de remettre mon pull buoy qui glisse depuis le départ et qui commence sérieusement à m’agacer en courant. Mais, avec les mains froides, j’ai de la peine à la raccrocher. Alors que la caméra se pointe sur nous en commentant : « Ensemble au ravito la tête de la course féminine avec des équipe mixtes ». J’essaie d’aider un peu mais trop tard elle s’en sortira toute seule. Jean-Claude m’attend pour repartir et je vois une équipe mixte qu’on vient de rattraper partir en boulet de canon. Pas besoin de mot, je le sais: on va aller les chercher. Et ça ne rate pas! Ben oui on est sortis avec de l’eau il faut maintenant reprendre le contact et les lâcher à la prochaine natation. Petit à petit, on revient. On a aussi en point de mire l’équipe féminine composée de Diane (triathlète de Pully, exilée à Stockholm) qui doit être en tête de la catégorie féminine (2e au final). Faciles à repérer avec le dos rose des leaders de la série. On court à trois équipes. Au rythme du souffle de Cendrine, qui a bien accéléré, je me dis qu’on pourrait ralentir un poil et rester avec au lieu de continuer notre train élevé. On a un peu accéléré pour revenir (et passer devant!) et on le paiera: Jean-Claude a le genou qui se réveille à la prochaine course et mes quadriceps deviennent douloureux. Et que 21 kms de fait... Mais on ne doit pas être les seuls à souffrir... Effectivement l’autre équipe mixte souffle fort et Diane me dit qu’elles sont dans le dur.

On lâche l’équipe mixte à la faveur d’une nouvelle natation et on court avec les filles. Malgré ma première foirée en natation. Perdu une plaquette en plongeant, puis parti vers la bouée de milieu de parcours qui n’était pas bien alignée avec la sortie, et non obligatoire à prendre. Elles finiront par nous lâcher, on ne les reverra plus. Comme on ne verra plus tous ceux qu’on a dépassés, même s’ils semblaient plus rapides à pied. Jusqu’à se retrouver seuls. C’est surprenant de voir les écarts qui se creusent petit à petit, certains devant payer les efforts du départ... Il semble qu’on se mette dans un rythme plus confortable, où je ne pousse plus trop à pied de peur de faire trop mal à mon genou.   Les sections s’enchaînent, plus courtes en natation, plus longues en course à pied. Et surtout me semble-t-il avec bien moins de rendement. Si les routes à jeep d’avant étaient passables en cherchant les endroits plus durs et tassés, désormais le sable et les racines semblent remplir les chemins. A un croisement le panneau indique carrément en sous-bois en dehors de tout chemin. Il faut suivre les petits rubans accrochés aux arbres, facilement repérable par les traces de pas des équipes précédantes dans la mousse et les fougères (Cendrine à l'arrivée semble avoir couru en mode automatique et râté ce passage...).

En sortant de l’eau, Jean-Claude me demande s’il nous en reste bien une. « Euh…plutôt quatre…». Oui mais moi j’avais 40km en tête et on est déjà à plus de 30 ?! Au fait c’était 41km officiels, presque 45km en vrai. Heureusement Cendrine a le plan sur ses plaquettes. Ça me donne quand même un coup au moral, d’autant qu’il n’y a absolument personne autour. Je me réjouis des natations qui arrivent.

race
Sortie de l'eau.

Après avoir repris notre chemin, on arrive à la dernière longue section de natation : 1100m. Tout se passe bien jusqu’aux 1000m, je sens alors l’eau se refroidir brusquement et un gros coup de froid… En sortant, mes jambes refusent d’avancer avant de se remettre progressivement en route, mais le rythme n'y est plus. 2km et encore 500m de natation jusqu’au prochain ravitaillement… 2km, c’est court, en sous-bois c'est agréable, j'apprécie ce genre de parcours, je m’amuse : ça, c'est en temps normal. Là, c’est long, j’arrive à peine à lever les pieds pour éviter les racines, c’est terrible... Jean-Claude s’adapte. Le froid ne me gêne pas, j’ai mangé mon propre gel et pas besoin de grand-chose. Juste les épaules qui fatiguent un peu, et le genou qui sans crier à la douleur me rappelle toutefois à chaque pas qu’il n’attend que l’arrivée. Au ravitaillement, on prend un peu plus de temps pour récupérer. Ce qui est pire pour les muscles je trouve, pour ma part la plus dure section de course à pied a été la remise en marche après une pause plus longue au ravito.

3100, 3400 ou 3800 : je n'arrive pas à déchiffrer la dernière distance à pied inscrite sur ma plaquette, tant pis on verra bien (la prochaine fois, j’écrirai plus gros !). En sortant de la forêt, après un virage, l'obélisque se dresse devant nous. On l’a vu hier, on sait qu’elle marque la fin, ne reste qu’une natation, enfin !

