Daniel & Jean-Claude Besse

Natation Vélo Course

Kona 2017

Objectif Kona

Notre programme (masterplan) avec Jean-Claude pour 2017 était bien clair jusqu’à notre 25e anniversaire le jour de Francfort. La suite ? je voulais la laisser libre, peut-être Hawaii, peut-être le circuit sur olympique, peut-être un marathon (cf questions tricircuit). Dès le lendemain toutefois les choses s’éclaircissent subitement ; avec ma 4e place (cf récit Francfort) je suis qualifié pour les championnats du monde à Kona, et je ne vais pas le refuser. Mastercard, tout comme Ironman, s’en réjouissent déjà fortement. Plus de 1000 dollars de frais d’inscription, sans compter le voyage et une swimskin kiwami que je m’achète pour l’occasion, c’est sans aucun doute la compétition la plus chère à laquelle je me suis inscrit. L’expérience en vaut la peine me dit-on, bring it on KONA !

Bon s’inscrire c’est une chose, l’autre est de se préparer. Même si je n’ai pas un objectif chronométrique aussi précis que le sub-9 de Francfort, je ne suis pas là pour finir uniquement. 9h10 jouable dans des bonnes conditions ? 55’ (Francfort 48’30) en natation en perdant un peu de temps sans la néoprène, 5h (Francfort 4h42) de vélo à cause du vent et un 3h15 pour le marathon (comme à Francfort en gérant mieux). Ça c’est pour la version très optimale et en comptant que je supporte le chaud (pas ma tasse de thé) et le vent (pas non plus mon fort) et prenne le temps des deux transitions sur les 55’. Et c’est aussi en skippant allégrement le fait que Kona a plus de dénivelé que Francfort et ne manquera pas 4km à vélo. M’enfin, Jean-Claude me donne 9h20 si tout va bien. Je n’ai pas trop de repères et c’est aussi pour cela que je n’ai pas envie de me mettre la pression avec un temps. Seules intentions claires dans ma tête : forcer plus la préparation à vélo qu’en course pour arriver le jour J avec un tendon d’Achille en meilleur état qu’à Francfort, et manger plus sur le vélo pendant la compétition. J’ai aussi pris le choix (parfois difficile) de faire peu de courses entre deux pour bien me reposer et faire mes entraînements intensifs sans restrictions ou remords pendant les soirs de semaines.

Ca vit et respire le triathlon

Jean-Claude ne peut pas beaucoup courir avec sa blessure mais heureusement il m’accompagne souvent à vélo et en natation et j’ai le TVO pour faire des entraînements en groupe à pied. Autrement je suis un peu seul à préparer un longue distance si tard dans la saison et ça se ressent quand même. L’avantage est que ça ne fait pas trop monter le stress jusqu’à peu de temps avant de devoir prendre l’avion pour le voyage. Car s’il y a une chose que l’on remarque durant ces très longues heures de vol est que l’on se rapproche de la grande messe du triathlon. A chaque escale en direction de Big Island, les sacs ironman et chaussettes de compression fluos et au design excentrique se font de plus fréquents jusqu’à remplir plus de la moitié d’un avion (l’autre devant être des accompagnants). Cela joue d’ailleurs avec le nombre impressionnant de valises vélo qui sont débarquées sur le tarmac à ciel ouvert de Kona.

Kona 2017: vol
Long voyage jusqu'à Hawaii (presque 24h au total)

Il est 20h le soir, le temps est lourd et humide, la nuit noire. L’équipe d’Eitzinger nous accueille avec un Lei de bienvenue et l’idée de partir le lendemain à 7h pour Hawi en voiture et rentrer à vélo les 85km du parcours de la semaine suivante. A peine arrivés donc que ça devient sérieux. Trajet en voiture à observer ces champs de lave à perte de vue. Je crains un peu le vent et observe avec attention les moindres mouvements des buissons en bordure de route. Marco et Bernd, nos guides, ne cessent toutefois de répéter qu’aujourd’hui ce n’est rien. Une fois dehors, je pars avec Dominic pour une reconnaissance annoncée tranquille mais malgré tout faite à un bon rythme. Il faut avouer que le vent nous est plutôt favorable et aucunement dérangeant car très régulier et pas déstabilisant. S’il fait comme ça samedi, moi je prends. Sur les derniers kilomètres, je perce en passant les travaux de la Queen K’ Highway et finis à la mousse avant de changer mon boyau à la maison et racheter une bonbonne sur les stands de l’exposition.

