Daniel & Jean-Claude Besse

Natation Vélo Course

Les News: Compétitions

Corrida d'Octodure

L’année passée le marathon m’avait empêché de participer aux traditionnelles corridas de fin de saison, et cette année si l’envie est de mise la forme n’y est pas forcément suite à ma blessure et ma peine à reprendre la course à pied. Reste qu’on a été invités une fois de plus à participer à la corrida de Martigny, et qu’il est dur de dire non lorsqu’il n’y a même pas à s’inscrire soi-même. Entre Daniel en récup de fin de saison après Hawaii et moi en charge réduite pour la reprise, il faut dire que les derniers entraînements ont plutôt été de l’ordre d’un footing par semaine, et non pas des séries qui seraient appropriées pour montrer le meilleur de soi sur une distance assez courte (7.8km) et surtout très nerveuse avec beaucoup de virages et relances en ville.
Le jour J la pluie s’en mêle, mais comme dirait le speaker il ne fait du coup pas froid et c’est des conditions idéales qui attendent les coureurs. Je me dis toutefois que quelques spectateurs de plus par une belle journée d’automne n’auraient pas été de refus. Je m’échauffe de manière restreinte, de peur un peu de réveiller les douleurs au genou droit qui venaient souvent après quelques kilomètres lors des derniers entraînements. Les jambes semblent répondre présentes lors des petites accélérations avant le départ, je me réjouis d’en découdre.

 

Top départ, un petit peloton d’une quarantaine de coureurs, mais tous des cracks. Ça se pousse un poil pour les places, mais très vite le peloton s’étire. Pas de tour d’attente donc comme la dernière fois, ici c’est d’entrée un train d’enfer. Quoique j’ai un doute, et si je suis juste trop lent pour le groupe devant ? Mais ça n’en a pas l’air. En tout cas je suis à bout de souffle très vite, et laisse partir. Il y a du coup plus de place et moins de bousculades dans les virages, je prends un rythme plus raisonnable.
Deux kilomètres à peine et je suis en train de me faire remonter par l’arrière. Dieu sait si les séries à ce rythme me manquent ! Je semble reprendre un tantinet de poil de la bête vers les deux-tiers de la course, mais rien d’impressionnant, d’autant qu’à ce moment le genou se rappelle à moi également. Sans devenir insupportable, mais un peu gênant quand même.
Au sprint final c’est deux places que je perds à n’avoir aucune vitesse. Plus ou moins le même temps qu’il y a deux ans (où mes sensations n’étaient pas géniales non plus), et un sentiment très mitigé à l’arrivée. Moi plutôt déçu de ma course, mais Daniel, Valentin et nos supporters familiaux contents de me voir courir à nouveau sans être bloqués par des douleurs liées à la blessure. Reste à retrouver la vitesse désormais.
 



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Hommages d’un moustique à son long périple

Texte écrit et paru originalement pour le Tricycle n°29 du Rushteam Ecublens.

Bzzzz, Bzzzz… Salut toi, camarade moustique ! Viens, posons-nous sur cet oranger pour discuter un peu d’un pèlerinage pour nous autres diptères. S’il est des insectes qui chantent tout l’été dans notre belle région, parfois certains d’entre nous se concentrent une saison entière sur de longues mélodies tout de calme et de continuité qui, quand elles ne convainquent pas leur public dès les premiers accords, le feront certainement sur la longueur. Je m’égare toutefois ; revenons à nos plantes et leur suc si délicieux. Les oranges présentes en nombre à Francfort à l’apogée de la saison ont dû faire place à bien moins d’ibiscus en octobre. Pourtant, l’essaim de moustiques assoiffés et prêts à voler un demi-Pacifique pour butiner n’y est que plus dense. Les ailes affutées, la trompe prête à se déplier ; l’agitation de la semaine précédente se ressent sans tension, quand bien même tout le village bourdonne comme des orpailleurs se ruant autour d’un potentiel filon. Un vrai business spécialisé en petites bêtes volantes comme toi.

Kona AlohaMan
Aloha! Spirit of Hawaii. © Photo: Bernd/Eitzinger

Sache pourtant rester calme, cher moustique. Il te faut attendre dans cette chaude et chaleureuse ambiance le samedi magique où les bourgeons écloront en de belles fleurs à nectar ou à collier. Alors, petit, il te faudra traverser les eaux et le sel dans un océan, défi connu comme cette machine à laver ta voilure. Ainsi purgé, tu pourras te lancer à ta quête au travers des épreuves de la lave et du vent. Élancé comme un avion, tu voleras de tes propres ailes ; malgré tout entouré constamment de tes compères. Frôler aves ceux de devant se produira parfois, mais ne te risque pas à t’accrocher trop régulièrement sous peine de voir un motard sortir sa redoutable tapette. Inévitablement, tu auras déjà chaud et apprécieras les fréquentes oasis violettes, couleur des T-shirts que portent les petits nains féériques. Profite de leur gourdes à la contenance presque magique et tu tiendras ainsi, si Eole le veut bien, jusqu’au plat de résistance. Tu quitteras à ce moment ta position couchée pour te relever et montrer honorablement ton torse comme si ton nom y était inscrit dessus. Courant alors comme un coq, tu te demanderas parfois pourquoi marcher ne suffirait pas. Fort heureusement, tu resteras confiant et l’insecte de fer en toi saura qu’il te faut rejoindre ton but au plus vite pour ce steak saignant dont tu as tant rêvé. Le mental est pour toi un allié en acier.

Kona bike reco
Reconnaissance à vélo. © Photo: Bernd/Eitzinger

Peu importe ton rang dans cette procession, pour autant que tu atteignes l’ivresse et puisses en profiter, fier du temps et des efforts qu’il t’aura fallu pour goûter enfin à ce sérum. Moustique, toute parure métallique que tu as, finis toujours en remerciant tes camarades qui t’ont ouvert le chemin ou accompagné sur celui-ci ; tout comme des orangers sur lesquels tu peux toujours te reposer. Souvenirs et expériences se propagent alors en toi comme des virus que tu mélangerais piqûre après piqûre au fil des gouttes de sang.

Kona Finish = out
Complètement out à la finish line. © Photo: Bernd/Eitzinger



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Kona 2017

Objectif Kona

Notre programme (masterplan) avec Jean-Claude pour 2017 était bien clair jusqu’à notre 25e anniversaire le jour de Francfort. La suite ? je voulais la laisser libre, peut-être Hawaii, peut-être le circuit sur olympique, peut-être un marathon (cf questions tricircuit). Dès le lendemain toutefois les choses s’éclaircissent subitement ; avec ma 4e place (cf récit Francfort) je suis qualifié pour les championnats du monde à Kona, et je ne vais pas le refuser. Mastercard, tout comme Ironman, s’en réjouissent déjà fortement. Plus de 1000 dollars de frais d’inscription, sans compter le voyage et une swimskin kiwami que je m’achète pour l’occasion, c’est sans aucun doute la compétition la plus chère à laquelle je me suis inscrit. L’expérience en vaut la peine me dit-on, bring it on KONA !

Bon s’inscrire c’est une chose, l’autre est de se préparer. Même si je n’ai pas un objectif chronométrique aussi précis que le sub-9 de Francfort, je ne suis pas là pour finir uniquement. 9h10 jouable dans des bonnes conditions ? 55’ (Francfort 48’30) en natation en perdant un peu de temps sans la néoprène, 5h (Francfort 4h42) de vélo à cause du vent et un 3h15 pour le marathon (comme à Francfort en gérant mieux). Ça c’est pour la version très optimale et en comptant que je supporte le chaud (pas ma tasse de thé) et le vent (pas non plus mon fort) et prenne le temps des deux transitions sur les 55’. Et c’est aussi en skippant allégrement le fait que Kona a plus de dénivelé que Francfort et ne manquera pas 4km à vélo. M’enfin, Jean-Claude me donne 9h20 si tout va bien. Je n’ai pas trop de repères et c’est aussi pour cela que je n’ai pas envie de me mettre la pression avec un temps. Seules intentions claires dans ma tête : forcer plus la préparation à vélo qu’en course pour arriver le jour J avec un tendon d’Achille en meilleur état qu’à Francfort, et manger plus sur le vélo pendant la compétition. J’ai aussi pris le choix (parfois difficile) de faire peu de courses entre deux pour bien me reposer et faire mes entraînements intensifs sans restrictions ou remords pendant les soirs de semaines.

Ca vit et respire le triathlon

Jean-Claude ne peut pas beaucoup courir avec sa blessure mais heureusement il m’accompagne souvent à vélo et en natation et j’ai le TVO pour faire des entraînements en groupe à pied. Autrement je suis un peu seul à préparer un longue distance si tard dans la saison et ça se ressent quand même. L’avantage est que ça ne fait pas trop monter le stress jusqu’à peu de temps avant de devoir prendre l’avion pour le voyage. Car s’il y a une chose que l’on remarque durant ces très longues heures de vol est que l’on se rapproche de la grande messe du triathlon. A chaque escale en direction de Big Island, les sacs ironman et chaussettes de compression fluos et au design excentrique se font de plus fréquents jusqu’à remplir plus de la moitié d’un avion (l’autre devant être des accompagnants). Cela joue d’ailleurs avec le nombre impressionnant de valises vélo qui sont débarquées sur le tarmac à ciel ouvert de Kona.

Kona 2017: vol
Long voyage jusqu'à Hawaii (presque 24h au total)

Il est 20h le soir, le temps est lourd et humide, la nuit noire. L’équipe d’Eitzinger nous accueille avec un Lei de bienvenue et l’idée de partir le lendemain à 7h pour Hawi en voiture et rentrer à vélo les 85km du parcours de la semaine suivante. A peine arrivés donc que ça devient sérieux. Trajet en voiture à observer ces champs de lave à perte de vue. Je crains un peu le vent et observe avec attention les moindres mouvements des buissons en bordure de route. Marco et Bernd, nos guides, ne cessent toutefois de répéter qu’aujourd’hui ce n’est rien. Une fois dehors, je pars avec Dominic pour une reconnaissance annoncée tranquille mais malgré tout faite à un bon rythme. Il faut avouer que le vent nous est plutôt favorable et aucunement dérangeant car très régulier et pas déstabilisant. S’il fait comme ça samedi, moi je prends. Sur les derniers kilomètres, je perce en passant les travaux de la Queen K’ Highway et finis à la mousse avant de changer mon boyau à la maison et racheter une bonbonne sur les stands de l’exposition.

Kona 2017: reconnaissance vélo
Beau paysage sur le parcours vélo (Queen K' Highway), chaud et désertique. (© Photo: Bernd/Eitzinger)
Kona 2017: reconnaissance càp
Reconnaissance de la portion course la plus éloignée à Energy Lab avec Dominic (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Au fur et à mesure que les jours avancent, Alii Drive (la route où la plupart logent en bord de mer) fourmille toujours de plus. S’il semble le dimanche que le nombre de coureurs est déjà important, ce n’est rien comparé aux jours suivants. A l’apogée du mercredi/jeudi, il faut alors bien regarder en traversant ou passant en voiture de ne pas provoquer un accident entre randonneurs, coureurs, cyclistes, taxis, et autres skateboarders. Tous ont l’air plus fit les uns que les autres, et certains donnent l’impression d’être encore en camp d’entraînement à la quantité qu’ils en font. Moi j’essaie de rester calme, sortir sur la terrasse de notre petit appartement pour m’habituer de la chaleur, mais sinon pas trop trop marcher et profiter de maman qui me choie comme un Kamehameha. Petite natation le matin deux fois dans la semaine pour voir un peu l’océan, goûter le café sur le bateau et observer les petits poissons. Une sortie le mercredi à vélo pour repérer le tour initial dans la ville de Kona et la course dans Energy Lab ainsi qu’une autre sortie vélo et une en course compléteront la semaine.

Kona 2017: parade des nations
Porte drapeau pour la Suisse à la parade des nations. (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Le mardi soir je porte le drapeau à la parade des nations d’une petite délégation suisse qui doublera le jour de la compétition pour compter une quarantaine d’athlètes au total. Observer tous ces événements (tout comme la underpants run, où je n’ai, avec grande peine et hésitation, été que spectateur en maillot de bain) fait aussi partie de cette expérience unique de l’île du triathlon. Il y aurait encore beaucoup de détails du genre à rajouter, que ce soit sur les bookmakers du check-in, les swags-givers de l’expo, ou tant d’autres.

Fort en natation ?

Mais le plus important au final reste quand même la journée du samedi. Debout à 3h45 après une nuit de sommeil relativement courte mais plutôt bien passée pour la dernière avant un grand événement. Déjeuner, crème solaire, enfilage des combinaisons, passage au toilette, voiture-navette jusqu’au départ, marquage des numéros sur les avant-bras, et enfin le check que le vélo tient la forme après l’orage de la nuit. Il me reste une bonne heure trente quand tout est terminé ; le temps de me poser dans l’herbe à observer le soleil se lever sur la zone de transition un peu à l’écart. La journée s’annonce belle. Certainement chaude du coup, mais belle. Pas de stress me dis-je et ça ira bien.