Dans l’eau, Jean-Claude s’oriente plus souvent que nécessaire, il zigue-zague et je me demande ce que fait ce bateau au milieu de notre chemin... Un photographe prenait des clichés : plus on s’écartait, plus il s’approchait et cachait le fanion indiquant la sortie… Damn ! Je voulais viser le bon endroit, le bateau s’approche, je crois qu’il m’indique de changer de direction, et plus je change plus il se rapproche. Jusqu’à ce qu’en respirant une fois je voie la caméra et décide de le frôler. Tant pis ça fera une banane pour une fois.

Encore 300m à pied pour rejoindre la ligne, je suis soulagée d’en finir, vidée, mais heureuse d’avoir pu partager cette aventure avec Jean-Claude. Moi aussi, merci Cendrine !   Saucisses, douche chaude et banquet nous attendent et permettent de commencer la récupération. Ainsi que deux allers-retours jusqu’à l’hôtel pour compléter à 60km le total de la journée. Faudra récupérer musculairement et aussi traiter l’inflammation de retour.

Finish
Ligne d'arrivée.

Le lendemain, c’est retour à la maison (après la fin de la visite de Berlin) la tête remplie de cette expérience et des découvertes du week-end avec l’envie de recommencer… un peu plus tard… 

Si le swimrun se court à deux, pour profiter d’une telle aventure, il y a aussi tous ces entraînements partagés avec vous, sous oublier vos précieux conseils et vos nombreux messages : merci !

Cendrine et Jean-Claude

finish2
Après l'arrivée.



Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Uster triathlon

Après les douleurs au tendon d'Achille qui m'avaient gêné au triathlon de Nyon, j'avais décidé de faire l'impasse sur le triathlon de Lausanne du week-end dernier pour lui préférer celui d'Uster ce dimanche. Une semaine de plus pour récupérer mais également un parcours plus adapté pour rouler sur les barres comme j'essaie de le faire souvent dans ma préparation ironman. Avec moins d'entraînements course à pied c'est un peu incertain sur la tenue de ce tendon que je me prépare à cette compétition, même si la forme est plutôt là sinon.

T'es là pour gagner ?

Comme d'habitude je croise beaucoup de tête connue avant le départ et on me pose, plus qu'à l'usuel il me semble, le fameux : « premier, cette fois ? ». Que répondre d'autre que, oui, je vais tout faire pour, mais une place ne dépend pas que de moi malheureusement. On me dit d'ailleurs que la concurrence sera rude avec Ronnie Schildknecht au départ ; effectivement ça risque de rouler vite… Mais il me faudra essayer de faire ma propre course et voir ce que ça donne au final.

Avec des torpilles…

Au départ par intervalle je me place sur la deuxième rangée. Schildknecht est avec Giacomo sur la première et j'aurais donc déjà 15 secondes de gagnées quand je les dépasserai en nageant. Avec moi j'ai un Français en tri-fonction bleu ciel qui a l'air bien rapide mais je ne fais pas trop attention à lui. Un beep, beep, beep, BEEP remplace le traditionnel coup de pistolet et, quelques marches d'escalier plus bas, nous voici dans l'eau. Mon impression se confirme tout de suite sur le Français qui me pousse en sur-régime dans ses pieds jusqu'à dépasser rapidement le groupe de devant. Il s'enfuit alors avec un junior de la première vague tandis que moi je me retrouve seul depuis là pour finir la natation. Je ne nage pas si mal mais les deux finissent quand même hors de vue lorsque je lève la tête. Au deuxième tour, les dépassements sont nombreux bien que souvent aisés et je sors ainsi troisième de l'eau.

Tri Uster 2017: T1
3e position en T1.

… des avions …

Sans néoprène, la transition est rapidement liquidée et me voilà sur deux boucles de 20km chacune autours du Greifensee. Au début, je me laisse emballer quelque peu, sachant qu'il y en a deux devant, probablement assez loin même, et pensant à repousser le retour de Ronnie le plus possible. Après 5  kilomètres, je trouve enfin un rythme qui est le mien, soit un peu plus convenable. La vitesse est bonne mais les sensations jamais excellentes ; dès que les watts augmentent, les cuisses tirent un peu. Ce n'est pas grave car j'ai malgré tout une bonne moyenne mais il faudra faire avec toute la course.

