Daniel & Jean-Claude Besse

Natation Vélo Course

Ironman Zürich en PRO

Après une grosse première année sur distance ironman complète et le sub-9 atteint à Francfort ainsi qu'une place d'honneur sur la tribune à Hawaii, il est difficile d'augmenter les objectifs... Quoique ? Pourquoi pas essayer en pro ? nous sommes-nous lancé comme défi avec Jean-Claude. Loin de la réalité des professionnels qui font ça comme job, l'idée est de courir contre eux en partant en même temps dans les mêmes conditions et voir ce que cela peut bien donner. L'objectif est donc toujours sous les 9h, avec cette impression bizarre qu'il faut expliquer sans cesse à tout le monde qu'il sera plus difficile à atteindre que l'année dernière de part un parcours vélo plus bosselé et une natation probablement sans combinaison néoprène.

La préparation se passe néanmoins plutôt bien. Devoir faire la dernière semaine menant à la course en cours de répétition ne me réjouit pas spécialement, mais je n'ai malgré tout pas le stress d'avant Francfort et arrive relativement confiant en mes capacités à finir comme il faut cette journée de sport (non pas la marche interminable de lenteur dont tous les soldats se sont plaints au militaire, je parle bien de ma journée de sport). En plus, dans la tête c'est une équation facile, <9h = <1h (nat+2xtransition) + <5h (vélo) + <3h (càp), et dans l'exécution ça devrait aller de facile à modeste à ambitieux.

Comme un poisson dans l'eau

IM Switzerland 2018 - swim start
Line-up PRO.

Si on me demande ce que je préfère sur un ironman, c'est sans aucun doute la natation. Se lever à 4h pour s'enfiler des tartines de miel et un müseli, bof, bof. Mais une petite heure dans une eau tiède pour mettre en route la machine, là je dis oui. Vu le nombre restreint de pros sur la ligne de départ, il n'y a même pas de crainte de bousculade. Je me mets tranquille en deuxième ligne, m'attendant à dépasser quelques-uns des plus stressés devant. Ça ne manque pas, je reste debout un peu plus longtemps en marchant plutôt que de nager et il me semble déjà trouver une bonne paire de pieds. Suivre les bulles sans réfléchir est l'objectif. Le rythme est bon, sans forcer mais sans être trop lent pour que je ne veuille passer devant. Les bouées s'enchainent et le canoë meneur d'allure ne semble pas s'éloigner. Peu à peu je comprends que je suis en queue du groupe de tête, easy peasy, la journée commence bien. Mis à part 50m après la troisième bouée où mon pilote décide de laisser partir le groupe et je fais l'effort pour combler, toute la natation se passe dans un calme et une platitude presque anormaux.

IM Switzerland 2018 - swim start
Départ PRO.
IM Switzerland 2018 - bike J-C
Jean-Claude en montant sur le vélo.

Sortie de l'eau direction les sacs de T1 dans les pieds de Jan Van Berkel et autres Sven Riederer, petit coup d'œil à la montre qui indique 50' et pas grand-chose. Bon ben, ça c'est fait, et avec déjà 3 minutes de gagnées.

Des avions

IM Switzerland 2018 - bike D IM Switzerland 2018 - bike J-C IM Switzerland 2018 - bike D IM Switzerland 2018 - bike J-C
Heartbreakhill.

Pas de stress à la transition, je laisse partir ces avions de chasse qui m'accompagne. J'ai le niveau d'un pro ironman sur natation (est-ce un compliment?) mais certainement pas celui d'un über-biker. Selon les estimations à Jean-Claude, on devrait tenir les 250W moyens. Moi je crois plutôt à 260-265W, mais qu'importe, les brutes s'envolent même lorsque je suis au-dessus de 280W. Qu'importe, ça roule sur ce bord de lac et je tiens la forme, tout comme la moyenne qui oscille très peu entre 40 et 41km/h. Je m'envoie mes premiers gels et pousse allégrement sur les pédales. Je suis décidé dans la tête à suivre plus strictement que par le passé mon plan nutrition. Malheureusement, j'aurais dû être tout aussi consciencieux sur le plan puissance. Je me laisse emporter dans ma furie, dans le rythme des 300+W des Cameron Wurf ou Philip Koutny qui me dépassent en force, et à faire du pied de The Beast jusqu'à la descente de Küsnacht avec le groupe à Ronnie Schildknecht. Dans la descente et à la relance derrière, je me fais lâcher par le groupe quand bien même le compteur aura dépassé les 85km/h sur la partie raide interdite aux barres. Pas trop grave, même seul mon rythme est bon. Je regrette toutefois voir le groupe de tête drafter clairement à moins de 12m les uns des autres lorsque je les croise le long de Mythenquai. Je passe malgré tout Heartbreakhill avec le sourire et m'élance sur le deuxième tour après 2h20, soit une belle marge sur mon programme.