Une fois les pros partis, je me dépêche par contre de rentrer dans l’eau. Pas au point de taper pour prendre en premier les escaliers (hé calme, c’est encore long) mais quand même dans les trente premiers et suffisamment tôt pour rejoindre la ligne de départ sur la front-line. Il reste plus d’un quart d’heure à attendre mais l’eau est chaude et l’ambiance calme et sympathique. Ça discute pas mal et pas tout à fait comme sur les courses d’habitude. La question classique du « tu comptes nager en combien ? » à laquelle je réponds avec mon temps de qualification de 48’30 à Francfort et un « 52’ ici peut-être » ne reçoit pas l’étonnement usuel en retour mais un « cool, on peut nager ensemble » de 3 sur les 4 autour de moi. Hum, OK, tant mieux si je peux aussi drafter un peu pour une fois. Moins de cinq minutes avant le départ, je me décale finalement un peu à gauche pour ne pas rester à côté du nouveau qui nous a rejoint et m’a déjà tapé trois fois sur l’épaule et deux fois dans mon tendon d’Achille. J’ai envie de lui dire, écoute t’es gentil mais t’es probablement là pour plus de 9h, alors si tu veux me faire chier pour 30s sur la natation, garde-les.

Kona 2017: départ natation
Départ natation.

Sur le coup de pistolet, je suis donc à une trentaine de mètres du Pier. Ça part vite autour de moi et je cherche à rester dans des pieds autant que possible. Le groupe le plus rapide est plus à ma droite mais je dois laisser partir. Le niveau est si dense que chaque coup de bras pas donné comme il faut ou un peu gêné par un autre concurrent me semble faire perdre 5 places. Je fais mon aller légèrement sur la gauche mais avec du monde autour de moi en continu. Sur le demi-tour je me mets un peu plus dans le groupe. Il ne me semble pas nager extraordinairement bien niveau sensations mais on fera avec. Sur la fin du retour, je fais l’effort pour passer celui devant moi qui a laissé une coupure avec le reste. 53’ à la montre au sommet des escaliers, pas de quoi s’exciter. Douche tranquille pour enlever le sel tout en enlevant la swimsuit, lunettes de soleil embarquées depuis le sac et c’est parti pour le vélo.

Groupiert

Du vélo à Kona j’en entends toujours la même chose : ça souffle et ça drafte. Si le niveau est aussi serré qu’en natation ça ne m’étonne pas trop à vrai dire. Il ne faut juste pas que je me laisse embarquer trop vite. 180km c’est long et si le vent se lève sur la fin, je risque de payer les efforts initiaux. Moto : « stay calm and stay on Queen K’ » ; ça vaut aussi bien pour l’envie de suivre les fusées que pour le vent qui « shoote des pros dans le fossé ».

Kona 2017: départ vélo
Départ vélo.

Le parcours commence par un petit tour dans Kona où je croise maman et Nadine à plusieurs reprises et profite de manger mon premier gel d’une longue série. Ensuite, on s’attaque à la fameuse Queen K’ et ce long aller-retour fait de lignes droites monotones et mal-plates. Sur les barres je suis bien, comme souvent en début de course, et essaie de me fixer l’un ou  l’autre des concurrents qui a plus ou moins mon rythme. Je me fais un peu plus dépasser que je ne dépasse moi-même sans que cela en soit aussi terrible qu’imaginé. Ainsi, la première heure vingt de vélo passe ni vue ni connue (vent de dos ?). J’ai un œil sur les watts (sans m’y fixer strictement), un autre sur la vitesse (plus par intérêt) et les deux sur mon petit groupe qui m’emmène de bon chemin. Les ravitos s’enchainent régulièrement et font du bien pour se rafraichir. Seul des gourdes en pet sont fournies par contre et il m’arrive régulièrement de perdre celle sur le porte-gourde, je fais donc bien attention de toujours remplir la gourde à paille entre mes barres et bien me gicler le corps d’eau fraiche dès le poste de distribution. Quant à la nourriture, j’ai tout pris sur moi et, pour l’instant, j’enchaîne tout bien comme prévu.

Alles guet

Sur la fin de l’aller, les groupes se densifient me semble-t-il mais pour une fois je vois plus de motos arbitre que de motos média. J’ai pas vu beaucoup de cartons (un seul pour un dans ma roue) mais les penalty box sont bien pleines en passant. Le vent s’est quant à lui levé la moindre et les efforts se font ainsi plus conséquents. Parfois ça me fait de la peine à voir la vitesse sous les 30km/h pour du 300W à plat, mais les mêmes portions à plus de 55km/h sur le retour rassurent tout autant.

Vers les 120km ou deux-tiers du parcours, je commence à avoir un peu plus de peine à respecter mon plan nutrition. Il est plus conséquent qu’à Francfort (où je n’avais déjà pas tout mangé), et je n’arrive pas à me forcer à finir mes barres. J’espère ne pas trop le payer ensuite mais en vomir une sur le vélo n’est pas forcément une meilleure idée, et je bois beaucoup de gatorade aussi pour amener de l’énergie. Mon groupe a bien éclaté entre des fusées, des très lents, et des comme moi. Le vent fait sauter ceux qui ont trop puisé pour tenir les roues et amplifie les moindres différences. Les watts se font gentiment plus durs à maintenir mais le chronomètre donne toujours un temps légèrement sous les 5h, soit parfaitement dans le plan.

Le marathon sera long

Enfin, ça c’est jusqu’au kilomètre 150. Ensuite, c’est à mon tour aussi de souffrir du vent de face plus intense et des vagues du terrain. J’ai une douleur dans le genou droit qui me ressort également de nulle part. Le pire est que dans ces conditions on commence à se lever dans les montées et perdre par conséquent encore plus de temps. Quand ça ne va plus, c’est pourtant dur de faire autrement.

Kona 2017: supporter vélo
Banderole Rushteam sur le parcours.

Allez, bientôt fini. Un peu de roue libre encore en descente, puis cette petite montée, un plat, droite-gauche, et la ville est là. Ouf, dernier coup de pédale de la saison, plus qu’à descendre de ce vélo et le jeter à un bénévole pour qu’il me le range. Aie, aie, ouille, début de crampe à la cuisse droite en la passant par-dessus le porte-gourde derrière la selle. Hésitation du coup, et paf, grosse crampe à la cuisse gauche. On me prend mon vélo alors que je boite et pars en marchant vers mon sac de transition et un marathon que j’imagine interminable dans cet état (et je veux dire très long, pas abandonner évidemment).

Donner le tour

Je m’assois du coup dans la tente pour mettre mes chaussures, profite du bénévole pour quémander de l’eau et paqueter tous mes gels pour mon marathon. Sorti de la tente, je pars sur un petit rythme en mangeant une gauffre au miel et une pastille de sels minéraux ; galette de céréales et son coulis de gelée royale avec assaisonnement maritime, si ironman savait aussi faire dans le culinaire. Qu’importe, je ne crois pas que ce soit la nourriture qui me redonne le rythme mais plutôt les jambes qui sont contentes de tourner différemment et la tête qui essaie de s’accrocher aux autres concurrents autour de moi et de profiter de l’ambiance d’Alii Drive et ses nombreux spectateurs.

Je ne regarde pas trop la montre tout du long de peur de me décevoir. Les quelques fois où je ne peux pas me retenir, je suis plutôt déçu en bien avec à peine plus de 4’30/km de moyenne. Etant donné que je marche aux ravitaillements pour prendre un maximum d’eau, d’éponges, de glace et de boisson pour me rafraichir, ça veut dire que je cours encore un rythme potable.

Highway to hell

Ce premier aller-retour de 15km passe par conséquent assez vite mentalement. J’ai la tête au beau fixe, les jambes qui se plaignent mais tiennent la route.

Kona 2017: montée Palani
Très dure montée de Palani après plus de 16km.

Arrive ensuite la montée de Palani Road. Je sais que maman et Nadine m’attende, mais je sais aussi qu’elle est très raide et casse-pattes. J’avais dit deux jours avant vouloir la marcher et reprendre un rythme ensuite et c’est ce que je fais. J’ai essayé de courir un bout mais sans grand succès en ayant l’impression de dépenser beaucoup d’énergie pour rien. Le problème est pour moi que la deuxième moitié du marathon et ce long aller-retour pour chercher Energy Lab se montrera nettement plus difficile. Pas encore 20km au compteur quand on s’y attaque et une chaleur écrasante sur des lignes droites d’autoroute interminables, monotones, et jamais vraiment plates. Quant à mes cuisses, elles, sont gentiment plates. Bref, de longs kilomètres s’en suivent où le mental est la seule raison d’avancer encore. Courir est plus une solution pour en finir plus vite qu’autre chose avec pour seule consolation que je ne suis pas le pire même parmi ceux à ma hauteur (tandis que d’autres n’en ont pas encore fini avec le vélo).

You are an ironman

Après de longs moments ainsi je rejoins enfin Palani pour la descente cette fois-ci. Nadine me dit 5e de la catégorie et que j’ai bien tenu (mes splits semblaient apparemment constants même si mon effort ne l’était pas du tout). Je pense pour la première fois à une place depuis plus de 9h de temps. Coup d’œil à la montre inutile puisqu’elle s’est arrêtée par manque de batterie. Je m’efforce de garder ma place dans ce qui a dû être le sprint le plus lent de ma carrière de sportif (record après Francfort probablement, les juges débattent encore). Il se trouve être sur les photos que la personne juste derrière moi était une femme pro avec 25’ de retard déjà, mais qu’importe moi je lève les bras avant de m’effondrer dans ceux des deux chaperons qui me soutiendront jusqu’à ce que je reçoive un linge de glaçon et un ravitaillement d’arrivée.

Kona 2017: finish
Arrivée!

– What do you have boy? – I’m just tired, and my quads… my quads won’t hold me anymore. – Don’t bring him to medical, he’s fine.

Oui, 5e de la catégorie en 9h20’44 (bravo Jean-Claude pour l’estimation), je suis fine et même happy.

Kona 2017: finish line party
Finish line party; retour sur la ligne après la douche pour voir les derniers arriver et l'ambiance avec musique, speaker, et les meilleurs pro de retour également.

Encore plus le lendemain quand je peux monter sur scène pour recevoir les honneurs. Pour un deuxième ironman et un premier Kona, quelle réussite !

Kona 2017: podium 25-29
Podium 25-29.

Maintenant place à une pause de saison bien méritée. Encore une semaine ici avec Nadine et maman pour profiter de Big Island et ses beaux paysages. Et ensuite on reviendra sur l’analyse plus en chiffres de la course et sur les décisions des objectifs à venir et de l’organisation de la saison 2018.

Un grand merci à maman et Nadine pour le soutien sur place et à tous les autres pour celui à distances et les nombreux messages.

Kona 2017: boat
Visite de l'île et de ses plages...
Kona 2017: road
... routes et paysages.
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2 commentaires
Bravo. Profite de ton repos bien mérité !
par David f le 17-10-2017 à 23:20
Un grand "BRAVO" Daniel !!
Première Ironman Francfort: Qualification pour Hawaii et à Hawaii directement Le Podium. Eh bien, il faut le faire. Félicitation!
Et n' oublions pas Jean-Claude, qui n'avait pas cette chance pour quelques minutes. Peut-être l'année prochaine!
Bonne récup et profite tes vacances.
Anton B.

par Anton B. le 18-10-2017 à 20:05


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Swimrun 1000 lakes

Un swimrun, ça se court à deux, alors ça se raconte aussi à deux. Cendrine prend une fois de plus l’initiative, et moi je complète avec mon grain de sel.

Après le swimrun sprint en Engadine en 2016 (http://www.slowtwitch.com/News/The_Engadin_SwimRun_Sprint_5872.html), on remet ça mais pour une version longue, cette fois dans l’arrière-pays berlinois. On ne sait pas très bien à quelle sauce on sera mangé après une édition 2016 frisquette (10 degrés pour l'air et l’eau), mais les organisateurs  promettent une belle « balade » : "Get ready to embark on a new adventure, through mystical forests and in untouched lakes". Cette année, les semaines précédentes ont été rassurantes puisque la température annoncée est de 15-17° (après la course, certains diront 14°, mais qu'importe c'est trop tard) et surtout Jean-Claude se remet gentiment de sa blessure. C’est pas la température qui me préoccupe, mais plutôt la progression lente de ma blessure même en renonçant à tout autre triathlon après notre Ironman de cet été. Avant la course je suis un peu mieux qu’en juillet avant l’iron, mais pas à 100% non plus. Le genou droit fait souvent des siennes lorsque les entraînements traînent en longueur.