Après 10km, j'ai mon junior en vue et l'écart diminue ; très lentement mais il diminue. « Continue ainsi » me dis-je. « L'année passée tu te faisais reprendre à ¾ de tour sans pro, cette année tu tiendras probablement autant sur Ronnie, c'est pas si mal, non ? » Dans Fällanden, les réflexions sont oubliées pour se concentrer sur tous ces petits virages qu'ils nous font faire dans les champs et sur bien relancer derrière. Passé cette partie un peu plus technique que j'entends vrombir derrière moi. Vooom, voom, voom, on me dépasse. Ah, bonjour Ronnie, 14km sera la distance magique donc. Les deux devons sortir des barres à cause d'une voiture et je tiens encore la petite remontée au même rythme que lui en me remettant en position alors que lui la passe aux cocottes. Une fois revenu sur la partie plate, mes chances de suivre s'envoleront par contre bien vite. Au passage du premier tour, si je ne vois plus Ronnie, j'ai enfin rejoint mon junior. Commence alors le balai des dépassements, en continu sur la file de gauche à reprendre du monde. Petit passage difficile à un giratoire où un groupe de 6 que je venais de dépasser me double en passant par la piste cyclable tandis que moi j'avais pris à gauche. Je fais un kilomètre un peu plus tranquille derrière du coup avant de redépasser. Au même moment, c'est Giacomo qui double également. La différence de vitesse est moins importante mais je dois malgré tout me faire mal pour réussir à suivre. Je finirais d'ailleurs par laisser partir un peu plus loin et finir le tour à nouveau seul à donner mon rythme (mais combien dans ma roue ?, ça je ne sais pas).

Uster triathlon 2017: T2
Entrée en T2.

… et une gazelle

Uster triathlon 2017: run
Départ course à pied.

Enlever les chaussures, poser le vélo et prendre les autres chaussures et la visière, et c'est maintenant que viens le moment fatidique de savoir si le tendon tient ou pas. Sur les premiers pas, ça a l'air de bien aller et Jean-Claude me donne un écart de 45" sur Giacommo. Je pars donc sur un bon rythme et me convaincs intérieurement en quelques hectomètres qu'il passera nettement mieux qu'à Nyon. L'écart fond et je continue à fixer loin devant toujours dans mon tempo, content que ça aille si bien. Peu avant de rejoindre Giacommo, j'entends des pas qui se rapprochent, puis un « Allez David ! », suivi par la même trifonction bleue qui court d'une facilité déconcertante. J'essaie tant bien que mal de m'accrocher mais le Hauss marqué sur les fesses se fait de plus en plus petit. Je comprends qu'il allait vite, ne sais pas trop pourquoi il est derrière moi, mais me dit que si l'écart n'augmente pas trop vite, c'est que les sensations ne trompent pas : je cours toujours bien.

Uster triathlon 2017: run
Fin de la course à pied.

La deuxième moitié de ce tour, ainsi que le deuxième tour s'enchaineront ainsi sans trop de soucis. Pas de possibilité d'accélérer, mais pas de coup de moins bien et un rythme qui reste bien constant aux sensations. Et si le tendon se réveille gentiment sur la toute fin, cela n'a rien à voir avec deux semaines auparavant.

Uster triathlon 2017: podium
Podium: 2e de la catégorie et 3e overall.

J'ai passé donc toute la course à tirer derrière des bêtes d'un autre monde. J'ai donné le meilleur de moi-même et aujourd'hui, malgré ce que l'on me prédisait au départ, la troisième place n'est pas décevante, loin de là. Il reste un nombre certains de points à améliorer mais contre Ronnie Schildknecht (9x vainqueur IM Zürich) et David Hauss (4e au JO de Londres, en échauffement pour la course pro) je ne pouvais pas concurrencer et j'ai fait une très bonne course à mon goût. La prochaine course à réussir est Hawaii, dont le compte à rebours approche gentiment. D'ici là, il me faudra encore décider si je veux faire Morat en semi ou non, car mon plus grand adversaire risque d'être moi-même si j'ai des douleurs comme celles récentes au tendon. 



Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Champion Suisse à Nyon, comme en 2016

Récupérer de l'ironman

La grande question qui revient toujours après un effort comme l'ironman est combien de temps il faut pour récupérer et pouvoir s'entraîner à nouveau pleinement. On entend un peu de tout (et parfois du n'importe quoi). Pour moi, ça s'est passé en étapes comme suivant:

1) Le soir même, pas envie d'aller dormir quand bien même ça fait plus de 20h de temps qu'on est réveillés. Une petite nuit plus tard de 6h30 maximum et nous sommes, avec Jean-Claude, les deux à l'envers dans le lit, les jambes en l'air contre le mur à repasser la veille en boucle dans la tête et sur les nombreux messages encore sur le natel.

2) Les 4-5 jours qui suivent sont peinibles pour les jambes. Le moindre escalier se sent, le tendon d'Achille gauche fait ses misères et, quand j'arrive à le maintenir, ce sont les cloques qui me font marcher en posant les pieds un peu maladroitement. La semaine de vacance en Belgique fait du bien.

3) Entre une semaine et 10 jours après, les douleurs sont passées mais l'envie de faire des entraînements n'y est pas. Rien que d'aller au travail à vélo, les mains dans les poches plutôt que penché en avant sur mon guidon, me paraît plus que suffisant.

4) Les 10 jours qui suivent, je recommence à aller à quelques entraînements. La tête ne veut toujours pas faire de séries et je ne me force pas. C'est plus pour voir du monde et discuter de toutes nos aventures.