Kona 2017: reconnaissance vélo
Beau paysage sur le parcours vélo (Queen K' Highway), chaud et désertique. (© Photo: Bernd/Eitzinger)
Kona 2017: reconnaissance càp
Reconnaissance de la portion course la plus éloignée à Energy Lab avec Dominic (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Au fur et à mesure que les jours avancent, Alii Drive (la route où la plupart logent en bord de mer) fourmille toujours de plus. S’il semble le dimanche que le nombre de coureurs est déjà important, ce n’est rien comparé aux jours suivants. A l’apogée du mercredi/jeudi, il faut alors bien regarder en traversant ou passant en voiture de ne pas provoquer un accident entre randonneurs, coureurs, cyclistes, taxis, et autres skateboarders. Tous ont l’air plus fit les uns que les autres, et certains donnent l’impression d’être encore en camp d’entraînement à la quantité qu’ils en font. Moi j’essaie de rester calme, sortir sur la terrasse de notre petit appartement pour m’habituer de la chaleur, mais sinon pas trop trop marcher et profiter de maman qui me choie comme un Kamehameha. Petite natation le matin deux fois dans la semaine pour voir un peu l’océan, goûter le café sur le bateau et observer les petits poissons. Une sortie le mercredi à vélo pour repérer le tour initial dans la ville de Kona et la course dans Energy Lab ainsi qu’une autre sortie vélo et une en course compléteront la semaine.

Kona 2017: parade des nations
Porte drapeau pour la Suisse à la parade des nations. (© Photo: Bernd/Eitzinger)

Le mardi soir je porte le drapeau à la parade des nations d’une petite délégation suisse qui doublera le jour de la compétition pour compter une quarantaine d’athlètes au total. Observer tous ces événements (tout comme la underpants run, où je n’ai, avec grande peine et hésitation, été que spectateur en maillot de bain) fait aussi partie de cette expérience unique de l’île du triathlon. Il y aurait encore beaucoup de détails du genre à rajouter, que ce soit sur les bookmakers du check-in, les swags-givers de l’expo, ou tant d’autres.

Fort en natation ?

Mais le plus important au final reste quand même la journée du samedi. Debout à 3h45 après une nuit de sommeil relativement courte mais plutôt bien passée pour la dernière avant un grand événement. Déjeuner, crème solaire, enfilage des combinaisons, passage au toilette, voiture-navette jusqu’au départ, marquage des numéros sur les avant-bras, et enfin le check que le vélo tient la forme après l’orage de la nuit. Il me reste une bonne heure trente quand tout est terminé ; le temps de me poser dans l’herbe à observer le soleil se lever sur la zone de transition un peu à l’écart. La journée s’annonce belle. Certainement chaude du coup, mais belle. Pas de stress me dis-je et ça ira bien.

Une fois les pros partis, je me dépêche par contre de rentrer dans l’eau. Pas au point de taper pour prendre en premier les escaliers (hé calme, c’est encore long) mais quand même dans les trente premiers et suffisamment tôt pour rejoindre la ligne de départ sur la front-line. Il reste plus d’un quart d’heure à attendre mais l’eau est chaude et l’ambiance calme et sympathique. Ça discute pas mal et pas tout à fait comme sur les courses d’habitude. La question classique du « tu comptes nager en combien ? » à laquelle je réponds avec mon temps de qualification de 48’30 à Francfort et un « 52’ ici peut-être » ne reçoit pas l’étonnement usuel en retour mais un « cool, on peut nager ensemble » de 3 sur les 4 autour de moi. Hum, OK, tant mieux si je peux aussi drafter un peu pour une fois. Moins de cinq minutes avant le départ, je me décale finalement un peu à gauche pour ne pas rester à côté du nouveau qui nous a rejoint et m’a déjà tapé trois fois sur l’épaule et deux fois dans mon tendon d’Achille. J’ai envie de lui dire, écoute t’es gentil mais t’es probablement là pour plus de 9h, alors si tu veux me faire chier pour 30s sur la natation, garde-les.

Kona 2017: départ natation
Départ natation.

Sur le coup de pistolet, je suis donc à une trentaine de mètres du Pier. Ça part vite autour de moi et je cherche à rester dans des pieds autant que possible. Le groupe le plus rapide est plus à ma droite mais je dois laisser partir. Le niveau est si dense que chaque coup de bras pas donné comme il faut ou un peu gêné par un autre concurrent me semble faire perdre 5 places. Je fais mon aller légèrement sur la gauche mais avec du monde autour de moi en continu. Sur le demi-tour je me mets un peu plus dans le groupe. Il ne me semble pas nager extraordinairement bien niveau sensations mais on fera avec. Sur la fin du retour, je fais l’effort pour passer celui devant moi qui a laissé une coupure avec le reste. 53’ à la montre au sommet des escaliers, pas de quoi s’exciter. Douche tranquille pour enlever le sel tout en enlevant la swimsuit, lunettes de soleil embarquées depuis le sac et c’est parti pour le vélo.