Notre week-end commence vendredi avec un départ aux aurores pour Berlin. Petit détour en ville, le temps de croiser la ligne idéale du marathon et on parvient ensuite à Rheinsberg, notre lieu de villégiature. J’ai pris Cendrine comme guide pour une visite rapide de Berlin. Que pourrait-on voir en passant ? La porte de Brandenburg et le Reichtag depuis la gare centrale, et comme la visite est courte on se dit qu’on pourrait y venir une fois suivre la ligne bleue sur tous les 42km195 ? Pendant les deux journées d’avant-course, on marche (un peu trop) pour découvrir les alentours (château, forêts multicolores, lacs et port), on reconnaît la fin du parcours, profite de regarder le sprint. Comprenez par-là que contrairement aux recommandations d’avant un effort d’endurance à pied où l’on conseille « Don’t stand if you can sit, don’t sit if you can lie down », nous on marche 15km à se perdre dans les forêts avoisinantes, et le long du lac qui semble pas si froid (à y tremper la main au bord).

Dimanche 1er octobre, on y est. Une forêt de bonnets rouge, vert, orange, aux couleurs de l’automne, égaie la grisaille et la fraîcheur matinales. Dans le car on est bien calme, et à côté ça discute de combien long est le trajet, et qu’il faudra courir tout le retour. On attend tous la même chose: courir nager courir nager courir... 11 sections de course, 10 de natation pour environ 34km de trail et 7,5km de natation. Heureusement d’ailleurs, qu’il y a ces coupures, courir tout le trajet serait, pour citer mon voisin enfilant sa combi : « unmenschlich ». Je me demande bien comment ça va se passer. Le coup de pistolet libère tout le monde.

1er constat: ça part vite! Les deux premières équipes devant doivent juste faire le sprint pour la caméra, ou alors il faut vraiment se placer si vite avant le sentier annoncé ? On a prévu de courir à 5’/km, aussi longtemps que je tiendrai… 1er km en moins de 4'30… « On va ramasser si toutes les équipes sont aussi fortes », c’est ce que je pense tout en me forçant à ralentir un peu. Pas facile, d'autant plus que Jean-Claude aimerait bien suivre… Comme l’élastique est interdit sur cette première partie, il finit par passer derrière pour éviter de me semer. Pas facile de se mettre dans le bon rythme. Déjà tout seul ça m’arrive d’être emporté, mais en plus il faut surveiller autour de pas perdre contact avec Cendrine, ni glisser sur les virages en pavés mouillés. Je préfère être dans ses pieds finalement. Pavés, sable, sentier, puis champs, on découvre le terrain de jeux. Après le premier kilomètre le sentier se resserre, les équipes s’étirent et deux trois petits trous entre groupe se forment devant nous. Moi qui pensait qu’on serait comme en Engadine forts à pieds et moins habitués en natation à deux.

La voilà, la 1ère natation: 1000m. Lunettes et pull buoy en place, élastique (orange évidemment !) accrochée: c’est parti. Elle a l’air facile je me dis, tout droit jusqu’à la bouée puis à gauche vers une sortie cachée. Mais l’avantage d’un départ plus conservateur c’est que la ligne idéale est tracée à côté des équipes déjà dans l’eau.

2e constat: nos transitions sont rapides et dans l'eau on file, on glisse! Un régal! On reprend équipe après équipe. Souvent on reprend du monde en rentrant dans l’eau. Lunettes quelques mètres avant, pull-boy au premier pas dans le lac, je me retourne et demande « C’est bon ? », et si Cendrine gueule pas je plonge et part avec l'objectif de reprendre le plus d'équipes possible. (Note: ça me vaudra une fois un beau plouf. Alors qu'une bénévole dit quelque chose sans que je n'écoute je fais machinalement le premier pas dans l'eau et hop enfoncé jusqu'à la taille avec un arbre bloqué devant moi. Zut pour une fois j'aurais dû prendre quelques secondes en entrant).

3e constat: en course à pied, les équipes sont soit plus fortes soit de niveau égal (au mien bien entendu parce que sinon Jean-Claude serait loin devant). On court, nage, re-court, re-nage... Et on profite de dépasser des duos moins rapides dans l'eau. Cendrine passe sous silence le départ de la deuxième section course où une flèche indique droit dans le pentu d’un champ de patates, je m’arrête presque étonné, et elle me lance un : « Bon tu cours ? ». Après une nouvelle forte remontée à la 2e natation, les positions changeront beaucoup moins.

ravito
Ravito.

En sortant de la plus longue section natation (1300m), on se ravitaille pour se préparer aux prochains 7km de course. J’ai fait l’effort sur la fin de la natation pour revenir sur deux équipes pas loin devant. J’essaie surtout de remettre mon pull buoy qui glisse depuis le départ et qui commence sérieusement à m’agacer en courant. Mais, avec les mains froides, j’ai de la peine à la raccrocher. Alors que la caméra se pointe sur nous en commentant : « Ensemble au ravito la tête de la course féminine avec des équipe mixtes ». J’essaie d’aider un peu mais trop tard elle s’en sortira toute seule. Jean-Claude m’attend pour repartir et je vois une équipe mixte qu’on vient de rattraper partir en boulet de canon. Pas besoin de mot, je le sais: on va aller les chercher. Et ça ne rate pas! Ben oui on est sortis avec de l’eau il faut maintenant reprendre le contact et les lâcher à la prochaine natation. Petit à petit, on revient. On a aussi en point de mire l’équipe féminine composée de Diane (triathlète de Pully, exilée à Stockholm) qui doit être en tête de la catégorie féminine (2e au final). Faciles à repérer avec le dos rose des leaders de la série. On court à trois équipes. Au rythme du souffle de Cendrine, qui a bien accéléré, je me dis qu’on pourrait ralentir un poil et rester avec au lieu de continuer notre train élevé. On a un peu accéléré pour revenir (et passer devant!) et on le paiera: Jean-Claude a le genou qui se réveille à la prochaine course et mes quadriceps deviennent douloureux. Et que 21 kms de fait... Mais on ne doit pas être les seuls à souffrir... Effectivement l’autre équipe mixte souffle fort et Diane me dit qu’elles sont dans le dur.

On lâche l’équipe mixte à la faveur d’une nouvelle natation et on court avec les filles. Malgré ma première foirée en natation. Perdu une plaquette en plongeant, puis parti vers la bouée de milieu de parcours qui n’était pas bien alignée avec la sortie, et non obligatoire à prendre. Elles finiront par nous lâcher, on ne les reverra plus. Comme on ne verra plus tous ceux qu’on a dépassés, même s’ils semblaient plus rapides à pied. Jusqu’à se retrouver seuls. C’est surprenant de voir les écarts qui se creusent petit à petit, certains devant payer les efforts du départ... Il semble qu’on se mette dans un rythme plus confortable, où je ne pousse plus trop à pied de peur de faire trop mal à mon genou.   Les sections s’enchaînent, plus courtes en natation, plus longues en course à pied. Et surtout me semble-t-il avec bien moins de rendement. Si les routes à jeep d’avant étaient passables en cherchant les endroits plus durs et tassés, désormais le sable et les racines semblent remplir les chemins. A un croisement le panneau indique carrément en sous-bois en dehors de tout chemin. Il faut suivre les petits rubans accrochés aux arbres, facilement repérable par les traces de pas des équipes précédantes dans la mousse et les fougères (Cendrine à l'arrivée semble avoir couru en mode automatique et râté ce passage...).

En sortant de l’eau, Jean-Claude me demande s’il nous en reste bien une. « Euh…plutôt quatre…». Oui mais moi j’avais 40km en tête et on est déjà à plus de 30 ?! Au fait c’était 41km officiels, presque 45km en vrai. Heureusement Cendrine a le plan sur ses plaquettes. Ça me donne quand même un coup au moral, d’autant qu’il n’y a absolument personne autour. Je me réjouis des natations qui arrivent.

race
Sortie de l'eau.

Après avoir repris notre chemin, on arrive à la dernière longue section de natation : 1100m. Tout se passe bien jusqu’aux 1000m, je sens alors l’eau se refroidir brusquement et un gros coup de froid… En sortant, mes jambes refusent d’avancer avant de se remettre progressivement en route, mais le rythme n'y est plus. 2km et encore 500m de natation jusqu’au prochain ravitaillement… 2km, c’est court, en sous-bois c'est agréable, j'apprécie ce genre de parcours, je m’amuse : ça, c'est en temps normal. Là, c’est long, j’arrive à peine à lever les pieds pour éviter les racines, c’est terrible... Jean-Claude s’adapte. Le froid ne me gêne pas, j’ai mangé mon propre gel et pas besoin de grand-chose. Juste les épaules qui fatiguent un peu, et le genou qui sans crier à la douleur me rappelle toutefois à chaque pas qu’il n’attend que l’arrivée. Au ravitaillement, on prend un peu plus de temps pour récupérer. Ce qui est pire pour les muscles je trouve, pour ma part la plus dure section de course à pied a été la remise en marche après une pause plus longue au ravito.

3100, 3400 ou 3800 : je n'arrive pas à déchiffrer la dernière distance à pied inscrite sur ma plaquette, tant pis on verra bien (la prochaine fois, j’écrirai plus gros !). En sortant de la forêt, après un virage, l'obélisque se dresse devant nous. On l’a vu hier, on sait qu’elle marque la fin, ne reste qu’une natation, enfin !

Dans l’eau, Jean-Claude s’oriente plus souvent que nécessaire, il zigue-zague et je me demande ce que fait ce bateau au milieu de notre chemin... Un photographe prenait des clichés : plus on s’écartait, plus il s’approchait et cachait le fanion indiquant la sortie… Damn ! Je voulais viser le bon endroit, le bateau s’approche, je crois qu’il m’indique de changer de direction, et plus je change plus il se rapproche. Jusqu’à ce qu’en respirant une fois je voie la caméra et décide de le frôler. Tant pis ça fera une banane pour une fois.

Encore 300m à pied pour rejoindre la ligne, je suis soulagée d’en finir, vidée, mais heureuse d’avoir pu partager cette aventure avec Jean-Claude. Moi aussi, merci Cendrine !   Saucisses, douche chaude et banquet nous attendent et permettent de commencer la récupération. Ainsi que deux allers-retours jusqu’à l’hôtel pour compléter à 60km le total de la journée. Faudra récupérer musculairement et aussi traiter l’inflammation de retour.

Finish
Ligne d'arrivée.

Le lendemain, c’est retour à la maison (après la fin de la visite de Berlin) la tête remplie de cette expérience et des découvertes du week-end avec l’envie de recommencer… un peu plus tard… 

Si le swimrun se court à deux, pour profiter d’une telle aventure, il y a aussi tous ces entraînements partagés avec vous, sous oublier vos précieux conseils et vos nombreux messages : merci !

Cendrine et Jean-Claude

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Après l'arrivée.



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Uster triathlon

Après les douleurs au tendon d'Achille qui m'avaient gêné au triathlon de Nyon, j'avais décidé de faire l'impasse sur le triathlon de Lausanne du week-end dernier pour lui préférer celui d'Uster ce dimanche. Une semaine de plus pour récupérer mais également un parcours plus adapté pour rouler sur les barres comme j'essaie de le faire souvent dans ma préparation ironman. Avec moins d'entraînements course à pied c'est un peu incertain sur la tenue de ce tendon que je me prépare à cette compétition, même si la forme est plutôt là sinon.

T'es là pour gagner ?

Comme d'habitude je croise beaucoup de tête connue avant le départ et on me pose, plus qu'à l'usuel il me semble, le fameux : « premier, cette fois ? ». Que répondre d'autre que, oui, je vais tout faire pour, mais une place ne dépend pas que de moi malheureusement. On me dit d'ailleurs que la concurrence sera rude avec Ronnie Schildknecht au départ ; effectivement ça risque de rouler vite… Mais il me faudra essayer de faire ma propre course et voir ce que ça donne au final.

Avec des torpilles…

Au départ par intervalle je me place sur la deuxième rangée. Schildknecht est avec Giacomo sur la première et j'aurais donc déjà 15 secondes de gagnées quand je les dépasserai en nageant. Avec moi j'ai un Français en tri-fonction bleu ciel qui a l'air bien rapide mais je ne fais pas trop attention à lui. Un beep, beep, beep, BEEP remplace le traditionnel coup de pistolet et, quelques marches d'escalier plus bas, nous voici dans l'eau. Mon impression se confirme tout de suite sur le Français qui me pousse en sur-régime dans ses pieds jusqu'à dépasser rapidement le groupe de devant. Il s'enfuit alors avec un junior de la première vague tandis que moi je me retrouve seul depuis là pour finir la natation. Je ne nage pas si mal mais les deux finissent quand même hors de vue lorsque je lève la tête. Au deuxième tour, les dépassements sont nombreux bien que souvent aisés et je sors ainsi troisième de l'eau.

Tri Uster 2017: T1
3e position en T1.

… des avions …

Sans néoprène, la transition est rapidement liquidée et me voilà sur deux boucles de 20km chacune autours du Greifensee. Au début, je me laisse emballer quelque peu, sachant qu'il y en a deux devant, probablement assez loin même, et pensant à repousser le retour de Ronnie le plus possible. Après 5  kilomètres, je trouve enfin un rythme qui est le mien, soit un peu plus convenable. La vitesse est bonne mais les sensations jamais excellentes ; dès que les watts augmentent, les cuisses tirent un peu. Ce n'est pas grave car j'ai malgré tout une bonne moyenne mais il faudra faire avec toute la course.

