Daniel & Jean-Claude Besse

Natation Vélo Course

Ironman Frankfurt

Jean-Claude a déjà presque tout dit sur notre premier ironman le jour de nos 25 ans, mais avec tout le temps passé dans la préparation et la longueur de la journée, je peux bien écrire quelques lignes également pour partager mes anecdotes et sentiments.

Objectif sub-9

Voici une bonne année que je martèle Jean-Claude avec l’idée de faire sous les 9 heures pour notre premier ironman. Pas besoin de se stresser en natation lui dis-je, il suffit de bien passer le vélo sans gros coup de mou et de faire la course qu’on sait faire comme on l’a montré à Lucerne sur marathon et ça devrait passer. Beau discours et belles paroles qui ne sauraient cacher qu’aux non-initiés les doutes sur le déroulement de la journée et des efforts. La longueur du vélo et la nutrition sont les points qui me font quelque peu peur intérieurement. Il n’en reste que la semaine menant à Francfort je me sens prêt et ai hâte d’en découdre.

Je vous passe le stress qui monte gentiment, la journée de la veille à mon avis trop longue et remplie de marche, ainsi que les préparatifs multiples de matériel pour en venir directement à la course.

Plaisir en natation pour l’échauffement

Frankfurt Swim Start
Concentrés avant le départ.

La natation, sujet de stress pour certains, n’est pour moi qu’une partie de plaisir à prendre en échauffement. Une cinquantaine de minute où les bras seront à contribution mais les jambes pourront prendre le temps de doucement se mettre dans le bain. Sur la ligne, la concentration est grande et le regard porté vers ce long parcours qui nous attend. Tous ces bonnets sur une plage qui n’attendent que de pouvoir se défouler une journée entière, c’est impressionnant. Et dire que je me presse aux portillons de départ pour pouvoir en laisser la très grande majorité derrière dès la sortie de l’eau.

En cinquième ou sixième ligne avec Jean-Claude à ma gauche, le départ se fait aisément. Quelques petits zigzags pour dépasser ceux partis devant nous et quand je relève la tête il n’y a qu’une combinaison et un kayak devant. Allez, un petit effort et je suis dans les pieds ! Plusieurs fois, j’hésite à prendre la tête, euphorie du moment que je réfrène jusqu’à la sortie à l’australienne pour m’épargner un peu dans les bulles de mon meneur d’allure. Dehors de l’eau, je ne peux m’empêcher de passer devant et jeter un coup d’œil dans le public à la fois pour profiter du moment et chercher des têtes que je connaitrais afin de dire « coucou, c’est moi, je suis premier ! ».

Me voilà donc seul pour la deuxième boucle et j’accélère probablement légèrement le rythme. Mon acolyte ne m’a pas suivi en tout cas et je n’ai que les groupes de pro femmes et hommes à dépasser pour me distraire la moindre (partis respectivement 8 et 10 minutes avant nous, mais sans combinaison). Même état d’esprit à la sortie de l’eau, « Youhou ! First out of the water, c’est bibi ! » avec un sourire de plus quand j’entends que le speaker m’a raté et annonce le groupe à Jean-Claude comme leaders age-group.

Frankfurt Swim Exit
Premier hors de l'eau, et avec le sourire!

Faux rythmes à vélo

Maintenant, fin de la matinée à la plage, la journée de sport commence avec son plus grand défi : se mettre dans le bon rythme à vélo. Ni trop vite pour ne pas se griller, ni trop lentement pour ne pas laisser filer l’objectif. Gérer ça se révélera certainement être un art à part entière. Pour le moment, pas d’excitations, avec 48’20 en natation je suis même plus rapide qu’escompté et peux partir serein sur le vélo. Deux femmes pros semblent partir ensemble juste devant moi de la zone de change et je me cale donc dans leur rythme jusque dans Francfort. Les watts sont bas à mon goût et l’effort me paraît presque trop facile, mais j’en profite pour bien boire et manger. Un choc en passant les rails à traverser en arrivant en ville me fera perdre deux gels (oups) mais sinon tout va bien. A la montée, je décide de passer devant enfin et me mettre dans mon rythme. Déjà 20km de fait, le tempo a été un peu lent mais c’est déjà ça de gagner sans même l’avoir vu passer.

Frankfurt Bike
Check rapide des gels perdus.

Passage des pavés avec un diablotin style tour de France qui me suit sur la petite montée. Sympa l’ambiance, mais purée qu’est-ce que ça tape. Je m’en serai bien passé à vrai dire. Et encore plus 10km plus loin en remarquant dans mon ombre que mon porte-gourde arrière (derrière la selle) à bien souffert : le boyau de rechange est loin et la gourde d’isostar ne tient plus que par une visse. Je l’enlève donc pour la mettre dans la poche dorsale de la trifonction et ferai une bonne série de kilomètre avec une gourde dans le dos.