5) 2-3 semaines après arrive nos premières échéances avec plusieurs fois l'occasion de se donner la moindre. Tout commence par un test d'effort à vélo le samedi organisé par David et Jérémy du team Tzamo. Si les jambes ne vont pas trop mal, il me semble craquer mentalement assez vite lorsque les douleurs se font ressentir. Espérons que l'on pourra malgré tout en tirer quelque chose. S'en suit un retour sur le contre-la-montre; contre-la-montre qui a du passé deux horribles semaines encore pas nettoyé depuis l'ironman et loin de moi, mais qu'on a profité d'ajuster la position pour être encore plus aérodynamique. Une "petite" sortie avec le Rushteam pour aller faire la Corniche mais où Jean-Claude et moi nous faisons plaisir à mettre du rythme. Rebelotte le week-end suivant à l'ironman de Zürich où nous faison deux jours de spectateurs ainsi qu'un peu de vélo bien appuyé. Me viens alors une idée un peu folle mais qui passe bien dans l'esprit du moment: Hé Jean-Claude, mardi c'est congé pour le 1er août! Et si on remettais une grosse sortie comme l'année passée? Loin du lac de Neuchâtel, nous finirons le long de ceux de Zürich, Ägeri, Zug, Quatre Cantons avant de faire une belle bosse pour rejoindre celui d'Einsiedeln et de rentrer. Plus de 180km, à un rythme élevé pour la dénivellation. L'envie est de retour et je sais alors une chose: je suis prêt mentalement à défendre mon titre aux championnats suisses à Nyon. Reste à voir si les jambes veulent bien suivre.

Test d'effort avec le Team Tzamo
Test d'effort sur le vélo avec le Team Tzamo.

Natation: avec ou sans?

De retour sur Ecublens, nous passons le samedi après-midi au bord du lac à discuter entre amis. Il fait beau, l'eau est chaude, demain sera probablement sans combinaison. Ce sera le cas effectivement pour le sprint du matin, me poussant à changer ma tri-fonction avec manches contre celle sans. Mais c'était sans compter un changement d'avis de dernières minutes des organisateurs à cause d'un lac mouvementé. J'enfile donc rapidement la néoprène et m'échauffe la moindre. Il n'y aura aujourd'hui pas le temps de barboter une heure pour se mettre dans le bain. Pan départ, je me lance à fond dans les vagues. Seul dès les premiers mètres et sans canoë guideur, j'essaie de m'orienter tant bien que mal et, malgré le courant direction Genève, il me semble faire un premier tour plus que potable. Juste avant la sortie à l'Australienne, je perds malheureusement mes lunettes qui se sont cassées sur le bout du nez. Il me faut donc faire le deuxième tour entre une vision plus que moyenne et des yeux souvent fermés pour ne pas perdre les lentilles. Les détours se font du coup conséquents et le deuxième tour est considérablement plus lent (et long) que le premier. Rien de bien grave puisque je conserve ma première place pour l'instant.

Tri Nyon 2017, sortie natation
Sortie natation, sans lunettes. © Photo: Céline Reuille, Quotidien de la Côte

Vélo agressif

La petite montée pour la transition me rappelle pourtant à l'ordre avec déjà un tendon d'Achille qui tire un peu et annonce rien de très bien pour la course à pied. Mais ça c'est pour plus tard, maintenant il me faut me concentrer sur le vélo pour ne pas me faire rattraper par les brutes du circuit (Fabian Dütli par exemple, annoncé par le Vorschau comme mon principal concurrent). Ainsi, après un départ tranquille sur la première montée du pont CFF pour redescendre les pulses qui me semblent bien hautes, un seul mot d'ordre: agressif! Premièrement niveau position, le guidon rabaissé depuis une semaine et la tête que je m'efforce à appuyer aussi souvent que possible sur la paille de la gourde entre les bras. Mais aussi au niveau effort je regarde le compteur des watts pour être sûr que je ne ralentis pas sur les tours suivants, mais pas pour me contenir au début. Si les tours se font de plus en plus difficiles sur la partie vent de face, la stratégie sera toujours la même. En position joli sans trop forcer vent de dos le long de Colovray, puis la montée raide facile, même passé le photographe où la pente devient plus faible. Dès passé le virage à droite du sommet, grosse plaque de nouveau et, à partir du deuxième virage, écraser ces pédales en restant sur les barres jusqu'à ce que la partie vent de face soit passée. Pas rare de voir 350W au compteur sur ce segment. Le droit de se relever la moindre pour les virages et le deuxième pont ensuite puis rebelotte tout sur les barres jusque peu avant le virage du fond de la descente pour reprendre la route du lac.