Après 10km, j'ai mon junior en vue et l'écart diminue ; très lentement mais il diminue. « Continue ainsi » me dis-je. « L'année passée tu te faisais reprendre à ¾ de tour sans pro, cette année tu tiendras probablement autant sur Ronnie, c'est pas si mal, non ? » Dans Fällanden, les réflexions sont oubliées pour se concentrer sur tous ces petits virages qu'ils nous font faire dans les champs et sur bien relancer derrière. Passé cette partie un peu plus technique que j'entends vrombir derrière moi. Vooom, voom, voom, on me dépasse. Ah, bonjour Ronnie, 14km sera la distance magique donc. Les deux devons sortir des barres à cause d'une voiture et je tiens encore la petite remontée au même rythme que lui en me remettant en position alors que lui la passe aux cocottes. Une fois revenu sur la partie plate, mes chances de suivre s'envoleront par contre bien vite. Au passage du premier tour, si je ne vois plus Ronnie, j'ai enfin rejoint mon junior. Commence alors le balai des dépassements, en continu sur la file de gauche à reprendre du monde. Petit passage difficile à un giratoire où un groupe de 6 que je venais de dépasser me double en passant par la piste cyclable tandis que moi j'avais pris à gauche. Je fais un kilomètre un peu plus tranquille derrière du coup avant de redépasser. Au même moment, c'est Giacomo qui double également. La différence de vitesse est moins importante mais je dois malgré tout me faire mal pour réussir à suivre. Je finirais d'ailleurs par laisser partir un peu plus loin et finir le tour à nouveau seul à donner mon rythme (mais combien dans ma roue ?, ça je ne sais pas).

Uster triathlon 2017: T2
Entrée en T2.

… et une gazelle

Uster triathlon 2017: run
Départ course à pied.

Enlever les chaussures, poser le vélo et prendre les autres chaussures et la visière, et c'est maintenant que viens le moment fatidique de savoir si le tendon tient ou pas. Sur les premiers pas, ça a l'air de bien aller et Jean-Claude me donne un écart de 45" sur Giacommo. Je pars donc sur un bon rythme et me convaincs intérieurement en quelques hectomètres qu'il passera nettement mieux qu'à Nyon. L'écart fond et je continue à fixer loin devant toujours dans mon tempo, content que ça aille si bien. Peu avant de rejoindre Giacommo, j'entends des pas qui se rapprochent, puis un « Allez David ! », suivi par la même trifonction bleue qui court d'une facilité déconcertante. J'essaie tant bien que mal de m'accrocher mais le Hauss marqué sur les fesses se fait de plus en plus petit. Je comprends qu'il allait vite, ne sais pas trop pourquoi il est derrière moi, mais me dit que si l'écart n'augmente pas trop vite, c'est que les sensations ne trompent pas : je cours toujours bien.

Uster triathlon 2017: run
Fin de la course à pied.

La deuxième moitié de ce tour, ainsi que le deuxième tour s'enchaineront ainsi sans trop de soucis. Pas de possibilité d'accélérer, mais pas de coup de moins bien et un rythme qui reste bien constant aux sensations. Et si le tendon se réveille gentiment sur la toute fin, cela n'a rien à voir avec deux semaines auparavant.

Uster triathlon 2017: podium
Podium: 2e de la catégorie et 3e overall.

J'ai passé donc toute la course à tirer derrière des bêtes d'un autre monde. J'ai donné le meilleur de moi-même et aujourd'hui, malgré ce que l'on me prédisait au départ, la troisième place n'est pas décevante, loin de là. Il reste un nombre certains de points à améliorer mais contre Ronnie Schildknecht (9x vainqueur IM Zürich) et David Hauss (4e au JO de Londres, en échauffement pour la course pro) je ne pouvais pas concurrencer et j'ai fait une très bonne course à mon goût. La prochaine course à réussir est Hawaii, dont le compte à rebours approche gentiment. D'ici là, il me faudra encore décider si je veux faire Morat en semi ou non, car mon plus grand adversaire risque d'être moi-même si j'ai des douleurs comme celles récentes au tendon. 



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Champion Suisse à Nyon, comme en 2016

Récupérer de l'ironman

La grande question qui revient toujours après un effort comme l'ironman est combien de temps il faut pour récupérer et pouvoir s'entraîner à nouveau pleinement. On entend un peu de tout (et parfois du n'importe quoi). Pour moi, ça s'est passé en étapes comme suivant:

1) Le soir même, pas envie d'aller dormir quand bien même ça fait plus de 20h de temps qu'on est réveillés. Une petite nuit plus tard de 6h30 maximum et nous sommes, avec Jean-Claude, les deux à l'envers dans le lit, les jambes en l'air contre le mur à repasser la veille en boucle dans la tête et sur les nombreux messages encore sur le natel.

2) Les 4-5 jours qui suivent sont peinibles pour les jambes. Le moindre escalier se sent, le tendon d'Achille gauche fait ses misères et, quand j'arrive à le maintenir, ce sont les cloques qui me font marcher en posant les pieds un peu maladroitement. La semaine de vacance en Belgique fait du bien.

3) Entre une semaine et 10 jours après, les douleurs sont passées mais l'envie de faire des entraînements n'y est pas. Rien que d'aller au travail à vélo, les mains dans les poches plutôt que penché en avant sur mon guidon, me paraît plus que suffisant.

4) Les 10 jours qui suivent, je recommence à aller à quelques entraînements. La tête ne veut toujours pas faire de séries et je ne me force pas. C'est plus pour voir du monde et discuter de toutes nos aventures.

5) 2-3 semaines après arrive nos premières échéances avec plusieurs fois l'occasion de se donner la moindre. Tout commence par un test d'effort à vélo le samedi organisé par David et Jérémy du team Tzamo. Si les jambes ne vont pas trop mal, il me semble craquer mentalement assez vite lorsque les douleurs se font ressentir. Espérons que l'on pourra malgré tout en tirer quelque chose. S'en suit un retour sur le contre-la-montre; contre-la-montre qui a du passé deux horribles semaines encore pas nettoyé depuis l'ironman et loin de moi, mais qu'on a profité d'ajuster la position pour être encore plus aérodynamique. Une "petite" sortie avec le Rushteam pour aller faire la Corniche mais où Jean-Claude et moi nous faisons plaisir à mettre du rythme. Rebelotte le week-end suivant à l'ironman de Zürich où nous faison deux jours de spectateurs ainsi qu'un peu de vélo bien appuyé. Me viens alors une idée un peu folle mais qui passe bien dans l'esprit du moment: Hé Jean-Claude, mardi c'est congé pour le 1er août! Et si on remettais une grosse sortie comme l'année passée? Loin du lac de Neuchâtel, nous finirons le long de ceux de Zürich, Ägeri, Zug, Quatre Cantons avant de faire une belle bosse pour rejoindre celui d'Einsiedeln et de rentrer. Plus de 180km, à un rythme élevé pour la dénivellation. L'envie est de retour et je sais alors une chose: je suis prêt mentalement à défendre mon titre aux championnats suisses à Nyon. Reste à voir si les jambes veulent bien suivre.

Test d'effort avec le Team Tzamo
Test d'effort sur le vélo avec le Team Tzamo.

Natation: avec ou sans?

De retour sur Ecublens, nous passons le samedi après-midi au bord du lac à discuter entre amis. Il fait beau, l'eau est chaude, demain sera probablement sans combinaison. Ce sera le cas effectivement pour le sprint du matin, me poussant à changer ma tri-fonction avec manches contre celle sans. Mais c'était sans compter un changement d'avis de dernières minutes des organisateurs à cause d'un lac mouvementé. J'enfile donc rapidement la néoprène et m'échauffe la moindre. Il n'y aura aujourd'hui pas le temps de barboter une heure pour se mettre dans le bain. Pan départ, je me lance à fond dans les vagues. Seul dès les premiers mètres et sans canoë guideur, j'essaie de m'orienter tant bien que mal et, malgré le courant direction Genève, il me semble faire un premier tour plus que potable. Juste avant la sortie à l'Australienne, je perds malheureusement mes lunettes qui se sont cassées sur le bout du nez. Il me faut donc faire le deuxième tour entre une vision plus que moyenne et des yeux souvent fermés pour ne pas perdre les lentilles. Les détours se font du coup conséquents et le deuxième tour est considérablement plus lent (et long) que le premier. Rien de bien grave puisque je conserve ma première place pour l'instant.

Tri Nyon 2017, sortie natation
Sortie natation, sans lunettes. © Photo: Céline Reuille, Quotidien de la Côte

Vélo agressif

La petite montée pour la transition me rappelle pourtant à l'ordre avec déjà un tendon d'Achille qui tire un peu et annonce rien de très bien pour la course à pied. Mais ça c'est pour plus tard, maintenant il me faut me concentrer sur le vélo pour ne pas me faire rattraper par les brutes du circuit (Fabian Dütli par exemple, annoncé par le Vorschau comme mon principal concurrent). Ainsi, après un départ tranquille sur la première montée du pont CFF pour redescendre les pulses qui me semblent bien hautes, un seul mot d'ordre: agressif! Premièrement niveau position, le guidon rabaissé depuis une semaine et la tête que je m'efforce à appuyer aussi souvent que possible sur la paille de la gourde entre les bras. Mais aussi au niveau effort je regarde le compteur des watts pour être sûr que je ne ralentis pas sur les tours suivants, mais pas pour me contenir au début. Si les tours se font de plus en plus difficiles sur la partie vent de face, la stratégie sera toujours la même. En position joli sans trop forcer vent de dos le long de Colovray, puis la montée raide facile, même passé le photographe où la pente devient plus faible. Dès passé le virage à droite du sommet, grosse plaque de nouveau et, à partir du deuxième virage, écraser ces pédales en restant sur les barres jusqu'à ce que la partie vent de face soit passée. Pas rare de voir 350W au compteur sur ce segment. Le droit de se relever la moindre pour les virages et le deuxième pont ensuite puis rebelotte tout sur les barres jusque peu avant le virage du fond de la descente pour reprendre la route du lac.

Tri Nyon 2017, vélo
Passage à vélo, concentré et en position. © Photo: Céline Reuille, Quotidien de la Côte

Ainsi, les tours passent bien. Pas forcément aussi vite que je pensais mais les sensations sont bonnes et les cris des nombreux Rushtistes qui me supportent me poussent à continuer ainsi. A un tour de la fin, un avion de chasse me dépasse. J'essaie brièvement de m'accrocher mais dois me résoudre bien vite à continuer à mon rythme à la place et faire le quatrième et dernier tour certain d'être deuxième et avoir à me donner à pied pour reprendre une différence qui semble être devenue énorme. La moto de tête me suit pourtant toujours comme pour m'ouvrir la route.

Gérer l'avance et le tendon

Je comprends en entrant dans le stade qu'il s'agit en fait de quelqu'un qui avait un ou plusieurs tours de retard (probablement parti plus tard également). Je suis donc toujours en tête et peux m'élancer sur le parcours course à pied en n'ayant "qu'à" gérer mon avance de 3 minutes. Heureusement d'ailleurs car mon tendon d'Achille fait toujours son délicat et ça a le don de me crisper. Je prends chaque petit bout l'un après l'autre et tâche de bien dérouler les jambes en gardant le sourire et l'attitude positive dans la tête (oui, le sourire aussi uniquement dans la tête d'après les photos). Bref, pas une grande course à pied, et un temps de plus de 37' à l'arrivée soit plus de 2 minutes de perdues sur l'année dernière. Mon but alors était de gagner sans que mon tendon ne me lâche et pour cela je suis très content d'avoir défendu mon titre de Champion Suisse avec succès! Le fait que Andreas Grüter, de la catégorie supérieure et parti 45' plus tard, m'ait battu pour 10 secondes au général ne reste qu'une anecdote qui ne m'impacte pas vraiment.

Tri Nyon 2017, finish
Très content de conserver mon titre à l'arrivée!© Photo: TRI Circuit

La journée n'est pas finie

Petite photo à l'arrivée, interview avec Christian Perler au micro (où d'après Jean-Claude je me suis mélangé les pinceaux dans la date de Francfort, mais où je peux confirmer avoir trouvé Nyon super comme d'habitude) et ensuite une petite tape sur l'épaule avec une carte antidoping suisse. Tiens, bonjour, enchanté. Faut faire vite apparemment pour rejoindre la salle de contrôle, est-ce que je suis prêt me demande-t-on. Heu, oui, je sais pas, en ai-je le choix? Voilà donc ce qui va occuper l'attente pour les podiums.