Rien de bien spécial sinon à signaler sur ce premier tour. Je garde un rythme constant, toujours sur les barres, sans forcer les descentes. Tous les carrefours sont bien sécurisés et indiqués par des bénévoles avec la présence fréquente de la police. Par contre, il y a moins de spectateurs que je ne m'étais imaginé et  très peu de « trafic » d’autres concurrents comme on le voit souvent sur les photos ironman. Peut-être suis-je trop à l'avant? A la fin du tour, je revois plusieurs supporters du Rushteam auxquels je peux faire un pouce en l’air ; tout va pour le mieux et si mes calculs sont bons, je suis plus que dans les temps.

Frankfurt Bike
La moitié de fait, tout va bien.

A la descente sur Francfort, Mike Schifferle me dépasse alors que je suis en position aéro sans pédaler. Je suis à distance avant de comprendre sur le plat que c’est tout un groupe avec quelques pro (dont lui) et plusieurs des premiers age-groupers qui roulent ensemble. Je me mets dans le pack également, ça roule plus vite que moi seul avant mais ce n’est pas extrême. Si moi et d’autres essaient de laisser les 12 mètres réglementaires, il faut bien avouer que ce n’est pas le cas de tous. Dès que la distance avec celui devant dépasse 7-8m, le suivant de derrière dépasse à son tour de peur que je ne laisse partir le groupe. Dans les faux-plats il me faut parfois faire des efforts pour suivre, tandis que dans les montées je prends facilement la tête avec parfois même un peu de marge. Éventuellement, avec plus d’expérience, je m’habituerai à rester plus constant sur l’effort peu importe le terrain, mais là je suis content de changer un peu et les montées ne me semblent pas difficiles du tout.

Les kilomètres défilent ainsi et mon redouté coup de mou à vélo vers 120-130km ne vient pas. À 150km je finis par laisser partir le groupe dans une des attaques du premier devant qui n’aime pas trop avoir sa cohorte de bébés canards dans la roue. Moins de trente kilomètres à tenir avant le marathon. Je ralentis presque malgré moi le tempo et me fais alors passer par une des premières femmes. S’il me semble me relever de mes barres un poil plus souvent maintenant, j’ai malgré tout bien passé ces 180km. Arrivé à heartbreak hill, je pense encore à prendre un gel au ravitaillement pour remplacer ceux perdus du début et m’élancer en forme sur le parcours pédestre.

Un marathon, ça ne peut pas être si dur ?

Frankfurt Run Start
Paqueter les gels pour la course.

Plus qu’un marathon ! Si ça continue comme ça, l’ironman c’est du gâteau. Mais je sais que ça ne va pas continuer comme ça tout du long. Les cuisses sont déjà bien entamées (me décidant même à la dernière minute de passer la jambe par devant pour descendre du vélo afin de ne pas avoir à la lever par-dessus la selle) et les réserves énergétiques aussi. Bien que les jambes sont lourdes, le moral est là et le chronomètre aussi. 25’ d’avance sur le plan sub-9, et un « c’est dur mais ça va » lancés aux accompagnants comme réponse vite faite. Mon idée, peut-être folle, est alors simple : ne jamais s’arrêter marcher et ainsi le marathon passera plus vite.

Un kilomètre, deux kilomètres, trois kilomètres, … il fait déjà chaud et la glace des ravitaillements suffit à peine à combler mes dépenses en chaleur. Un regard à la montre me dit que je suis trop lent, quoi ? 4'40/km pas possible. Bon je continue sur ce rythme, de toute façon je serre déjà les dents, plus vite ce serait impossible. Je ne m’en rendais pas forcément compte à ce moment-là mais il me faut profiter du parcours vide, des spectateurs entièrement à notre cause et des ravitaillements faciles à prendre. La foule des tours suivants les rendra nettement plus compliqués.

Frankfurt Run
Course à pied, "c'est dur mais ça va".

Passage sur les pavés de la sortie de la T2, nouveau regard à la montre, 42’ quelque chose. Oupsla, un peu emballé sur ce départ. Même si la vitesse instantanée est toujours fausse (la montre n’a en fait pas bien pris les GPS), je dois être dans les 4’00/km ou à peine plus, soit un marathon en 2h50. Sauf que je crains fort que ça ne va pas tenir. Heureusement, je vois beaucoup de monde du Rushteam et ça fait un bien fou. Vers 15km les difficultés apparaissent et il me faut alors parler à quelqu’un. Maman et Nadine m’encouragent si fort que je ne peux rien dire de plus qu'une grimace, ce sera donc David qui se prendra mes complaintes un peu plus tard sans pouvoir trop broncher. J’ai mal aux cuisses, fait trop chaud, j’ai envie de vomir, c’est dur, … Désolé David, je ne sais pas si ça t’a fait du bien mais il me fallait vider mon cœur et comme je ne courrais pas beaucoup plus vite, j’ai bien eu le temps de le faire.