Tri Nyon 2017, vélo
Passage à vélo, concentré et en position. © Photo: Céline Reuille, Quotidien de la Côte

Ainsi, les tours passent bien. Pas forcément aussi vite que je pensais mais les sensations sont bonnes et les cris des nombreux Rushtistes qui me supportent me poussent à continuer ainsi. A un tour de la fin, un avion de chasse me dépasse. J'essaie brièvement de m'accrocher mais dois me résoudre bien vite à continuer à mon rythme à la place et faire le quatrième et dernier tour certain d'être deuxième et avoir à me donner à pied pour reprendre une différence qui semble être devenue énorme. La moto de tête me suit pourtant toujours comme pour m'ouvrir la route.

Gérer l'avance et le tendon

Je comprends en entrant dans le stade qu'il s'agit en fait de quelqu'un qui avait un ou plusieurs tours de retard (probablement parti plus tard également). Je suis donc toujours en tête et peux m'élancer sur le parcours course à pied en n'ayant "qu'à" gérer mon avance de 3 minutes. Heureusement d'ailleurs car mon tendon d'Achille fait toujours son délicat et ça a le don de me crisper. Je prends chaque petit bout l'un après l'autre et tâche de bien dérouler les jambes en gardant le sourire et l'attitude positive dans la tête (oui, le sourire aussi uniquement dans la tête d'après les photos). Bref, pas une grande course à pied, et un temps de plus de 37' à l'arrivée soit plus de 2 minutes de perdues sur l'année dernière. Mon but alors était de gagner sans que mon tendon ne me lâche et pour cela je suis très content d'avoir défendu mon titre de Champion Suisse avec succès! Le fait que Andreas Grüter, de la catégorie supérieure et parti 45' plus tard, m'ait battu pour 10 secondes au général ne reste qu'une anecdote qui ne m'impacte pas vraiment.

Tri Nyon 2017, finish
Très content de conserver mon titre à l'arrivée!© Photo: TRI Circuit

La journée n'est pas finie

Petite photo à l'arrivée, interview avec Christian Perler au micro (où d'après Jean-Claude je me suis mélangé les pinceaux dans la date de Francfort, mais où je peux confirmer avoir trouvé Nyon super comme d'habitude) et ensuite une petite tape sur l'épaule avec une carte antidoping suisse. Tiens, bonjour, enchanté. Faut faire vite apparemment pour rejoindre la salle de contrôle, est-ce que je suis prêt me demande-t-on. Heu, oui, je sais pas, en ai-je le choix? Voilà donc ce qui va occuper l'attente pour les podiums.

Petit interview pour les quotidiens du 24heures et de la Côte, puis passage rapide au vélo pour prendre une carte d'identité, le tout accompagné par mon chaperon bien évidemment. Un peu stressé par son chef qui l'audite aujourd'hui ou je ne sais pour quelle raison, il me montre tous les documents et comme quoi il a indiqué "interview" sous la raison pour laquelle on a eu un délai avant de rejoindre la salle. Je croyais qu'on pouvait faire un peu ce que l'on voulait tant qu'on était sous surveillance, non? Enfin, on a le temps de discuter un peu de tout et n'importe quoi pendant qu'il me fournit bouteille d'eau sur bouteille d'eau. J'ai pas envie de pisser maintenant, alors autant boire. Les discussions continuent ensuite avec Fabian qui nous rejoint dans la salle d'attente. À se plaindre du chaud et de la tièdeure de la pièce, on nous propose finalement de sortir se détendre un peu et marcher, pour autant qu'on reste les deux ensemble. On fera donc le tour de mes supporters et des siens, avec un contrôleur pour nous deux. Presque une heure et demie et 2.5L plus tard, il nous pousse en direction des podiums que l'on ne doit pas rater même avec un contrôle. Pas d'inquiétude, je ne comptais pas les manquer. Durant l'attente pour ceux-ci et grâce à quelques décilitres supplémentaires d'eau, je sens que le besoin me vient gentiment. Ainsi, direct après, on peut retourner dans la petite salle et finir ces formalités. Choisir un bécher, pisser au-dessus de la ligne, choisir un échantillon de contrôle, reporter des numéros, remplir des documents et signer des formulaires sur tablette. Tout est guidé comme un chef par le contrôleur mais c'est tout à moi de faire, c'est la procédure. Comme par exemple la vérification de la densité de l'urine: il prend un papier marqueur, le trempe dans une goutte sur le bord du bécher et le met à côté d'une palette de couleurs de référence. Il l'a déjà placée entre deux couleurs très similaires de la moitié de la première ligne d'une quinzaine à choix, mais se retourne ensuite vers moi. Un petit silence et il demande laquelle correspond le mieux, celle de droite reponds-je sans trop savoir vraiment. Il se trouve que les deux sont OK mais c'est à moi de dire le résultat obtenu. C'est pas lui qui me contrôle, c'est moi qui me contrôle avec lui qui surveille simplement que je suive la procédure scientifique sans tricher.