Petit interview pour les quotidiens du 24heures et de la Côte, puis passage rapide au vélo pour prendre une carte d'identité, le tout accompagné par mon chaperon bien évidemment. Un peu stressé par son chef qui l'audite aujourd'hui ou je ne sais pour quelle raison, il me montre tous les documents et comme quoi il a indiqué "interview" sous la raison pour laquelle on a eu un délai avant de rejoindre la salle. Je croyais qu'on pouvait faire un peu ce que l'on voulait tant qu'on était sous surveillance, non? Enfin, on a le temps de discuter un peu de tout et n'importe quoi pendant qu'il me fournit bouteille d'eau sur bouteille d'eau. J'ai pas envie de pisser maintenant, alors autant boire. Les discussions continuent ensuite avec Fabian qui nous rejoint dans la salle d'attente. À se plaindre du chaud et de la tièdeure de la pièce, on nous propose finalement de sortir se détendre un peu et marcher, pour autant qu'on reste les deux ensemble. On fera donc le tour de mes supporters et des siens, avec un contrôleur pour nous deux. Presque une heure et demie et 2.5L plus tard, il nous pousse en direction des podiums que l'on ne doit pas rater même avec un contrôle. Pas d'inquiétude, je ne comptais pas les manquer. Durant l'attente pour ceux-ci et grâce à quelques décilitres supplémentaires d'eau, je sens que le besoin me vient gentiment. Ainsi, direct après, on peut retourner dans la petite salle et finir ces formalités. Choisir un bécher, pisser au-dessus de la ligne, choisir un échantillon de contrôle, reporter des numéros, remplir des documents et signer des formulaires sur tablette. Tout est guidé comme un chef par le contrôleur mais c'est tout à moi de faire, c'est la procédure. Comme par exemple la vérification de la densité de l'urine: il prend un papier marqueur, le trempe dans une goutte sur le bord du bécher et le met à côté d'une palette de couleurs de référence. Il l'a déjà placée entre deux couleurs très similaires de la moitié de la première ligne d'une quinzaine à choix, mais se retourne ensuite vers moi. Un petit silence et il demande laquelle correspond le mieux, celle de droite reponds-je sans trop savoir vraiment. Il se trouve que les deux sont OK mais c'est à moi de dire le résultat obtenu. C'est pas lui qui me contrôle, c'est moi qui me contrôle avec lui qui surveille simplement que je suive la procédure scientifique sans tricher.

Médaille champion suisse 2017
Médaille de Champion Suisse, avec le linge du premier contrôle anti-dopage.
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BRAVO, BRAVO, BRAVO CHAMPION !!!!
par nibel64 le 25-08-2017 à 09:16


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Ironman Frankfurt

Jean-Claude a déjà presque tout dit sur notre premier ironman le jour de nos 25 ans, mais avec tout le temps passé dans la préparation et la longueur de la journée, je peux bien écrire quelques lignes également pour partager mes anecdotes et sentiments.

Objectif sub-9

Voici une bonne année que je martèle Jean-Claude avec l’idée de faire sous les 9 heures pour notre premier ironman. Pas besoin de se stresser en natation lui dis-je, il suffit de bien passer le vélo sans gros coup de mou et de faire la course qu’on sait faire comme on l’a montré à Lucerne sur marathon et ça devrait passer. Beau discours et belles paroles qui ne sauraient cacher qu’aux non-initiés les doutes sur le déroulement de la journée et des efforts. La longueur du vélo et la nutrition sont les points qui me font quelque peu peur intérieurement. Il n’en reste que la semaine menant à Francfort je me sens prêt et ai hâte d’en découdre.

Je vous passe le stress qui monte gentiment, la journée de la veille à mon avis trop longue et remplie de marche, ainsi que les préparatifs multiples de matériel pour en venir directement à la course.

Plaisir en natation pour l’échauffement

Frankfurt Swim Start
Concentrés avant le départ.

La natation, sujet de stress pour certains, n’est pour moi qu’une partie de plaisir à prendre en échauffement. Une cinquantaine de minute où les bras seront à contribution mais les jambes pourront prendre le temps de doucement se mettre dans le bain. Sur la ligne, la concentration est grande et le regard porté vers ce long parcours qui nous attend. Tous ces bonnets sur une plage qui n’attendent que de pouvoir se défouler une journée entière, c’est impressionnant. Et dire que je me presse aux portillons de départ pour pouvoir en laisser la très grande majorité derrière dès la sortie de l’eau.

En cinquième ou sixième ligne avec Jean-Claude à ma gauche, le départ se fait aisément. Quelques petits zigzags pour dépasser ceux partis devant nous et quand je relève la tête il n’y a qu’une combinaison et un kayak devant. Allez, un petit effort et je suis dans les pieds ! Plusieurs fois, j’hésite à prendre la tête, euphorie du moment que je réfrène jusqu’à la sortie à l’australienne pour m’épargner un peu dans les bulles de mon meneur d’allure. Dehors de l’eau, je ne peux m’empêcher de passer devant et jeter un coup d’œil dans le public à la fois pour profiter du moment et chercher des têtes que je connaitrais afin de dire « coucou, c’est moi, je suis premier ! ».

Me voilà donc seul pour la deuxième boucle et j’accélère probablement légèrement le rythme. Mon acolyte ne m’a pas suivi en tout cas et je n’ai que les groupes de pro femmes et hommes à dépasser pour me distraire la moindre (partis respectivement 8 et 10 minutes avant nous, mais sans combinaison). Même état d’esprit à la sortie de l’eau, « Youhou ! First out of the water, c’est bibi ! » avec un sourire de plus quand j’entends que le speaker m’a raté et annonce le groupe à Jean-Claude comme leaders age-group.

Frankfurt Swim Exit
Premier hors de l'eau, et avec le sourire!

Faux rythmes à vélo

Maintenant, fin de la matinée à la plage, la journée de sport commence avec son plus grand défi : se mettre dans le bon rythme à vélo. Ni trop vite pour ne pas se griller, ni trop lentement pour ne pas laisser filer l’objectif. Gérer ça se révélera certainement être un art à part entière. Pour le moment, pas d’excitations, avec 48’20 en natation je suis même plus rapide qu’escompté et peux partir serein sur le vélo. Deux femmes pros semblent partir ensemble juste devant moi de la zone de change et je me cale donc dans leur rythme jusque dans Francfort. Les watts sont bas à mon goût et l’effort me paraît presque trop facile, mais j’en profite pour bien boire et manger. Un choc en passant les rails à traverser en arrivant en ville me fera perdre deux gels (oups) mais sinon tout va bien. A la montée, je décide de passer devant enfin et me mettre dans mon rythme. Déjà 20km de fait, le tempo a été un peu lent mais c’est déjà ça de gagner sans même l’avoir vu passer.

Frankfurt Bike
Check rapide des gels perdus.

Passage des pavés avec un diablotin style tour de France qui me suit sur la petite montée. Sympa l’ambiance, mais purée qu’est-ce que ça tape. Je m’en serai bien passé à vrai dire. Et encore plus 10km plus loin en remarquant dans mon ombre que mon porte-gourde arrière (derrière la selle) à bien souffert : le boyau de rechange est loin et la gourde d’isostar ne tient plus que par une visse. Je l’enlève donc pour la mettre dans la poche dorsale de la trifonction et ferai une bonne série de kilomètre avec une gourde dans le dos.

Rien de bien spécial sinon à signaler sur ce premier tour. Je garde un rythme constant, toujours sur les barres, sans forcer les descentes. Tous les carrefours sont bien sécurisés et indiqués par des bénévoles avec la présence fréquente de la police. Par contre, il y a moins de spectateurs que je ne m'étais imaginé et  très peu de « trafic » d’autres concurrents comme on le voit souvent sur les photos ironman. Peut-être suis-je trop à l'avant? A la fin du tour, je revois plusieurs supporters du Rushteam auxquels je peux faire un pouce en l’air ; tout va pour le mieux et si mes calculs sont bons, je suis plus que dans les temps.

Frankfurt Bike
La moitié de fait, tout va bien.

A la descente sur Francfort, Mike Schifferle me dépasse alors que je suis en position aéro sans pédaler. Je suis à distance avant de comprendre sur le plat que c’est tout un groupe avec quelques pro (dont lui) et plusieurs des premiers age-groupers qui roulent ensemble. Je me mets dans le pack également, ça roule plus vite que moi seul avant mais ce n’est pas extrême. Si moi et d’autres essaient de laisser les 12 mètres réglementaires, il faut bien avouer que ce n’est pas le cas de tous. Dès que la distance avec celui devant dépasse 7-8m, le suivant de derrière dépasse à son tour de peur que je ne laisse partir le groupe. Dans les faux-plats il me faut parfois faire des efforts pour suivre, tandis que dans les montées je prends facilement la tête avec parfois même un peu de marge. Éventuellement, avec plus d’expérience, je m’habituerai à rester plus constant sur l’effort peu importe le terrain, mais là je suis content de changer un peu et les montées ne me semblent pas difficiles du tout.

Les kilomètres défilent ainsi et mon redouté coup de mou à vélo vers 120-130km ne vient pas. À 150km je finis par laisser partir le groupe dans une des attaques du premier devant qui n’aime pas trop avoir sa cohorte de bébés canards dans la roue. Moins de trente kilomètres à tenir avant le marathon. Je ralentis presque malgré moi le tempo et me fais alors passer par une des premières femmes. S’il me semble me relever de mes barres un poil plus souvent maintenant, j’ai malgré tout bien passé ces 180km. Arrivé à heartbreak hill, je pense encore à prendre un gel au ravitaillement pour remplacer ceux perdus du début et m’élancer en forme sur le parcours pédestre.

Un marathon, ça ne peut pas être si dur ?

Frankfurt Run Start
Paqueter les gels pour la course.

Plus qu’un marathon ! Si ça continue comme ça, l’ironman c’est du gâteau. Mais je sais que ça ne va pas continuer comme ça tout du long. Les cuisses sont déjà bien entamées (me décidant même à la dernière minute de passer la jambe par devant pour descendre du vélo afin de ne pas avoir à la lever par-dessus la selle) et les réserves énergétiques aussi. Bien que les jambes sont lourdes, le moral est là et le chronomètre aussi. 25’ d’avance sur le plan sub-9, et un « c’est dur mais ça va » lancés aux accompagnants comme réponse vite faite. Mon idée, peut-être folle, est alors simple : ne jamais s’arrêter marcher et ainsi le marathon passera plus vite.

Un kilomètre, deux kilomètres, trois kilomètres, … il fait déjà chaud et la glace des ravitaillements suffit à peine à combler mes dépenses en chaleur. Un regard à la montre me dit que je suis trop lent, quoi ? 4'40/km pas possible. Bon je continue sur ce rythme, de toute façon je serre déjà les dents, plus vite ce serait impossible. Je ne m’en rendais pas forcément compte à ce moment-là mais il me faut profiter du parcours vide, des spectateurs entièrement à notre cause et des ravitaillements faciles à prendre. La foule des tours suivants les rendra nettement plus compliqués.

Frankfurt Run
Course à pied, "c'est dur mais ça va".

Passage sur les pavés de la sortie de la T2, nouveau regard à la montre, 42’ quelque chose. Oupsla, un peu emballé sur ce départ. Même si la vitesse instantanée est toujours fausse (la montre n’a en fait pas bien pris les GPS), je dois être dans les 4’00/km ou à peine plus, soit un marathon en 2h50. Sauf que je crains fort que ça ne va pas tenir. Heureusement, je vois beaucoup de monde du Rushteam et ça fait un bien fou. Vers 15km les difficultés apparaissent et il me faut alors parler à quelqu’un. Maman et Nadine m’encouragent si fort que je ne peux rien dire de plus qu'une grimace, ce sera donc David qui se prendra mes complaintes un peu plus tard sans pouvoir trop broncher. J’ai mal aux cuisses, fait trop chaud, j’ai envie de vomir, c’est dur, … Désolé David, je ne sais pas si ça t’a fait du bien mais il me fallait vider mon cœur et comme je ne courrais pas beaucoup plus vite, j’ai bien eu le temps de le faire.

Frankfurt Run
Dans le dur, voire très dur.

Deuxième tour, 1h31, soit 49’ pour ce tour et 7’ de perdues sur le premier. A ce rythme-là je perds encore un quart d’heure. Non plus même, parce que je ralentis. Quoique 1h31 fois 2, ça fait mes 3h. Mais avec mon style actuel, ça ne va pas jouer. Les calculs mentaux ne sont plus très aisés et y réfléchir me fera passer un ou deux kilomètres supplémentaires. Plus de regard à la montre depuis ce moment-là, je suis de toute façon plus lent que mon planning et plutôt en mode survie qu’en mode course. Dans le tour et demi suivant, tout passera : tuc, pomme, eau salée dans les yeux qui pique les lentilles, citron au sel, coca, iso, ainsi qu’un gel et une pâte de fruits que je transportais. J’ai dû laisser tomber également l’idée de ne pas marcher aux ravitaillements, mais au moins je cours entre chacun. Mine de rien, ça fait sa différence et petit à petit les kilomètres avance. Sur le dernier demi-tour j’aperçois avec plaisir Jean-Claude qui suit pas loin derrière (tandis que papa a dû lui déjà quitter la course). Il peut courir donc malgré son pied ! Allez, quelques grimaces de plus et la fin approche. Après avoir revu et dépasser la casquette en arrière d’un autre concurrent de ma catégorie, le dernier kilomètre me semble un sprint interminable avec un style plus que questionnable. Aucune idée si cela vaut la peine avec ce rolling start où je suis parti plutôt devant. Je n’aurais pas profité de la ligne autant que d’autres mais j’aurais donné ce que j’avais, pensais-je en regardant l’affichage qui passe les 9h00’40 avec une certaine déception.