Frankfurt Run
Dans le dur, voire très dur.

Deuxième tour, 1h31, soit 49’ pour ce tour et 7’ de perdues sur le premier. A ce rythme-là je perds encore un quart d’heure. Non plus même, parce que je ralentis. Quoique 1h31 fois 2, ça fait mes 3h. Mais avec mon style actuel, ça ne va pas jouer. Les calculs mentaux ne sont plus très aisés et y réfléchir me fera passer un ou deux kilomètres supplémentaires. Plus de regard à la montre depuis ce moment-là, je suis de toute façon plus lent que mon planning et plutôt en mode survie qu’en mode course. Dans le tour et demi suivant, tout passera : tuc, pomme, eau salée dans les yeux qui pique les lentilles, citron au sel, coca, iso, ainsi qu’un gel et une pâte de fruits que je transportais. J’ai dû laisser tomber également l’idée de ne pas marcher aux ravitaillements, mais au moins je cours entre chacun. Mine de rien, ça fait sa différence et petit à petit les kilomètres avance. Sur le dernier demi-tour j’aperçois avec plaisir Jean-Claude qui suit pas loin derrière (tandis que papa a dû lui déjà quitter la course). Il peut courir donc malgré son pied ! Allez, quelques grimaces de plus et la fin approche. Après avoir revu et dépasser la casquette en arrière d’un autre concurrent de ma catégorie, le dernier kilomètre me semble un sprint interminable avec un style plus que questionnable. Aucune idée si cela vaut la peine avec ce rolling start où je suis parti plutôt devant. Je n’aurais pas profité de la ligne autant que d’autres mais j’aurais donné ce que j’avais, pensais-je en regardant l’affichage qui passe les 9h00’40 avec une certaine déception.

Agitation post-course

Frankfurt Finish
Sprint de la ligne d'arrivée.

Arrêt de la montre personnelle, 8h51’ ; il ne me faut pas long pour comprendre alors que le temps était encore celui des pros. 8h50’42, temps officiel. Sub-9 largement atteint malgré un marathon en souffrance en 3h15. Youpie !

Des souvenirs bien mélangés et surtout des envies très contrastées après la course. D’abord, la charmante demoiselle au T-shirt vert pale qui me propose un tour chez les samaritains pour mes cloques lorsque j’enlève les chaussures avant de se raviser et m’amener plutôt manger et boire. Red-bull cola que je déguste assis dans une piscine d’eau froide. Enfin, déguste, plutôt me force à avaler une partie de cette pisse brunâtre ragoutante tout en toussant. On n’est pas bien là, je ressors voir papa, Jean-Claude, puis maman et Nadine. Pareil à la douche, où le regard désespéré échangé avec un autre concurrent, les deux à poil au milieu des escaliers, disait plus que tous les mots; et dire que j’apprécie l’eau chaude après avoir souffert des 32°C sur le marathon. Pareil au massage, où j’ai mal aux cuisses, mais demande de masser mon tendon d’Achille gauche. Pareil à la bouffe, où les wienerli du buffet semblent avoir du succès, mais moi je sors m’acheter un bretzel à une boulangerie de quartier. Dès que je m’arrête, je m’assieds ou me couche pour reposer les jambes. Malgré tout, je ne tiens pas en place ; aller chercher à manger ou boire, aller voir l’arrivée des autres, retrouver des supporters, chercher mon natel et répondre aux quantités de messages reçus, parfois il me faut une excuse pour bouger comme si cela ferait oublier les douleurs.

Leçons pour un ironman

Objectif sub-9 réussi pour Jean-Claude et moi, génial !

Frankfurt Podium Swim
Podium, en tant que meilleur nageur AG.

Pour moi en plus, la qualification pour Hawaii et les championnats du monde. Pour un premier ironman, quelle réussite ! Ironman sous les 9 heures, check. Premier sorti de l’eau, check. Deux fois appelés sur le podium le lendemain midi, check. Qualification pour Hawaii, check. Qu’est-ce qu’il reste à améliorer? Beaucoup, mais principalement gérer les envies d’aller toujours plus vite pour ne pas craquer sur la fin et courir un marathon avec une technique potable (j’ai vraiment l’impression d’avoir vécu un combat, pas une course à pied). Plein d’autres détails également, évitables avec un peu d'expérience, mais il faudra un peu de temps pour digérer tout ça. Tout comme pour faire un plan pour être en forme et remettre ça d’ici 3 mois.

Merci à tous ceux qui ont partagé cette formidable aventure, tous les copains d'entraînement, autres concurrents qui ont souffert avec nous, supporters, ou amis qui ont pensé à nous.

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1 commentaire
Que dire sinon que je reste bouche bée devant vos exploits les gars !!! Un grand BRAVO pour la qualif pour Hawaï et les championnats du monde ! Gardez le sourire et votre joie de courir, vous êtes au TOP !
par nibel64 le 25-08-2017 à 09:21


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