Médaille champion suisse 2017
Médaille de Champion Suisse, avec le linge du premier contrôle anti-dopage.
1 commentaire
BRAVO, BRAVO, BRAVO CHAMPION !!!!
par nibel64 le 25-08-2017 à 09:16


Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée

Ironman Frankfurt

Jean-Claude a déjà presque tout dit sur notre premier ironman le jour de nos 25 ans, mais avec tout le temps passé dans la préparation et la longueur de la journée, je peux bien écrire quelques lignes également pour partager mes anecdotes et sentiments.

Objectif sub-9

Voici une bonne année que je martèle Jean-Claude avec l’idée de faire sous les 9 heures pour notre premier ironman. Pas besoin de se stresser en natation lui dis-je, il suffit de bien passer le vélo sans gros coup de mou et de faire la course qu’on sait faire comme on l’a montré à Lucerne sur marathon et ça devrait passer. Beau discours et belles paroles qui ne sauraient cacher qu’aux non-initiés les doutes sur le déroulement de la journée et des efforts. La longueur du vélo et la nutrition sont les points qui me font quelque peu peur intérieurement. Il n’en reste que la semaine menant à Francfort je me sens prêt et ai hâte d’en découdre.

Je vous passe le stress qui monte gentiment, la journée de la veille à mon avis trop longue et remplie de marche, ainsi que les préparatifs multiples de matériel pour en venir directement à la course.

Plaisir en natation pour l’échauffement

Frankfurt Swim Start
Concentrés avant le départ.

La natation, sujet de stress pour certains, n’est pour moi qu’une partie de plaisir à prendre en échauffement. Une cinquantaine de minute où les bras seront à contribution mais les jambes pourront prendre le temps de doucement se mettre dans le bain. Sur la ligne, la concentration est grande et le regard porté vers ce long parcours qui nous attend. Tous ces bonnets sur une plage qui n’attendent que de pouvoir se défouler une journée entière, c’est impressionnant. Et dire que je me presse aux portillons de départ pour pouvoir en laisser la très grande majorité derrière dès la sortie de l’eau.

En cinquième ou sixième ligne avec Jean-Claude à ma gauche, le départ se fait aisément. Quelques petits zigzags pour dépasser ceux partis devant nous et quand je relève la tête il n’y a qu’une combinaison et un kayak devant. Allez, un petit effort et je suis dans les pieds ! Plusieurs fois, j’hésite à prendre la tête, euphorie du moment que je réfrène jusqu’à la sortie à l’australienne pour m’épargner un peu dans les bulles de mon meneur d’allure. Dehors de l’eau, je ne peux m’empêcher de passer devant et jeter un coup d’œil dans le public à la fois pour profiter du moment et chercher des têtes que je connaitrais afin de dire « coucou, c’est moi, je suis premier ! ».

Me voilà donc seul pour la deuxième boucle et j’accélère probablement légèrement le rythme. Mon acolyte ne m’a pas suivi en tout cas et je n’ai que les groupes de pro femmes et hommes à dépasser pour me distraire la moindre (partis respectivement 8 et 10 minutes avant nous, mais sans combinaison). Même état d’esprit à la sortie de l’eau, « Youhou ! First out of the water, c’est bibi ! » avec un sourire de plus quand j’entends que le speaker m’a raté et annonce le groupe à Jean-Claude comme leaders age-group.

Frankfurt Swim Exit
Premier hors de l'eau, et avec le sourire!

Faux rythmes à vélo

Maintenant, fin de la matinée à la plage, la journée de sport commence avec son plus grand défi : se mettre dans le bon rythme à vélo. Ni trop vite pour ne pas se griller, ni trop lentement pour ne pas laisser filer l’objectif. Gérer ça se révélera certainement être un art à part entière. Pour le moment, pas d’excitations, avec 48’20 en natation je suis même plus rapide qu’escompté et peux partir serein sur le vélo. Deux femmes pros semblent partir ensemble juste devant moi de la zone de change et je me cale donc dans leur rythme jusque dans Francfort. Les watts sont bas à mon goût et l’effort me paraît presque trop facile, mais j’en profite pour bien boire et manger. Un choc en passant les rails à traverser en arrivant en ville me fera perdre deux gels (oups) mais sinon tout va bien. A la montée, je décide de passer devant enfin et me mettre dans mon rythme. Déjà 20km de fait, le tempo a été un peu lent mais c’est déjà ça de gagner sans même l’avoir vu passer.

Frankfurt Bike
Check rapide des gels perdus.

Passage des pavés avec un diablotin style tour de France qui me suit sur la petite montée. Sympa l’ambiance, mais purée qu’est-ce que ça tape. Je m’en serai bien passé à vrai dire. Et encore plus 10km plus loin en remarquant dans mon ombre que mon porte-gourde arrière (derrière la selle) à bien souffert : le boyau de rechange est loin et la gourde d’isostar ne tient plus que par une visse. Je l’enlève donc pour la mettre dans la poche dorsale de la trifonction et ferai une bonne série de kilomètre avec une gourde dans le dos.