Agitation post-course

Frankfurt Finish
Sprint de la ligne d'arrivée.

Arrêt de la montre personnelle, 8h51’ ; il ne me faut pas long pour comprendre alors que le temps était encore celui des pros. 8h50’42, temps officiel. Sub-9 largement atteint malgré un marathon en souffrance en 3h15. Youpie !

Des souvenirs bien mélangés et surtout des envies très contrastées après la course. D’abord, la charmante demoiselle au T-shirt vert pale qui me propose un tour chez les samaritains pour mes cloques lorsque j’enlève les chaussures avant de se raviser et m’amener plutôt manger et boire. Red-bull cola que je déguste assis dans une piscine d’eau froide. Enfin, déguste, plutôt me force à avaler une partie de cette pisse brunâtre ragoutante tout en toussant. On n’est pas bien là, je ressors voir papa, Jean-Claude, puis maman et Nadine. Pareil à la douche, où le regard désespéré échangé avec un autre concurrent, les deux à poil au milieu des escaliers, disait plus que tous les mots; et dire que j’apprécie l’eau chaude après avoir souffert des 32°C sur le marathon. Pareil au massage, où j’ai mal aux cuisses, mais demande de masser mon tendon d’Achille gauche. Pareil à la bouffe, où les wienerli du buffet semblent avoir du succès, mais moi je sors m’acheter un bretzel à une boulangerie de quartier. Dès que je m’arrête, je m’assieds ou me couche pour reposer les jambes. Malgré tout, je ne tiens pas en place ; aller chercher à manger ou boire, aller voir l’arrivée des autres, retrouver des supporters, chercher mon natel et répondre aux quantités de messages reçus, parfois il me faut une excuse pour bouger comme si cela ferait oublier les douleurs.

Leçons pour un ironman

Objectif sub-9 réussi pour Jean-Claude et moi, génial !

Frankfurt Podium Swim
Podium, en tant que meilleur nageur AG.

Pour moi en plus, la qualification pour Hawaii et les championnats du monde. Pour un premier ironman, quelle réussite ! Ironman sous les 9 heures, check. Premier sorti de l’eau, check. Deux fois appelés sur le podium le lendemain midi, check. Qualification pour Hawaii, check. Qu’est-ce qu’il reste à améliorer? Beaucoup, mais principalement gérer les envies d’aller toujours plus vite pour ne pas craquer sur la fin et courir un marathon avec une technique potable (j’ai vraiment l’impression d’avoir vécu un combat, pas une course à pied). Plein d’autres détails également, évitables avec un peu d'expérience, mais il faudra un peu de temps pour digérer tout ça. Tout comme pour faire un plan pour être en forme et remettre ça d’ici 3 mois.

Merci à tous ceux qui ont partagé cette formidable aventure, tous les copains d'entraînement, autres concurrents qui ont souffert avec nous, supporters, ou amis qui ont pensé à nous.

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1 commentaire
Que dire sinon que je reste bouche bée devant vos exploits les gars !!! Un grand BRAVO pour la qualif pour Hawaï et les championnats du monde ! Gardez le sourire et votre joie de courir, vous êtes au TOP !
par nibel64 le 25-08-2017 à 09:21


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IM Frankfurt

A longue épreuve, longue attente, et longue news (note: clic sur une image pour ouvrir en grand). Un Ironman nous attendait le dimanche 9 juillet, pour le jour de nos 25 ans, avec une belle délégation du Rushteam. 3.8km de natation nous faisant bien peu peur comparé aux 180km de vélo où la longueur et lassitude guettaient ainsi que le marathon final que la température et fatigue préalable allait rendre difficile.
Niveau préparation vous avez sûrement suivi les news précédentes: ie pour ma part une natation où j’ai rarement porté la néoprène, misé sur ma bonne glisse générale et pensé perdre un peu de temps sur mon potentiel pour sortir de l’eau en 55min et passer sous l’heure en comptant les deux changements. Un vélo avec beaucoup de sorties longues où j’ai souvent calé aux alentours des 100-120km et me suis donc forcé à manger beaucoup. Une course à pied marquée par deux incidents de prépa : une contracture à la cuisse en début mars ainsi qu’une fracture de fatigue “low-grade” à 8 semaines de l’iron qui m’a tenu loin des baskets pour bien 6 semaines…
Au total quelques 220km de natation, 4300km de vélo de course et presque 1000km de running derrière moi en approchant de la ligne de départ. Un volume rarement égalé, le fond est là, yapluka.

Frankfurt

Pasta d'accueil
Pasta d'accueil.
Si le stress était encore contenu avant la course, n’en reste pas moins que l’arrivée à Frankfurt change un peu la donne. Il faut prendre ses dossards, assister au briefing, aller à la pasta d’accueil, et ce faisant rencontrer tout ce monde venu soit pour vous voir soit pour courir contre vous. Je suis toujours pas sûr de la passer moi, cette fameuse ligne d’arrivée, avec mon maximum de 10km à pied, ce mardi, sur les deux derniers mois.
Plus on approche de l’heure fatidique et plus moi je me referme. Je tente de blaguer un peu pour détendre l’atmosphère, mais d’un côté qu’est-ce que je me réjouis du top départ et de pouvoir enfin montrer ce que je sais faire.
On va poser les vélos, qui passent pas sous les barres de rack, combien on gonfle nos boyaux?, et si on nageait un poil?, on peut rentrer se mettre à l’ombre?. Vivement les dernières pâtes, un morceau de gâteau sport maison, dont suivra un sommeil incertain et comblé de mauvais rêves de problèmes vélos.
Reconnaissance natation
Reconnaissance natation.

D-Day

Matin du 9 juillet
Matin du 9 juillet.
Matin de course, 3h45, l’hôtel Ibis Centrum bouillit déjà d’excitation. Au déjeuner c’est la file pour enfiler une tartine dans un estomac un peu serré, avec de petits yeux. Je me sens assez bien. On s’en va prendre des navettes surchargées, où je trouve une place assise, mais seul loin de Daniel, David, Kaizad et Judith qui semblent discuter. Oh mon dieu que le trajet est long, à regarder Frankfurt dormir et des milliers de triathlètes nerveux se diriger vers le Langener Waldsee. Un malaise dans le bus, il y fait très très chaud. Dehors la température est plus fraîche, un peu de rosée à recouvert nos selles de vélos, dont premier check, les boyaux tiennent toujours (ouf!). Trop de monde à la pompe, 9 bar du jour précédent suffiront donc.
Contrôle du sac de transition, où j’ajoute les lunettes oubliées la veille, et longue attente avec le groupe devant la zone de change, avant d’enfiler les néoprènes. L’eau est à 24.1C, soit juste en dessous du cut-off pour l’interdiction. Si nager sans m’aurait avantagé par rapport à des concurrents directs, nager avec me donne un poil de marge pour l’objectif sub9, et je suis plutôt venu ici avec l’idée de faire un temps qu’une place. Voir Joël et Hervé rassurés me donne aussi un petit sourir, le groupe Rushteam préférait overall la combi alors je vais pas me plaindre.
La joie de retrouver une supportrice quelques minutes avant le départ.
La joie de retrouver une supportrice quelques minutes avant le départ.
Je vais dans l’eau m’échauffer. Enfin soyons honnête, faire le pipi du stress à 10m du bord, vérifier que les épaules soient bien remontées et ressortir immédiatement. L’échauffement se fera au début de la natation, elle est suffisamment longue. Et là je perds tout le monde, navigue au hasard dans la foule, panique un peu de savoir quand rejoindre la ligne, me demande pourquoi je suis là, et si je battrais vraiment >95% des autres athlètes comme prévu. Je retrouve Estelle et le reste de nos supporters, quel plaisir de voir qu’on est pas seul. Ils auront une longue journée aussi, et ils font ça pour nous, s’agirait de pas les décevoir.
Nerfs tendus avant le départ.
Les nerfs tendus avant le départ.
Ligne de départ.
Ligne de départ.

Natation

Sur la ligne la tension est palpable, notamment au moment de l’hymne national allemand. Pas de fameux “final countdown” qui m’avait marqué lors du premier iron de papa, mais quelques musiques qui ont la bonté de faire monter les pulses malgré le peu d’échauffement.
Après les pros masculins, puis deux minutes plus tard les féminines, vient notre tour de s’élancer dans la gouille. Un roll-down start dont le concept me plaît assez peu, mais qui il faut le dire est bien organisé. Quelques pas de course, boum dans l’eau, et déjà dans les pieds de ceux de devant. Je dépasse par la gauche, Daniel par la droite, et après avoir contourné un groupe Daniel semble déjà loin. Moi je me retrouve avec deux autres nageurs, monstre ligne droite nous attendant, le kayak à ballon rouge pas bien loin devant. Mes acolytes semblent vouloir se taper la dispute, ça m’énerve un peu alors je laisse passer et me cale dans les pieds.
Premier demi-tour après bien 500m, rien à signaler ça s’est déjà fortement étiré.
Sur le retour j’ai l’impression que ça zigzague un peu, et prend donc ma direction pour sortir juste devant eux à l’australienne. Re-plouf et devant ils sont loin, pas la peine de s’énerver. Derrière on me tape des pieds, après quelques temps je laisse repasser, me dis que quitte à perdre quelques minutes c’est des forces qui me seront utiles plus tard dans l’après-midi.
Je m’efforce donc à glisser un maximum, me réjouis d’entendre les spectateurs à la sortie de l’eau. On remonte bien sur des pauvres pros sans combi qui se font déposer par les meilleurs AG.
Sortie de l'eau de Jean-Claude.
Sortie de l'eau de Jean-Claude.
Sortie de l'eau de Daniel.
Sortie de l'eau de Daniel.
En me relevant un coup d’oeil rapide à la montre me donne 50min47, joli! Course en montée dans le sable jusqu’à T1, petit passage dans la piscine gonflable pour enlever le sable, prendre le sac et courir jusque sous la tente. Tout s’enchaîne bien, alors qu’il me semblait devoir penser à mille choses la veille. La combi loin, le casque enfilé, les lunettes de soleil aussi, le dossard à la taille. La combi de retour dans le sac avec un poil de peine, et c’est parti direction le vélo. Je vois pas grand chose avec des lunettes pleines de buée mais ça passera en quelques mètres. Course en poussant le vélo filmée par une gopro d’un volontaire et hop c’est parti.

Vélo

Daniel à vélo
Daniel à vélo.
Une fois sur le vélo, et passé la sortie de forêt en mettant les chaussures et faisant attention aux racines, c’est sur une semi-autoroute vide à perte de vue que je me lance. Se mettre dans le rythme, sans trop forcer, en visant tout de même ses fameux 36-37km/h espérés. Puis je me dis qu’au fait rien ne sert de viser une vitesse, il vaut mieux y aller comme prévu au feeling, en checkant la puissance de temps en temps, et les kilomètres passeront bien comme il faut.
A l’approche de Frankfurt deux femmes pros me dépassent, puis ralentissent énormément devant des mini-virages (pourtant je suis pas spécialiste!). Ensuite elles se draftent semi-légalement (ie plutôt 7m que 12m), ce qui a le don de m’agacer. Un petit groupe avec deux-trois autres athlètes se forme, heureusement il explose dans The Beast. Une bosse qui m’a pas l’air d’en être vraiment une tellement elle passe vite et facilement, même si le compteur s’affole un peu avec quelques bouts au-delà des 350W. La descente est facile, mais je me fais reprendre quand même par 2 athlètes. Damn faudra que je progresse, mais aujourd’hui ça sera repos et sans agitation. Hühneberg suit peu après le passage pavé de The Hell, qui secoue bien. La bosse est à nouveau bien rodée chez moi, les jambes ont du répondant. Dans la descente je suis moins à l’aise et regrette un peu de sortir des barres une fois. Sur le plat derrière premier check, je suis bien, 250W de moyenne, la vitesse est ok voire un poil plus vite que prévu. Premières cloques sur l’intérieur de la cheville, bizarre mais pas plus gênant que tant.
Daniel en descente vélo
Daniel en descente vélo.
Km 57 les choses changent drastiquement lorsqu’un groupe de 6 athlètes dont 2 pros masculins me reprend et peine à me dépasser. Mike Schifferle reste même derrière moi pendant un bon bout. On passe le demi-tour et entame la rentrée sur Frankfurt. Ça roule vite mais j’aimerai bien rester avec, d’autant qu’il y en a deux de mon age group. Je trouve bizarre que ça roule mal en montée, fort sur les faux-plats et relances. En descente alors que je tire derrière en laissant la distance certains les font en roue-libre à 5m de celui de devant. Pas très réglo tout ça. Très peu d’arbitres, qui en plus ne disent absolument rien quand ils nous dépassent.
Ça va trop vite, je le sens ensuite, mais quelque part je voudrais bien ne rien lâcher. Km95 la bosse finale de HeartBreak Hill arrive, elle semble plus une petite rampe gentille avec élan qu’autre chose, mais ça fait du bien de voir du monde au bord d’un parcours quasi-désert. Le groupe se défait un peu, ça attaque dans la descente, comme s’ils continuaient leur jeu de se lâcher si possible et de rouler tranquille sinon. Moi j’en ai assez, puis fait l’erreur au pied de la bosse de tenter quelques kilomètres rapides pour revenir, les voyant pas si loin devant se reformer autour de Daniel, mais sans succès. Ça sera tout de même presque 40 bornes à 270W de moyenne, soit trop. Je souffre alors, décide de ralentir le tempo, de bien manger, de m’asperger à tous les ravitos, de boire plus que prévu, et de rouler posé sans efforts autour des 220W. J’aurai peut-être mieux fait de rester à 250 tout du long, mais dans l’adrénaline de la course je me suis laissé emporter. S’agit maintenant de contenir ses efforts, de préparer le marathon.
Daniel relax à vélo
Daniel relax à vélo.
Les kilomètres défilent toujours, c’est une bonne chose. J’ai un peu peur de ne plus passer sous les 5h, mais c’était juste une erreur de calcul mental. Revenir sur HeartBreak Hill me fait du bien, ça permet de se dire que c’est tout de suite fini. Je me suis un peu déçu dans les descentes à ne pas être le plus aéro et perdre du temps pour rien, mais sinon apprécie énormément un parcours facile et rapide, et trouve bien gérer le passage de moins bien. Tellement bien géré même que je retrouve des forces sur la fin, et me réjouis de revenir sur T2. 4h46 de route, quelques minutes de grappillées sur le planning.
Jean-Claude à vélo
Jean-Claude à vélo.