Groupiert

Du vélo à Kona j’en entends toujours la même chose : ça souffle et ça drafte. Si le niveau est aussi serré qu’en natation ça ne m’étonne pas trop à vrai dire. Il ne faut juste pas que je me laisse embarquer trop vite. 180km c’est long et si le vent se lève sur la fin, je risque de payer les efforts initiaux. Moto : « stay calm and stay on Queen K’ » ; ça vaut aussi bien pour l’envie de suivre les fusées que pour le vent qui « shoote des pros dans le fossé ».

Kona 2017: départ vélo
Départ vélo.

Le parcours commence par un petit tour dans Kona où je croise maman et Nadine à plusieurs reprises et profite de manger mon premier gel d’une longue série. Ensuite, on s’attaque à la fameuse Queen K’ et ce long aller-retour fait de lignes droites monotones et mal-plates. Sur les barres je suis bien, comme souvent en début de course, et essaie de me fixer l’un ou  l’autre des concurrents qui a plus ou moins mon rythme. Je me fais un peu plus dépasser que je ne dépasse moi-même sans que cela en soit aussi terrible qu’imaginé. Ainsi, la première heure vingt de vélo passe ni vue ni connue (vent de dos ?). J’ai un œil sur les watts (sans m’y fixer strictement), un autre sur la vitesse (plus par intérêt) et les deux sur mon petit groupe qui m’emmène de bon chemin. Les ravitos s’enchainent régulièrement et font du bien pour se rafraichir. Seul des gourdes en pet sont fournies par contre et il m’arrive régulièrement de perdre celle sur le porte-gourde, je fais donc bien attention de toujours remplir la gourde à paille entre mes barres et bien me gicler le corps d’eau fraiche dès le poste de distribution. Quant à la nourriture, j’ai tout pris sur moi et, pour l’instant, j’enchaîne tout bien comme prévu.

Alles guet

Sur la fin de l’aller, les groupes se densifient me semble-t-il mais pour une fois je vois plus de motos arbitre que de motos média. J’ai pas vu beaucoup de cartons (un seul pour un dans ma roue) mais les penalty box sont bien pleines en passant. Le vent s’est quant à lui levé la moindre et les efforts se font ainsi plus conséquents. Parfois ça me fait de la peine à voir la vitesse sous les 30km/h pour du 300W à plat, mais les mêmes portions à plus de 55km/h sur le retour rassurent tout autant.

Vers les 120km ou deux-tiers du parcours, je commence à avoir un peu plus de peine à respecter mon plan nutrition. Il est plus conséquent qu’à Francfort (où je n’avais déjà pas tout mangé), et je n’arrive pas à me forcer à finir mes barres. J’espère ne pas trop le payer ensuite mais en vomir une sur le vélo n’est pas forcément une meilleure idée, et je bois beaucoup de gatorade aussi pour amener de l’énergie. Mon groupe a bien éclaté entre des fusées, des très lents, et des comme moi. Le vent fait sauter ceux qui ont trop puisé pour tenir les roues et amplifie les moindres différences. Les watts se font gentiment plus durs à maintenir mais le chronomètre donne toujours un temps légèrement sous les 5h, soit parfaitement dans le plan.

Le marathon sera long

Enfin, ça c’est jusqu’au kilomètre 150. Ensuite, c’est à mon tour aussi de souffrir du vent de face plus intense et des vagues du terrain. J’ai une douleur dans le genou droit qui me ressort également de nulle part. Le pire est que dans ces conditions on commence à se lever dans les montées et perdre par conséquent encore plus de temps. Quand ça ne va plus, c’est pourtant dur de faire autrement.

Kona 2017: supporter vélo
Banderole Rushteam sur le parcours.

Allez, bientôt fini. Un peu de roue libre encore en descente, puis cette petite montée, un plat, droite-gauche, et la ville est là. Ouf, dernier coup de pédale de la saison, plus qu’à descendre de ce vélo et le jeter à un bénévole pour qu’il me le range. Aie, aie, ouille, début de crampe à la cuisse droite en la passant par-dessus le porte-gourde derrière la selle. Hésitation du coup, et paf, grosse crampe à la cuisse gauche. On me prend mon vélo alors que je boite et pars en marchant vers mon sac de transition et un marathon que j’imagine interminable dans cet état (et je veux dire très long, pas abandonner évidemment).