IM Switzerland 2018 - bike D IM Switzerland 2018 - bike J-C
Mythenquai.

L'expérience dicterait en général de conserver ses forces sur un ironman quand tout va bien plutôt que de forcer le rythme. Seul au monde sur ce deuxième tour, je commence à regarder le compteur plus régulièrement et avec des débuts de doutes. 100km parfaits, trop parfaits. 275W moyens, 275W qui sont pourtant désormais impossibles à tenir. Mais où sont passées mes jambes ? Cela résumera la grande majorité du deuxième tour, après 3h à 275W j'ai toutes les peines du monde à tenir les 220-230W et fais des grimaces à toutes les personnes que je connais au bord du parcours. Mes seules consolations sont les personnes que je dépasse et qui poussent leur vélo sur The Beast (sachant tout ce qu'il leur reste à faire, sans compter le deuxième tour) ou le fait de savoir que je peux perdre un gros quart d'heure sur mon tour et toujours être dans le plan.

Objectif sub-9 : possible, ambitieux, raté

IM Switzerland 2018 - Run D IM Switzerland 2018 - Run J-C
Course à pied dans le dur.

À la fin, mes 13 minutes je les aurai perdues. Malheureusement de précieuses forces aussi. L'objectif de 9h est toujours possible, mais il faut pour cela réussir la partie la plus optimiste de toute, soit un marathon en 3h sous cette chaleur et avec l'énergie restante. Je me force donc à partir trop tranquille sur le premier kilomètre, à manger ma gaufre et boire mon isostar tranquillement. La montre indique 4'40 alors qu'il me faut tenir du 4'16/km. Qu'importe, maintenant que je suis lancé, je peux prendre gentiment le bon rythme. Il ne me faudra pas beaucoup de temps pour que ce soit chose faite, bien que les sensations ne soient pas là. J'ai le mauvais pressentiment que je ne tiendrai pas 42km à ce rythme. Je boucle pourtant le premier tour en 45'40, soit à peine trop lent. Le style n'y est certainement pas, et si on dit que la course ne doit commencer qu'à partir du semi, la mienne est en route depuis un moment. Suite à une mauvaise manipulation de la montre (arrêt plutôt que lap en fin de premier tour), je ne sais pas exactement mon temps au deuxième tour, mais mes calculs rapides me disent que je perds gentiment du terrain. Pas trop trop grave par rapport au terrain que je perdrai par la suite dans le troisième tour, ou, pire encore, dans le quatrième où je sers les dents pour continuer à courir. Les encouragements des nombreux supporters ne suffiront pas pour me faire tenir le rythme nécessaire. Les 3h sont loin depuis longtemps et avec 10km restants je comprends que les 9h le sont également. Je m'interdis de marcher entre les ravitaillements. Ainsi, je ne m'arrête « que » 4 fois dans ce dernier tour pour du coca (contre aucune pause marche jusque-là). Quant à ma course, c'est plus pour la forme, me sentant dandiner, piétiner et regarder par terre.

Content mais juste pas complétement satisfait

IM Switzerland 2018 - Finish D
Enfin fini!

Au final, je franchis la ligne après un peu plus de 9h (j'ai longtemps cru en 9h03, alors que mon temps est de 9h04'31), les bras levés, content malgré tout de ma performance. 14e pro et 15e overall, c'est un beau résultat et une belle confirmation de ce que je pensais pouvoir faire. Avoir voulu jouer dans la cour des pros et me battre contre eux sur 100km de vélo m'a certainement coûté ce sub-9 qui m'aurait entièrement satisfait et ce détail me laisse un goût amer. À la longue, cela restera sûrement un détail ou une leçon apprise. Après combien de temps, ou quelle autre expérience sur la distance (et quand ?) restent des questions qui obtiendront réponse ces prochains jours durant la phase de récupération. Pour l'instant, il s'agit de récupérer des jambes et des muscles potables, et remercier naturellement les nombreux supporters tout au long du parcours. Courir à Zürich a vraiment été formidable de ce point de vue-là, comme si tout le monde nous connaissait et nous encourageait. Et je le remarque, même quand je ferme les yeux, regarde par terre et sers les dents pour avancer !

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1 commentaire
Bravo, grosse course!
par Josué le 07-08-2018 à 10:54


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