Marathon

Jean-Claude à pied
Jean-Claude à pied.
C’est pas juste une course qui nous attend ensuite, mais bel et bien un marathon. Si depuis Lucerne j’en ai plus trop peur, il faut dire que je n’avais toujours pas la certitude de le finir en enfilant chaussures, visière et gels dans la poche. Je me suis assis malgré mes dires d’avant course, et ai dépassé déjà trois concurrents sous la tente (ils faisaient un brushing?).
Jean-Claude passant devant les supporters
Jean-Claude passant devant les supporters.
En partant zut oublié d’enlever les lunettes. Bon ben tant pis elles resteront sur le nez jusqu’à l’arrivée. Je me sens bien, sauf que j’attaque un peu plus du talon que prévu. A la montre ça va trop vite, sous les 4min par kilomètre. Ralentir ! Ou plutôt l’inverse 3’50, stop ! J’entrevois Daniel devant, je cours toujours trop vite en reprenant des concurrents. Arriverais-je à ralentir ?
Daniel entamant une nouvelle boucle
Daniel entamant une nouvelle boucle.
La blessure au tibia me vaut quelques frayeurs rapides à 5km, avant de disparaître complètement. Les kilomètres défilent, je suis parti pour 8h30 à ce rythme. Je ralentis finalement pour me mettre au rythme de 3h au marathon. A chaque ravito c’est pareil, tout en courant, eau, iso, eau, glace ou éponges. Premier tour bouclé rapidement en 43min, le deuxième sera similaire mais plus contenu. Je me réjouis du nombre de supporters le long du chemin, regrette les 32C du soleil qui commencent à taper fortement sur le système, et le nombre de concurrents qui commence à augmenter et rendre le passage aux ravitos sans freiner plus difficile.
Jean-Claude arrivant dans le dur à pied
Jean-Claude arrivant dans le dur à pied.
Peut-être que ne rien manger de solide était au final une erreur ? Dur à dire, mais en tout cas le ventre avait de la peine à prendre les gels sur ce marathon, et je vais le payer cher à partir du km 23. Peu après le passage au semi en 1h28 et des poussières, je commence à marcher aux ravitos pour essayer de retarder l’arrivée du “bonk”. Un peu de coca en plus, de l’eau salée. Footing entre ravitos et marche pendant sera ensuite mon régime. Cette ligne d’arrivée s’approche désormais de plus en plus gentiment. Je vois ma montre passer au-dessus des 5min/km, et arrête donc de la surveiller. Désormais c’est de la survie, je mange tout ce qui traîne sur les tables, mais toujours pas mes gels. Sauf un, le dégueulasse orange reçu à Nyon l’année passée. Celui qui était avec moi à vélo pour changer le goût si jamais je suis dans un trou. Et voilà que subitement il est bon. Je mettrai ma main dans un assiette de sel, mangerai un bout de bananes, des bretzels salé, un tuc, deux bouts de citron au sel (sans tequila), tenterai le redbull mais le recracherai juste à côté d’une bénévole qui a la bonté d’en rire. Coca à tous les ravitos, marche à tous mais jamais entre deux.
Jean-Claude et des supportrices
Jean-Claude et des supportrices.
Dieu sait ce que ces tours sont longs, et qu’on se réjouit d’y rencontrer la foule de supporters rushtistes. Parfois je souris, parfois je tire la langue, souvent je pense à dire merci mais n’ai pas la force de formuler le moindre mot. C’est un combat que ces derniers kilomètres, il faut aller les chercher ces chouchous colorés au fin fond de la boucle le long du Main.
Daniel expressif à pied
Daniel expressif à pied.

Arrivée

Jean-Claude approchant l'arrivée
Jean-Claude approchant l'arrivée.
Et puis voilà. Km 40 je réalise que ça va le faire, en sortant du dernier grand ravito. Un coup d’oeil furtif à la montre me laisse le temps d’y arriver à condition de faire du 6min/km… Laaarge ! Je retrottine de plus en plus vite, me semble enfin repasser du monde. Continue à encourager les quelques rushtistes croisés le long du passage. Bifurcation sur la droite, lunettes enfin sur le front, combi refermée, bras écartés pour taper dans le plus de mains possible. Pas de “You are an Ironman”, mais je le suis bel et bien. Sub9 ! Dire que je pensais ne pas finir il y a de ça 10 jours. 8 heures 56 minutes et quelques poussières après s’être élancé dans l’eau, un marathon juste juste sous les 3h15 (mon premier objectif en s’inscrivant une année plus tôt, avant de le revoir à la hausse pour 3h00).
Daniel sprintant le road-to-Kona S
Daniel sprintant le road-to-Kona S.
Jean-Claude profitant de l'arrivée
Jean-Claude profitant de l'arrivée.
Je suis effondré par terre quelques mètres derrière la ligne quand ma bénévole me demande s’il faut un médecin. Plutôt du sucre oui. Elle reviendra peu après avec de l’eau et des éponges… Merci mais ça me déçoit. Il faut se relever, marcher, retrouver papa et Daniel au bord du stand coca, tremper les pieds dans un piscine froide. Je commence à grelotter malgré la chaleur accablante. Alors c’est passage à la douche, qui pour une raison que j’ignore se trouve au sommet de 5 marches d’escaliers. Quelle idée ! J’y reste bien 10min, pour me réchauffer à bout de forces (confirmant ma théorie d’entraînements que plus l’effort est difficile plus la douche doit être chaude derrière).

Post-iron

Supporter les copains
Supporter les copains.
La journée est loin d’être finie, entre massage, radler qui me laisse mal à la tête, wienerlis succulentes, retrouver les supporters, re- manger, regarder les arrivées des copains, retrouver les affaires, rentrer à l’hôtel, manger et enfin se poser sur le lit vers 1h le lendemain matin. Pour ne pas dormir, trop excité de la journée qui vient de s’écouler. Je rate la place pour Hawaii d’un slot, Daniel ira donc seul de son côté. Le pied refait un peu mal, les cuisses sont lourdes pour 4-5 jours, mon “rest heart rate” approche les 70bpm.
De cet iron j’en garderai plein de souvenirs magiques, j’ai adoré le vélo où j’avais si peur de craquer, fait un temps au-delà de mes espérances en nageant avec des sensations moyennes, et bien explosé à pied où sans la blessure j’aurai été super confiant mais avec je me demandais si je finirai ou non la course. Comme on me l’a dit dans la préparation, à l’ironman il faut “expect the unexpected, and be prepared to be surprised”. Que des marines aient inventé le sport ne m’étonne pas, on a tous eu un moment où on en chie, mais quelque part on apprécie ça et on en redemande.
Il y aura beaucoup à analyser je pense, où gagner sur l’aérodynamisme vélo, comment retenir la leçon de patience que j’ai apprise alors, combien la charge d’entraînement à long terme importe bien plus que les deux derniers mois sont les premiers qui me viennent à l’esprit. Je m’y chargerai une fois la tête reposée, comme de placer les prochaines échéances d’une saison sûrement pas encore finie.
Mais tout d’abord, un grand bravo à tous ceux qui ont couru aussi, un énorme merci à ceux qui sont venus encourager et nous on porté le long du parcours orangé, et enfin mille remerciements à ceux qui ont écrit, regardé, pensé, félicité, traité ma blessure, redonné confiance, conseillé sur la course ou les entraînements, partagé un bout de ce chemin, aidé à la récupération, et toutes ces bonnes raisons pour lesquelles je suis fier d’avoir souffert physiquement comme jamais auparavant le jour de mes 25 ans...
Daniel meilleur nageur AG
Daniel meilleur nageur AG.
Buffet de podiums
Buffet de podiums.
Daniel prenant le slot pour Hawaii
Daniel prenant le slot pour Hawaii.
La banderole Rushteam
La banderole Rushteam.
Carboloading
Carboloading.
Banderoles de supporters.
Banderoles de supporters.
La fatigue s'accumule en fin de journée...
La fatigue s'accumule en fin de journée...



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Short distance Zug

Lundi il y a deux semaines, soit un jour après ma victoire au longue distance de Doussard, je me suis inscrit pour le short (hum, Tri Experience que ça s'appelle apparemment dans leur rebranding du circuit) de Zug. Pas un gros objectif pour moi, mais l'envie de le prendre comme un bon exercice de contre-la-montre sur 40km à vélo sans être forcé de trop courir derrière ou avoir trop de pression et me sentir obliger de baisser la quantité d'entraînement la semaine précédant la course.

Le matin, papa, maman et Jean-Claude partent aux aurores à vélo pour rejoindre Zug depuis notre appartement de Zürich tandis que moi je prends la voiture sur une autoroute déserte pour arriver sur place quelque peu trop tôt (ie, les arbitres sont encore aux croissants). J'ai au moins le temps de poser gentiment mes affaires et causer un peu avec Stefano, couroter avec Colin, ou saluer les autres que je connais ici et là. Contrairement à Doussard, je prends plus le temps de m'échauffer et nage un peu plus avant le départ. S'il me faut 500m à me mettre dans le rythme, la partie natation sera déjà finie sur un triathlon si court...

Premier de l'eau... quatrième sur le vélo

J'essaie de faire un départ natation relativement rapide mais me fais un peu chambouler par deux concurrents à ma droite qui visent la mauvaise bouée. Je dois donc passer sur le dos du deuxième avant de pouvoir remettre du rythme et rejoindre un petit groupe qui semble mener alors. Peu après je me retrouve à l'avant de ce groupe et ai de bonnes sensations, le canoë à vue de nez chaque fois que je lève la tête. Je nage pour moi peu m'importe qui suit ou ne suit pas. Bientôt cette fameuse bouée déjà, un peu plus qu'un quart de tour à droite et direction la sortie (avec un petit détour au passage, ne la voyant pas bien avec le soleil en face). Extirpé de l'eau, je me dirige vers mon vélo pour prendre mes affaires et enfourcher ma bécane.

Même si je réussis mieux ma transition que la dernière fois, ce n'est toujours pas brillant par rapport à mon expérience et je me fais dépasser par mon petit groupe de poursuivant dans la T1. Je monte toutefois sur mon vélo tranquillement et prends les pavés pour sortir de la vieille ville avec douceur.

Lancer la machine sans penser à la suite

Une fois sur la route, je bois une petite goutte et commence à enfiler mes chaussures. Rapidement je reprends un des trois autres, puis le deuxième. Pourtant en sur-régime, il me faudra malgré tout plus de 5km avant de dépasser le jeune Tahlmann qui envoie du lourd sur les cocottes de son vélo de route (tandis que moi j'essaie de m'appliquer et me faire tout petit en position sur mes barres). S'en suit une longue partie seul à suivre la moto ouvreuse et regarder le compteur de watts pour me motiver à envoyer toujours plus. Je me suis dit que si j'arrivais cuit en fin de vélo, ça ne ferait que m'exercer pour Francfort, et ainsi je verrai premièrement combien je tiens à vélo en partant fort et deuxièmement les sensations de courir sur des jambes détruites. Seules règles: quitter le moins possibles les barres et beaucoup boire.