Rien de bien spécial sinon à signaler sur ce premier tour. Je garde un rythme constant, toujours sur les barres, sans forcer les descentes. Tous les carrefours sont bien sécurisés et indiqués par des bénévoles avec la présence fréquente de la police. Par contre, il y a moins de spectateurs que je ne m'étais imaginé et  très peu de « trafic » d’autres concurrents comme on le voit souvent sur les photos ironman. Peut-être suis-je trop à l'avant? A la fin du tour, je revois plusieurs supporters du Rushteam auxquels je peux faire un pouce en l’air ; tout va pour le mieux et si mes calculs sont bons, je suis plus que dans les temps.

Frankfurt Bike
La moitié de fait, tout va bien.

A la descente sur Francfort, Mike Schifferle me dépasse alors que je suis en position aéro sans pédaler. Je suis à distance avant de comprendre sur le plat que c’est tout un groupe avec quelques pro (dont lui) et plusieurs des premiers age-groupers qui roulent ensemble. Je me mets dans le pack également, ça roule plus vite que moi seul avant mais ce n’est pas extrême. Si moi et d’autres essaient de laisser les 12 mètres réglementaires, il faut bien avouer que ce n’est pas le cas de tous. Dès que la distance avec celui devant dépasse 7-8m, le suivant de derrière dépasse à son tour de peur que je ne laisse partir le groupe. Dans les faux-plats il me faut parfois faire des efforts pour suivre, tandis que dans les montées je prends facilement la tête avec parfois même un peu de marge. Éventuellement, avec plus d’expérience, je m’habituerai à rester plus constant sur l’effort peu importe le terrain, mais là je suis content de changer un peu et les montées ne me semblent pas difficiles du tout.

Les kilomètres défilent ainsi et mon redouté coup de mou à vélo vers 120-130km ne vient pas. À 150km je finis par laisser partir le groupe dans une des attaques du premier devant qui n’aime pas trop avoir sa cohorte de bébés canards dans la roue. Moins de trente kilomètres à tenir avant le marathon. Je ralentis presque malgré moi le tempo et me fais alors passer par une des premières femmes. S’il me semble me relever de mes barres un poil plus souvent maintenant, j’ai malgré tout bien passé ces 180km. Arrivé à heartbreak hill, je pense encore à prendre un gel au ravitaillement pour remplacer ceux perdus du début et m’élancer en forme sur le parcours pédestre.

Un marathon, ça ne peut pas être si dur ?

Frankfurt Run Start
Paqueter les gels pour la course.

Plus qu’un marathon ! Si ça continue comme ça, l’ironman c’est du gâteau. Mais je sais que ça ne va pas continuer comme ça tout du long. Les cuisses sont déjà bien entamées (me décidant même à la dernière minute de passer la jambe par devant pour descendre du vélo afin de ne pas avoir à la lever par-dessus la selle) et les réserves énergétiques aussi. Bien que les jambes sont lourdes, le moral est là et le chronomètre aussi. 25’ d’avance sur le plan sub-9, et un « c’est dur mais ça va » lancés aux accompagnants comme réponse vite faite. Mon idée, peut-être folle, est alors simple : ne jamais s’arrêter marcher et ainsi le marathon passera plus vite.

Un kilomètre, deux kilomètres, trois kilomètres, … il fait déjà chaud et la glace des ravitaillements suffit à peine à combler mes dépenses en chaleur. Un regard à la montre me dit que je suis trop lent, quoi ? 4'40/km pas possible. Bon je continue sur ce rythme, de toute façon je serre déjà les dents, plus vite ce serait impossible. Je ne m’en rendais pas forcément compte à ce moment-là mais il me faut profiter du parcours vide, des spectateurs entièrement à notre cause et des ravitaillements faciles à prendre. La foule des tours suivants les rendra nettement plus compliqués.

Frankfurt Run
Course à pied, "c'est dur mais ça va".

Passage sur les pavés de la sortie de la T2, nouveau regard à la montre, 42’ quelque chose. Oupsla, un peu emballé sur ce départ. Même si la vitesse instantanée est toujours fausse (la montre n’a en fait pas bien pris les GPS), je dois être dans les 4’00/km ou à peine plus, soit un marathon en 2h50. Sauf que je crains fort que ça ne va pas tenir. Heureusement, je vois beaucoup de monde du Rushteam et ça fait un bien fou. Vers 15km les difficultés apparaissent et il me faut alors parler à quelqu’un. Maman et Nadine m’encouragent si fort que je ne peux rien dire de plus qu'une grimace, ce sera donc David qui se prendra mes complaintes un peu plus tard sans pouvoir trop broncher. J’ai mal aux cuisses, fait trop chaud, j’ai envie de vomir, c’est dur, … Désolé David, je ne sais pas si ça t’a fait du bien mais il me fallait vider mon cœur et comme je ne courrais pas beaucoup plus vite, j’ai bien eu le temps de le faire.

Frankfurt Run
Dans le dur, voire très dur.

