Daniel & Jean-Claude Besse

Natation Vélo Course

Champion Suisse à Nyon, comme en 2016

Récupérer de l'ironman

La grande question qui revient toujours après un effort comme l'ironman est combien de temps il faut pour récupérer et pouvoir s'entraîner à nouveau pleinement. On entend un peu de tout (et parfois du n'importe quoi). Pour moi, ça s'est passé en étapes comme suivant:

1) Le soir même, pas envie d'aller dormir quand bien même ça fait plus de 20h de temps qu'on est réveillés. Une petite nuit plus tard de 6h30 maximum et nous sommes, avec Jean-Claude, les deux à l'envers dans le lit, les jambes en l'air contre le mur à repasser la veille en boucle dans la tête et sur les nombreux messages encore sur le natel.

2) Les 4-5 jours qui suivent sont peinibles pour les jambes. Le moindre escalier se sent, le tendon d'Achille gauche fait ses misères et, quand j'arrive à le maintenir, ce sont les cloques qui me font marcher en posant les pieds un peu maladroitement. La semaine de vacance en Belgique fait du bien.

3) Entre une semaine et 10 jours après, les douleurs sont passées mais l'envie de faire des entraînements n'y est pas. Rien que d'aller au travail à vélo, les mains dans les poches plutôt que penché en avant sur mon guidon, me paraît plus que suffisant.

4) Les 10 jours qui suivent, je recommence à aller à quelques entraînements. La tête ne veut toujours pas faire de séries et je ne me force pas. C'est plus pour voir du monde et discuter de toutes nos aventures.

5) 2-3 semaines après arrive nos premières échéances avec plusieurs fois l'occasion de se donner la moindre. Tout commence par un test d'effort à vélo le samedi organisé par David et Jérémy du team Tzamo. Si les jambes ne vont pas trop mal, il me semble craquer mentalement assez vite lorsque les douleurs se font ressentir. Espérons que l'on pourra malgré tout en tirer quelque chose. S'en suit un retour sur le contre-la-montre; contre-la-montre qui a du passé deux horribles semaines encore pas nettoyé depuis l'ironman et loin de moi, mais qu'on a profité d'ajuster la position pour être encore plus aérodynamique. Une "petite" sortie avec le Rushteam pour aller faire la Corniche mais où Jean-Claude et moi nous faisons plaisir à mettre du rythme. Rebelotte le week-end suivant à l'ironman de Zürich où nous faison deux jours de spectateurs ainsi qu'un peu de vélo bien appuyé. Me viens alors une idée un peu folle mais qui passe bien dans l'esprit du moment: Hé Jean-Claude, mardi c'est congé pour le 1er août! Et si on remettais une grosse sortie comme l'année passée? Loin du lac de Neuchâtel, nous finirons le long de ceux de Zürich, Ägeri, Zug, Quatre Cantons avant de faire une belle bosse pour rejoindre celui d'Einsiedeln et de rentrer. Plus de 180km, à un rythme élevé pour la dénivellation. L'envie est de retour et je sais alors une chose: je suis prêt mentalement à défendre mon titre aux championnats suisses à Nyon. Reste à voir si les jambes veulent bien suivre.

Test d'effort avec le Team Tzamo
Test d'effort sur le vélo avec le Team Tzamo.

Natation: avec ou sans?

De retour sur Ecublens, nous passons le samedi après-midi au bord du lac à discuter entre amis. Il fait beau, l'eau est chaude, demain sera probablement sans combinaison. Ce sera le cas effectivement pour le sprint du matin, me poussant à changer ma tri-fonction avec manches contre celle sans. Mais c'était sans compter un changement d'avis de dernières minutes des organisateurs à cause d'un lac mouvementé. J'enfile donc rapidement la néoprène et m'échauffe la moindre. Il n'y aura aujourd'hui pas le temps de barboter une heure pour se mettre dans le bain. Pan départ, je me lance à fond dans les vagues. Seul dès les premiers mètres et sans canoë guideur, j'essaie de m'orienter tant bien que mal et, malgré le courant direction Genève, il me semble faire un premier tour plus que potable. Juste avant la sortie à l'Australienne, je perds malheureusement mes lunettes qui se sont cassées sur le bout du nez. Il me faut donc faire le deuxième tour entre une vision plus que moyenne et des yeux souvent fermés pour ne pas perdre les lentilles. Les détours se font du coup conséquents et le deuxième tour est considérablement plus lent (et long) que le premier. Rien de bien grave puisque je conserve ma première place pour l'instant.

Tri Nyon 2017, sortie natation
Sortie natation, sans lunettes. © Photo: Céline Reuille, Quotidien de la Côte

Vélo agressif

La petite montée pour la transition me rappelle pourtant à l'ordre avec déjà un tendon d'Achille qui tire un peu et annonce rien de très bien pour la course à pied. Mais ça c'est pour plus tard, maintenant il me faut me concentrer sur le vélo pour ne pas me faire rattraper par les brutes du circuit (Fabian Dütli par exemple, annoncé par le Vorschau comme mon principal concurrent). Ainsi, après un départ tranquille sur la première montée du pont CFF pour redescendre les pulses qui me semblent bien hautes, un seul mot d'ordre: agressif! Premièrement niveau position, le guidon rabaissé depuis une semaine et la tête que je m'efforce à appuyer aussi souvent que possible sur la paille de la gourde entre les bras. Mais aussi au niveau effort je regarde le compteur des watts pour être sûr que je ne ralentis pas sur les tours suivants, mais pas pour me contenir au début. Si les tours se font de plus en plus difficiles sur la partie vent de face, la stratégie sera toujours la même. En position joli sans trop forcer vent de dos le long de Colovray, puis la montée raide facile, même passé le photographe où la pente devient plus faible. Dès passé le virage à droite du sommet, grosse plaque de nouveau et, à partir du deuxième virage, écraser ces pédales en restant sur les barres jusqu'à ce que la partie vent de face soit passée. Pas rare de voir 350W au compteur sur ce segment. Le droit de se relever la moindre pour les virages et le deuxième pont ensuite puis rebelotte tout sur les barres jusque peu avant le virage du fond de la descente pour reprendre la route du lac.