2017 Zug: bike
40km en position: but principal de mon triathlon aujourd'hui

Ainsi, les kilomètres défilent à un rythme d'environ 40km/h autour de ce lac de Zug tout plat. Il me semble être suivi encore vers la moitié du parcours sans être sûr s'il s'agit de mon poursuivant ou du cycliste qui s'est lancé sur la route au carrefour précédent. Je ne sais pas trop qu'en penser, j'ai certes diminué un peu le rythme après avoir eu limite le souffle court à 10km mais les sensations sont toujours bonnes et je continue de bien avancer. Ne pas trop y penser est alors la bonne solution, je suis là pour moi et me faire plaisir à vélo alors je continue à regarder la moto de tête et mon compteur et foncer sur la zone de change.

Et maintenant la course

2017 Zug: run
Départ à pied en tête

Descente du vélo tranquille pour ne pas répéter la chute d'il y a deux ans sur les pavés (j'ai réussi à choper un orteil bleu malgré tout... doit quand même y avoir un petit truc qui dépasse!). Passage à ma place en cherchant la moindre mon numéro, enfiler les chaussures et attraper la casquette comme à l'iron et los. C'est maintenant qu'on va voir ce qu'il reste. Et bien, étonnemment, plus que je ne pensais. Je m'efforce à garder le plus joli style possible aux sensations et à ne pas trop regarder la montre. Les sensations sont bonnes et les cinq kilomètres sont avalés à vue d'oeil. Peut-être pas mon meilleur temps sur la distance, et honnêtement je ne sais pas trop combien j'ai mis à cet instant, mais une chose est sûre je me suis senti bien tout du long, ce qui ne peut que me donner confiance pour Francfort... même si la distance sera quelque peu plus longue d'ici là.

2017 Zug: finish
Finish! Content de la victoire mais surtout des sensations.

Rendez-vous dans trois semaines (ew! ça approche sérieusement maintenant).



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Half-iron de Doussard

Half en France : bientôt une tradition ?

Ces dernières années, un half en France au mois de juin ou au mois de juillet a souvent été au programme du Rushteam ; même si pour être plus correct je devrais dire que nous nous joignons à ces sorties longues depuis quelques années maintenant mais qu’elles sont au programme depuis bien plus longtemps quand je vois Philip ressortir des posts-conseils de 2003 sur le forum. Toujours la routine ? Oui et non. Si les derniers se ressemblent sur certains points et la tactique générale utilisée, la préparation et les objectifs ont souvent étés différents. Il y a quatre ans à Troyes, il s’agissait de notre premier semi pour une expérience sur la longueur et la souffrance lorsque les kilomètres ne sont pas dans les jambes et que celles-ci ne répondent par conséquent plus après le vélo. Depuis là, la préparation s’est améliorée et les longs vélos sont devenus plus réguliers. Même si cela reste mon point faible, mon niveau s’améliore et cela se ressent très fortement sur le résultat final. Un meilleur vélo premièrement mais surtout la possibilité de courir comme une fusée droit derrière. Ça commence par Belfort en 2015 qui était mon objectif cette année-là. Une victoire surprise pour moi, jamais repris de la natation jusqu’à l’arrivée. Belle progression depuis Troyes et ce très rapidement. Viens alors l’idée d’enchaîner, un objectif sur un 70.3 « officiel » à Rappi suivi de la sortie club à Dijon. Si les deux s’achèvent sur la victoire, celle de Dijon s’est trouvée être bien plus difficile sur le vélo avec des sensations plus que moyennes. Ce sera finalement la course à pied qui me sauvera. Moi qui ai commencé avec Troyes par du 5:00/km de moyenne sur le semi me réjouis de voir que je peux tenir du 3:45/km pour refaire mon écart et reprendre la tête avant l’arrivée. Cette année, le half a encore plus un goût de préparation et de test toutefois en vue d’un objectif plus long encore : l’ironman de Francfort.

Préparation et sensations

Si pour moi la préparation se passe bien et que mes sensations de ces dernières semaines (voire mois) sont au mieux, on ne peut pas en dire autant de Jean-Claude ou papa. Les deux sont au bord de la blessure et ça me tiraille et déçois malgré tout aussi. Ce qui est beau dans la préparation d’un événement comme celui-là est avant tout de le faire ensemble et de voir chacun y arriver. Malheureusement, nous en avons tous fait beaucoup pour être le plus possible prêts afin d'atteindre notre but de temps fixé et parfois la limite entre beaucoup et trop est dure à jauger correctement ; avec ou sans signes avant-coureurs. Je suis content pour ma part de ne rien avoir eu de trop sérieux ou grave depuis un moment et de pouvoir ainsi tenir une bonne charge d’entraînement qui signifie une bonne forme générale. Mais je sais qu’il me faut faire attention également.

Quant à la course en elle-même, elle ressemble pour moi beaucoup à Dijon. Pas tellement de pression parce que pas un gros objectif et par conséquent pas une grosse préparation spécifique – du point de vue de repérer le parcours, on s’entend, les kilomètres et les enchaînements je les ai. Et la tactique est sue, vue, éprouvée : faire un trou en natation, prendre les 10km plus ou moins plats au début du vélo pour manger un truc et se mettre gentiment dans le rythme, bien tirer ensuite sur une grosse heure (ie dans ce cas la montée), ensuite essayer de ne pas trop subir de coup de mou et voir comment ça se passe niveau pelotons qui reviennent, puis finalement faire une grosse course à pied comme je sais que j’en suis capable. Si les copains me disent que je suis favori et que le speaker a tort de ne pas me connaître, au final je m’en fous – ou c’est même mieux ainsi. L’important est de se rassurer pour Francfort ; la pression je peux la laisser aux athlètes tricolores.

Tasse de thé ou boire la tasse ?

La natation, tasse de thé pour Jean-Claude et moi en général, a été un peu délaissée dans notre programme de cette année. Un ironman doit à peine savoir flotter en néoprène me suis-je entêté à répéter à Jean-Claude. Les quelques minutes que nous pouvons encore gagner sur la discipline nous demanderaient beaucoup plus d’investissement que le retour en comparaison de la progression qu’il nous reste à faire à vélo. Ainsi, je regrette un peu cette mentalité de fleur au fusil lorsque, pour ma première natation avec combinaison de l’année, les bras me semblent lourds et non-réactifs sur les premiers hectomètres dans le lac. Goups, un peu de sérieux, on se reprend. Je croise et dépasse Jean-Claude vers 400m en chemin vers la première bouée et en chasse-patate d’un échappé déjà relativement loin devant. Heureusement les sensations reviennent gentiment et je peux gentiment accélérer la cadence des bras. Au virage à droite, je suis déjà dans ses pieds et peu après je peux même prendre la tête et mener à mon rythme. Logiquement l’écart sur le deuxième n’est pas grand à la sortie mais au moins les sensations étaient bonnes sur toute la deuxième moitié.

Transition rapide jusqu’à enlever le haut de la combinaison avant de merder un peu sur le bas et sur l’attache du casque. Il me faut également faire très attention en poussant le vélo dans la boue du parc de change détrempé par la pluie ainsi qu’en montant sur le vélo. Filmé en continu que je suis par le cameraman officiel, je n’ai de loin pas fait ma meilleure transition. Pas si grave pour du long, il faut juste rapidement se remettre de ces premiers faux-pas pour rentrer enfin dans la compétition.

2017 Doussard - T1
Sortie de T1 vigilante

Excellentes jambes

Je me mets donc rapidement dans le rythme et « envoie les watts », souvent fixé sur mon capteur de puissance qui me dit que je suis un peu fou et vais finir cramé. Le cerveau n’en fait toutefois qu’à sa tête et se dit que si je mange mon gel au kilomètre 6 au plus tard tout ira bien. Ensuite, ça monte, monte encore un peu plus, et monte encore. Petite descente pour rejoindre un vallon, où je comprends déjà que certaines parties seront difficiles (pour ne pas dire dangereuses) à se frayer un chemin entre les voitures et négocier des virages parfois serrés sur des routes mouillées et un parcours inconnu. Toutefois, je garde un bon tempo et il me semble maitriser tous les passages même techniques. A force de rouler beaucoup plus en contre-la-montre, j’ai confiance et ça se ressent sur ma façon de mener les segments à haute vitesse. Après une partie plus ou moins plate, le parcours se remet à monter encore et toujours. Je pense à la description du speaker et notamment aux « bosselettes, pas des cols alpins ». Heureusement, qu’est-ce que ça aurait été sinon !?

A 35km arrive enfin le sommet et, après un petit bout dans la descente derrière, son demi-tour. L’occasion de voir que 3-4 concurrents ne sont pas loin derrière et que je risque de commencer à voir du monde bientôt. L’avantage est que je vois aussi les autres du club et ils sont nombreux à me dire un mot en passant. Pas vu Jean-Claude par contre, et ça c’est plutôt mauvais signe pour lui.

A ma surprise, je tiens encore toute la descente, la traversée du village et un bout de plat en tête avant que ce qui devait arriver arrive : un groupe de trois qui me passe ensemble ; pas de quoi dire qu’ils draftent mais ils roulent visiblement ensemble. Alors que d’habitude je laissais partir ce genre de groupe, j’essaie cette fois-ci de m’accrocher tant bien que mal – et ça fait plutôt mal. J’ai mangé un bout de barre juste avant et bien augmenté l’effort mais je ne tiens tête qu’au troisième qui est en train de laisser filer devant. Ensuite c’est même à mon tour de perdre petit à petit du terrain en partant en direction du deuxième demi-tour. Je me force alors à manger mon autre barre ; je n’en ai pas très envie mais je m’étais mis en tête de manger plus de solide en prévision de l’ironman et il faut parfois respecter le plan. La victoire est perdue ? Peut-être pas au vu de l’expérience à Dijon mais peut-être bien quand même vu l’écart qui doit être important et mon rythme qui a sensiblement baissé. Je n’aperçois d’ailleurs plus personne même sur les longues lignes droites du retour. Allez ! plus qu’à tenir ce bord de lac et ensuite je pourrais poser ce vélo ; c’est mon unique motivation du moment.

Course d’enfer

2017 Doussard - càp
Départ càp (© Vagnotti Bruno)
2017 Doussard - càp
Départ càp (© Vagnotti Bruno)

A Dijon j’avais vu combien il est important de revenir vite sur la tête pour jouer la gagne et j’ai bien l’intention de retenter l’expérience en arrivant en zone de change. Quitte à exploser s’il le faut, ça m’apprendra à courir sous la fatigue comme en fin d’ironman me dis-je alors. Ni une ni deux, je pose le vélo, enfile les chaussures, visse ma visière sur le front, et embarque deux gels pour les 18km restants. Zick-zack, même moi je n’ai pas vu cette transition passer que j’enchaîne déjà une belle foulée. Les sensations sont là, alors on y va !

Le premier bout est un peu difficile avec l’herbe et le gravier, tout comme de voir les deux autres concurrents bien loin devant mais je sais par Jean-Claude et maman n’avoir que 2’30 de retard et que cela est rattrapable. Au panneau des 3 kilomètres, un petit coup d’œil à la montre me donne 10’20. Je l’ai démarrée un peu tard mais ma sensation d’aller vite se confirme au chrono. La distance sur la tête fond également à vue d’œil et me conforte dans mon idée de continuer sur un rythme presque suicidaire. Le parcours monte alors un peu en bord d’une petite rivière et je profite d’un ravitaillement pour manger mon premier gel. J’ai déjà repris une place alors et peu après le début de la descente, j’ai le contact visuel continu avec le vélo de tête. Pour le moral c'est excellent, elle sera à moi cette tête. Mentalement déjà maintenant et en pratique à partir du kilomètre 7. Pas le moment pour moi de baisser le rythme pour autant, je tiens jusqu’où ça ira comme ça et on avisera ensuite.

2017 Doussard - càp
Passage au kilomètre 9, déjà bien entamé mais en tête.

Je croise alors Jean-Claude au kilomètre 9 et sais que l’écart sur mes poursuivants est déjà important. La victoire ne devrait plus m’échapper même si je ne tiendrais pas la même ferveur jusqu’au bout. Les nombreux rushtistes que je vois sur ma deuxième boucle m’encourage alors et je tâche de faire pareil même si parfois avec moins d’entrain. Au passage du panneau 10km, la montre indique 35’30. Fou ? oui – et pourtant, mes muscles l'encaissent encore pas si mal. Je dois certes ralentir le rythme sur la fin mais je tiens un bon 3’40/km de moyenne en général et c’est très réjouissant.

2017 Doussard - càp
Finish(© Vagnotti Bruno)
2017 Doussard - càp
Finish(© Vagnotti Bruno)

Une belle course par conséquent et un test de forme plus que réussi. Reste à bien gérer les dernières semaines avant Francfort – et tenir les pousses pour que tout se passe bien d’ici là comme le jour J.

2017 Doussard - càp
Podium, un peu petit mais avec le sourire... (© Vagnotti Bruno)



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