Deuxième tour, 1h31, soit 49’ pour ce tour et 7’ de perdues sur le premier. A ce rythme-là je perds encore un quart d’heure. Non plus même, parce que je ralentis. Quoique 1h31 fois 2, ça fait mes 3h. Mais avec mon style actuel, ça ne va pas jouer. Les calculs mentaux ne sont plus très aisés et y réfléchir me fera passer un ou deux kilomètres supplémentaires. Plus de regard à la montre depuis ce moment-là, je suis de toute façon plus lent que mon planning et plutôt en mode survie qu’en mode course. Dans le tour et demi suivant, tout passera : tuc, pomme, eau salée dans les yeux qui pique les lentilles, citron au sel, coca, iso, ainsi qu’un gel et une pâte de fruits que je transportais. J’ai dû laisser tomber également l’idée de ne pas marcher aux ravitaillements, mais au moins je cours entre chacun. Mine de rien, ça fait sa différence et petit à petit les kilomètres avance. Sur le dernier demi-tour j’aperçois avec plaisir Jean-Claude qui suit pas loin derrière (tandis que papa a dû lui déjà quitter la course). Il peut courir donc malgré son pied ! Allez, quelques grimaces de plus et la fin approche. Après avoir revu et dépasser la casquette en arrière d’un autre concurrent de ma catégorie, le dernier kilomètre me semble un sprint interminable avec un style plus que questionnable. Aucune idée si cela vaut la peine avec ce rolling start où je suis parti plutôt devant. Je n’aurais pas profité de la ligne autant que d’autres mais j’aurais donné ce que j’avais, pensais-je en regardant l’affichage qui passe les 9h00’40 avec une certaine déception.

Agitation post-course

Frankfurt Finish
Sprint de la ligne d'arrivée.

Arrêt de la montre personnelle, 8h51’ ; il ne me faut pas long pour comprendre alors que le temps était encore celui des pros. 8h50’42, temps officiel. Sub-9 largement atteint malgré un marathon en souffrance en 3h15. Youpie !

Des souvenirs bien mélangés et surtout des envies très contrastées après la course. D’abord, la charmante demoiselle au T-shirt vert pale qui me propose un tour chez les samaritains pour mes cloques lorsque j’enlève les chaussures avant de se raviser et m’amener plutôt manger et boire. Red-bull cola que je déguste assis dans une piscine d’eau froide. Enfin, déguste, plutôt me force à avaler une partie de cette pisse brunâtre ragoutante tout en toussant. On n’est pas bien là, je ressors voir papa, Jean-Claude, puis maman et Nadine. Pareil à la douche, où le regard désespéré échangé avec un autre concurrent, les deux à poil au milieu des escaliers, disait plus que tous les mots; et dire que j’apprécie l’eau chaude après avoir souffert des 32°C sur le marathon. Pareil au massage, où j’ai mal aux cuisses, mais demande de masser mon tendon d’Achille gauche. Pareil à la bouffe, où les wienerli du buffet semblent avoir du succès, mais moi je sors m’acheter un bretzel à une boulangerie de quartier. Dès que je m’arrête, je m’assieds ou me couche pour reposer les jambes. Malgré tout, je ne tiens pas en place ; aller chercher à manger ou boire, aller voir l’arrivée des autres, retrouver des supporters, chercher mon natel et répondre aux quantités de messages reçus, parfois il me faut une excuse pour bouger comme si cela ferait oublier les douleurs.

Leçons pour un ironman

Objectif sub-9 réussi pour Jean-Claude et moi, génial !

Frankfurt Podium Swim
Podium, en tant que meilleur nageur AG.

Pour moi en plus, la qualification pour Hawaii et les championnats du monde. Pour un premier ironman, quelle réussite ! Ironman sous les 9 heures, check. Premier sorti de l’eau, check. Deux fois appelés sur le podium le lendemain midi, check. Qualification pour Hawaii, check. Qu’est-ce qu’il reste à améliorer? Beaucoup, mais principalement gérer les envies d’aller toujours plus vite pour ne pas craquer sur la fin et courir un marathon avec une technique potable (j’ai vraiment l’impression d’avoir vécu un combat, pas une course à pied). Plein d’autres détails également, évitables avec un peu d'expérience, mais il faudra un peu de temps pour digérer tout ça. Tout comme pour faire un plan pour être en forme et remettre ça d’ici 3 mois.

Merci à tous ceux qui ont partagé cette formidable aventure, tous les copains d'entraînement, autres concurrents qui ont souffert avec nous, supporters, ou amis qui ont pensé à nous.

1 commentaire
Que dire sinon que je reste bouche bée devant vos exploits les gars !!! Un grand BRAVO pour la qualif pour Hawaï et les championnats du monde ! Gardez le sourire et votre joie de courir, vous êtes au TOP !
par nibel64 le 25-08-2017 à 09:21


Recopiez le texte de cette image

Edition basique | avancée