Donner le tour

Je m’assois du coup dans la tente pour mettre mes chaussures, profite du bénévole pour quémander de l’eau et paqueter tous mes gels pour mon marathon. Sorti de la tente, je pars sur un petit rythme en mangeant une gauffre au miel et une pastille de sels minéraux ; galette de céréales et son coulis de gelée royale avec assaisonnement maritime, si ironman savait aussi faire dans le culinaire. Qu’importe, je ne crois pas que ce soit la nourriture qui me redonne le rythme mais plutôt les jambes qui sont contentes de tourner différemment et la tête qui essaie de s’accrocher aux autres concurrents autour de moi et de profiter de l’ambiance d’Alii Drive et ses nombreux spectateurs.

Je ne regarde pas trop la montre tout du long de peur de me décevoir. Les quelques fois où je ne peux pas me retenir, je suis plutôt déçu en bien avec à peine plus de 4’30/km de moyenne. Etant donné que je marche aux ravitaillements pour prendre un maximum d’eau, d’éponges, de glace et de boisson pour me rafraichir, ça veut dire que je cours encore un rythme potable.

Highway to hell

Ce premier aller-retour de 15km passe par conséquent assez vite mentalement. J’ai la tête au beau fixe, les jambes qui se plaignent mais tiennent la route.

Kona 2017: montée Palani
Très dure montée de Palani après plus de 16km.

Arrive ensuite la montée de Palani Road. Je sais que maman et Nadine m’attende, mais je sais aussi qu’elle est très raide et casse-pattes. J’avais dit deux jours avant vouloir la marcher et reprendre un rythme ensuite et c’est ce que je fais. J’ai essayé de courir un bout mais sans grand succès en ayant l’impression de dépenser beaucoup d’énergie pour rien. Le problème est pour moi que la deuxième moitié du marathon et ce long aller-retour pour chercher Energy Lab se montrera nettement plus difficile. Pas encore 20km au compteur quand on s’y attaque et une chaleur écrasante sur des lignes droites d’autoroute interminables, monotones, et jamais vraiment plates. Quant à mes cuisses, elles, sont gentiment plates. Bref, de longs kilomètres s’en suivent où le mental est la seule raison d’avancer encore. Courir est plus une solution pour en finir plus vite qu’autre chose avec pour seule consolation que je ne suis pas le pire même parmi ceux à ma hauteur (tandis que d’autres n’en ont pas encore fini avec le vélo).

You are an ironman

Après de longs moments ainsi je rejoins enfin Palani pour la descente cette fois-ci. Nadine me dit 5e de la catégorie et que j’ai bien tenu (mes splits semblaient apparemment constants même si mon effort ne l’était pas du tout). Je pense pour la première fois à une place depuis plus de 9h de temps. Coup d’œil à la montre inutile puisqu’elle s’est arrêtée par manque de batterie. Je m’efforce de garder ma place dans ce qui a dû être le sprint le plus lent de ma carrière de sportif (record après Francfort probablement, les juges débattent encore). Il se trouve être sur les photos que la personne juste derrière moi était une femme pro avec 25’ de retard déjà, mais qu’importe moi je lève les bras avant de m’effondrer dans ceux des deux chaperons qui me soutiendront jusqu’à ce que je reçoive un linge de glaçon et un ravitaillement d’arrivée.

Kona 2017: finish
Arrivée!

– What do you have boy? – I’m just tired, and my quads… my quads won’t hold me anymore. – Don’t bring him to medical, he’s fine.

Oui, 5e de la catégorie en 9h20’44 (bravo Jean-Claude pour l’estimation), je suis fine et même happy.

Kona 2017: finish line party
Finish line party; retour sur la ligne après la douche pour voir les derniers arriver et l'ambiance avec musique, speaker, et les meilleurs pro de retour également.

Encore plus le lendemain quand je peux monter sur scène pour recevoir les honneurs. Pour un deuxième ironman et un premier Kona, quelle réussite !

Kona 2017: podium 25-29
Podium 25-29.

Maintenant place à une pause de saison bien méritée. Encore une semaine ici avec Nadine et maman pour profiter de Big Island et ses beaux paysages. Et ensuite on reviendra sur l’analyse plus en chiffres de la course et sur les décisions des objectifs à venir et de l’organisation de la saison 2018.

Un grand merci à maman et Nadine pour le soutien sur place et à tous les autres pour celui à distances et les nombreux messages.

Kona 2017: boat
Visite de l'île et de ses plages...
Kona 2017: road
... routes et paysages.
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2 commentaires
Bravo. Profite de ton repos bien mérité !
par David f le 17-10-2017 à 23:20
Un grand "BRAVO" Daniel !!
Première Ironman Francfort: Qualification pour Hawaii et à Hawaii directement Le Podium. Eh bien, il faut le faire. Félicitation!
Et n' oublions pas Jean-Claude, qui n'avait pas cette chance pour quelques minutes. Peut-être l'année prochaine!
Bonne récup et profite tes vacances.
Anton B.

par Anton B. le 18-10-2017 à 20:05


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