Tri Nyon 2017, vélo
Passage à vélo, concentré et en position. © Photo: Céline Reuille, Quotidien de la Côte

Ainsi, les tours passent bien. Pas forcément aussi vite que je pensais mais les sensations sont bonnes et les cris des nombreux Rushtistes qui me supportent me poussent à continuer ainsi. A un tour de la fin, un avion de chasse me dépasse. J'essaie brièvement de m'accrocher mais dois me résoudre bien vite à continuer à mon rythme à la place et faire le quatrième et dernier tour certain d'être deuxième et avoir à me donner à pied pour reprendre une différence qui semble être devenue énorme. La moto de tête me suit pourtant toujours comme pour m'ouvrir la route.

Gérer l'avance et le tendon

Je comprends en entrant dans le stade qu'il s'agit en fait de quelqu'un qui avait un ou plusieurs tours de retard (probablement parti plus tard également). Je suis donc toujours en tête et peux m'élancer sur le parcours course à pied en n'ayant "qu'à" gérer mon avance de 3 minutes. Heureusement d'ailleurs car mon tendon d'Achille fait toujours son délicat et ça a le don de me crisper. Je prends chaque petit bout l'un après l'autre et tâche de bien dérouler les jambes en gardant le sourire et l'attitude positive dans la tête (oui, le sourire aussi uniquement dans la tête d'après les photos). Bref, pas une grande course à pied, et un temps de plus de 37' à l'arrivée soit plus de 2 minutes de perdues sur l'année dernière. Mon but alors était de gagner sans que mon tendon ne me lâche et pour cela je suis très content d'avoir défendu mon titre de Champion Suisse avec succès! Le fait que Andreas Grüter, de la catégorie supérieure et parti 45' plus tard, m'ait battu pour 10 secondes au général ne reste qu'une anecdote qui ne m'impacte pas vraiment.

Tri Nyon 2017, finish
Très content de conserver mon titre à l'arrivée!© Photo: TRI Circuit

La journée n'est pas finie

Petite photo à l'arrivée, interview avec Christian Perler au micro (où d'après Jean-Claude je me suis mélangé les pinceaux dans la date de Francfort, mais où je peux confirmer avoir trouvé Nyon super comme d'habitude) et ensuite une petite tape sur l'épaule avec une carte antidoping suisse. Tiens, bonjour, enchanté. Faut faire vite apparemment pour rejoindre la salle de contrôle, est-ce que je suis prêt me demande-t-on. Heu, oui, je sais pas, en ai-je le choix? Voilà donc ce qui va occuper l'attente pour les podiums.

Petit interview pour les quotidiens du 24heures et de la Côte, puis passage rapide au vélo pour prendre une carte d'identité, le tout accompagné par mon chaperon bien évidemment. Un peu stressé par son chef qui l'audite aujourd'hui ou je ne sais pour quelle raison, il me montre tous les documents et comme quoi il a indiqué "interview" sous la raison pour laquelle on a eu un délai avant de rejoindre la salle. Je croyais qu'on pouvait faire un peu ce que l'on voulait tant qu'on était sous surveillance, non? Enfin, on a le temps de discuter un peu de tout et n'importe quoi pendant qu'il me fournit bouteille d'eau sur bouteille d'eau. J'ai pas envie de pisser maintenant, alors autant boire. Les discussions continuent ensuite avec Fabian qui nous rejoint dans la salle d'attente. À se plaindre du chaud et de la tièdeure de la pièce, on nous propose finalement de sortir se détendre un peu et marcher, pour autant qu'on reste les deux ensemble. On fera donc le tour de mes supporters et des siens, avec un contrôleur pour nous deux. Presque une heure et demie et 2.5L plus tard, il nous pousse en direction des podiums que l'on ne doit pas rater même avec un contrôle. Pas d'inquiétude, je ne comptais pas les manquer. Durant l'attente pour ceux-ci et grâce à quelques décilitres supplémentaires d'eau, je sens que le besoin me vient gentiment. Ainsi, direct après, on peut retourner dans la petite salle et finir ces formalités. Choisir un bécher, pisser au-dessus de la ligne, choisir un échantillon de contrôle, reporter des numéros, remplir des documents et signer des formulaires sur tablette. Tout est guidé comme un chef par le contrôleur mais c'est tout à moi de faire, c'est la procédure. Comme par exemple la vérification de la densité de l'urine: il prend un papier marqueur, le trempe dans une goutte sur le bord du bécher et le met à côté d'une palette de couleurs de référence. Il l'a déjà placée entre deux couleurs très similaires de la moitié de la première ligne d'une quinzaine à choix, mais se retourne ensuite vers moi. Un petit silence et il demande laquelle correspond le mieux, celle de droite reponds-je sans trop savoir vraiment. Il se trouve que les deux sont OK mais c'est à moi de dire le résultat obtenu. C'est pas lui qui me contrôle, c'est moi qui me contrôle avec lui qui surveille simplement que je suive la procédure scientifique sans tricher.

Médaille champion suisse 2017
Médaille de Champion Suisse, avec le linge du premier contrôle anti-dopage.
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1 commentaire
BRAVO, BRAVO, BRAVO CHAMPION !!!!
par nibel64 le 25-08-2017 à 09:16


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